Luigi Racing
Histoire de Luigi depuis son arrivée en Belgique jusqu'à ses nombreux succès dans le sport automobile.
On leur avait promis qu'ils feraient fortune en Belgique.
Nous sommes en 1948 et mon personnage a dix-sept ans. Sa région natale ne lui offre guère de perspectives d'avenir, il se lance donc dans l'aventure. Après le passage d'examens médicaux sévères à Udine et à Milan qui le proclament bon pour le service, il signe un contrat de travail de deux ans pour pour les charbonnages de Belgique (programme d'échange "charbon-travailleur" ?).
Si les bagages sont légers, ce jeune emporte avec lui des connaissances en mécanique acquises dans les écoles de sa région natale. Il débarque un jour en fin de journée à la gare des Guillemins pour être aussitôt embarqué dans un car à destination d'Eisden, dans le Limbourg. Le même jour, au soir, il descend déjà dans cette mine profonde pour sa première journée de travail en qualité de mécanicien de fond. Harassé par la durée du voyage depuis l'Italie et aussi marqué par l'émotion de cet éloignement familial, il finit par s'endormir dans un recoin de la galerie. A son réveil, ses compagnons de travail ne sont plus les mêmes, la pause de nuit étant finie. Ne parlant ni le français ni à fortiori le flamand, il ne peut expliquer sa situation et se voit obligé d'effectuer le travail de la pause de jour avant de regagner la surface. Il loge dans des baraquements du charbonnage en compagnie de Polonais, de Cosaques, de Yougoslaves, de Grecs et, bien entendu, d'Italiens. Il est seul, ne connaît personne, il est jeune, insouciant et a foi en lui.
De l'entretien ou de la réparation de l'outil, il passe sur sa demande à l'arrachage du charbon : c'est un travail à marché qui peut rapporter gros; n'est-il pas venu pour cela et pour aider ses parents ?
En 1949, il quitte le Limbourg et se fait embaucher pour le même travail au charbonnage de l'Espérance-Longdoz. Il y connait un accident traumatisant, l'éboulement de la galerie dans laquelle il abat le charbon. Coincé sous les blocs de pierre, le bassin fracturé, il est finalement dégagé et évacué pour un long séjour à la clinique Saint-Joseph. Au long de sa convalescence, il est persuadé qu'il en a fini avec la mine. Espoir déçu car le médecin le déclare à nouveau bon pour le service. A partir de là, il n'a plus qu'une idée en tête : chercher du travail en surface. Aidé par des amis italiens, il décroche un poste chez un sous-traitant de la FN en qualité de soudeur. Ses talents vont bientôt le conduire à un emploi de moniteur de soudure et puis, enfin, à un travail en qualité de mécanicien spécialisé en boîte de vitesse. C'est dans ce grand garage liégeois qu'il fera connaissance avec un habitant de notre commune, lequel le persuadera de venir travailler à Comblain.
Les loisirs de cet émigré sont surtout sportifs : il fera du cyclisme en amateur, décrochant quelques bouquets, se lancera dans de belles chevauchées comme Liège-Bastogne-Liège. Fréquentant une salle de gymnastique, il s'initiera même au catch.
En 1957, il affermit ses racines dans notre terreau en épousant une jeune fille de chez nous. Une autre tranche de sa vie, la mieux connue, la plus spectaculaire, va commencer. Vous aurez sans doute reconnu le personnage mais je ne vous dévoile pas son nom aujourd'hui. La suite au prochain numéro des "Echos".
Les premières années à Comblain le virent occuper une grange place Neuforge, transformée en atelier mécanique, puis une autre place Leblanc. C'est l'époque où, petit indépendant, il répare et prépare des motos; il fait d'ailleurs du moto-cross durant ses loisirs. En 1961, il s'installe au quai de l'Ourthe où il réside encore actuellement.
En 1966, pour son plaisir personnel, il démarre une carrière automobile en course de côte notamment. On se souviendra longtemps de ses petits bolides jaunes à base de mécanique italienne dont les formes très originales sont issues de son imagination débordante : on appellera d'ailleurs l'un de ses bolides, "Laluigi". Durant les deux premières années de course, il participe à 51 épreuves, en gagne 50 dans sa catégorie et termine une fois deuxième.
Ses succès sont à la base de la naissance de sa renommée de préparateur. En 1959, par exemple, il prépare 7 voitures différentes pour des copains pilotes qui le sollicitent. Chacun, au terme de l'année, sera champion de Belgique dans sa catégorie.
Mais, quand on habite dans la région liégeoise, lorsque l'on parle de compétition automobile, il y a un nom qui fait rêver les passionnés, c'est FRANCORCHAMPS, et une épreuve à laquelle il faut participer : les 24 HEURES.
1971 et 1972 connaissent les deux premières participations de voitures préparées à Comblain avec une septième place au général la première année et une cinquième la deuxième année.
C'est sur le circuit de Nivelles en 1973 que l'équipage constitué de Jean Xhenceval et de Willy Braillard gagne les 24 heures de cette année-là devant des teams et des pilotes considérés comme les meilleurs de l'époque.
La véritable consécration aura lieu l'année suivante avec deux titres de champion de Belgique en voitures de tourisme et la victoire aux 24 heures de Francorchamps de l'équipage constitué de Jean Xhenceval et d'Alain Peltier : un travail magnifique récompensé et la renommée pour Luigi et ses pilotes.
Le retour à Comblain fut triomphal et l'accueil à Géromont le lundi a fait couler beaucoup de "pèkèt".
