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Clémentine-Caroline-Valérie Nagelmackers vit le jour à Liège le 15 décembre 1826. Son père, Gérard-Théodore était banquier rue Souverain-Pont. Sa maman était Anne-Sophie Dupont.
Née et élevée dans un milieu patricien et hautement cultivé, Valérie était destinée à un brillant avenir dans la vie mondaine. Dès l'âge de 9 ans, elle découvrait Lamartine et, à 12 ans, rédigeait des vers.
Plus tard, elle s'intéressa aux questions religieuses, philosophiques, sociales et économiques, aux langues étrangères, à la musique et à la peinture. Le salon de ses parents, où elle ne tarda pas à briller par son esprit, était le lieu de rendez-vous d'artistes, de littérateurs et de politiciens qui ne manquèrent pas d'exercer une influence sur sa formation et son perfectionnement.
Très tôt, Valérie prit conscience de son immense fortune et de l'inégalité des conditions sociales, de la souffrance physique et morale, de la misère des petites gens.
Un simple évènement allait faire saigner son coeur et décider pour toujours de son choix de l'effacement où l'appelait la charité. Elle allait désormais y consacrer toute sa fortune, toute son énergie, sa propre vie et... celle de son fils au service de tous ceux qui étaient dans la souffrance.
Ce jour-là, au sortir d'un bal, sa voiture croisa sous le porche un jeune mendiant qui tendait la main, et disant