En 1975, si les couleurs du sponsor ont changé, le succès est toujours présent et l'équipage Xhenceval - de Fierlant sort victorieux des 24 heures. Il y aura bien d'autres victoires, notamment en 1978 la Coupe du Roi récompensant trois voitures ayant atteint au bout de l'épreuve le meilleur classement cumulé.
Clôturons par une anecdote ce chapitre "Francorchamps" : je garde en mémoire un lendemain de 24 heures où le patron de "BMW ALPINA" nous avait rejoints à Géromont. Dans l'ambiance de fiesta qui régnait, ce monsieur offrait des glaces aux enfants présents à la cavalcade dans le village.
D'autres succès vous seront racontés prochainement.
Le "sorcier de Comblain", tel sera dorénavant le titre octroyé à Luigi par la presse sportive d'abord, puis par l'ensemble de celle-ci.
1976 voit le team se lancer dans un nouveau défi : le Championnat d'Europe des voitures de tourisme. Huit épreuves à préparer pour une puis deux voitures, sans compter les voitures privées préparées à Comblain. La logistique est importante : un camion transportant les deux voitures et tout le matériel indispensable (outillage, pièces de rechange, pneus, moteurs, boîtes de vitesse...), l'établissement des documents de douane pour chaque entrée et sortie des pays traversés à l'aller comme au retour, la réservation des chambres d'hôtel, tant pour l'équipe que pour les pilotes ou du bateau à prendre pour l'Angleterre, etc.
MONZA (Italie) est le premier circuit de ce championnat. Jean Xhenceval et Pierre Dieudonné pilotent la seule "BMW LUIGI" qui soit prête. Nos pilotes sont premiers sur la grille de départ devant une Ford Escort et une Chevrolet Camaro et, après quatre heures de course, remportent le premier succès européen du team Luigi. Essai réussi.
Ce sera ensuite au tour de SALZBURG-RING, où trois voitures BMW-LUIGI sont présentes; les deux officielles occupent les deux premières places de la grille de départ et, à l'arrivée, les trois BMW occupent les trois premières places. Qui dit mieux ?
La course suivante sera la copie quasi parfaite de l'épreuve autrichienne avec trois BMW-Luigi aux trois premières places : c'était à MUGELLO (Italie).
BRNO (Tchecoslovaquie) : premier et deuxième devant plus de 100.000 spectateurs. NURBURGRING (Allemagne) : une première place et un abandon. VALLELUNGA (Italie) : 4e et 9e, le plus mauvais résultat de la saison. SILVERSTONE (Angleterre) : 1er et 4e. JARAMA (Espagne) : 1er et 2e.
Le classement au championnat d'Europe est éloquent :
Premiers : Xhenceval - Dieudonné : 125 points
Deuxième : de Fierlant (team Luigi) : 112 points
Troisième : Bigliazzi : 82 points.
Les pilotes qui ont pris le volant d'une des voitures du team cette saison sont : Jean Xhenceval, associé à Pierre Dieudonné, avec comme troisième pilote, lors de certaines courses, Grano (Italie), Stock (Allemagne), Finotto (Italie) ou de Fierlant (Belgique). La seconde voiture a été principalement aux mains de H. de Fierlant, associé à Nève (Belgique), De Wael (Belgique), Nilsson (Suède), Grano (Italie) ou Joosen (Belgique).
Réaliser une saison aussi fructueuse ne se fait pas sans de nombreuses heures de travail et une grande ténacité dont Luigi a toujours su faire preuve ; en voici un exemple :
Nous sommes en Allemagne au Nurburgring sur le grand circuit. Aux essais du samedi, la BMW-Luigi pilotée par Hugues de Fierlant sort violemment de la piste. Lorsqu'à la fin des entraînements, la dépanneuse ramène la voiture au stand, les mines s'allongent devant l'étendue des dégâts. Toute l'équipe est persuadée que la voiture est irréparable pour la course du lendemain... sauf Luigi. Une course contre la montre s'engage : tous les mécaniciens se mettent au travail, lequel durera toute la nuit. On se souviendra longtemps dans le team de la visite en pleine nuit des deux pilotes de F1 à l'époque, Hans Joachim STÛCK et Gunnar NILSSON (engagés sur les deux voitures du team à côté des pilotes belges); ils sont porteurs d'un casier de bière pour soutenir le moral des troupes. La voiture réparée et retouchée aux couleurs du sponsor, est présentée le dimanche matin au contrôle technique qu'elle franchit sans problème. L'après-midi, cette voiture gagnera le "Grosser Preiss der Touringwagen" aux mains des pilotes de Fierlant - De Wael et Nilson, l'autre voiture ayant malheureusement dû abandonner après un show fantastique de Stück en début d'épreuve.
L'aventure se poursuivra les années suivantes, tantôt avec des BMW, tantôt des Chevrolet Camaro ou des Alfa. Retenons pour terminer, la victoire en catégorie IMSA aux 24 heures du Mans en 1977 avec le trophée de la meilleure assistance technique et, en 1978, la Coupe du Roi aux 24 heures de Francorchamps, récompensant le team ayant le meilleur classement additionné de trois voitures.
Sources : C.T., Une bien belle épopée, Echos de Comblain, juillet 2005, p. 53 et 54.
C.T., Une bien belle épopée, Echos de Comblain, août 2005, p. 57 et 58.
C.T., Une bien belle épopée, Echos de Comblain, septembre 2005, p. 67.
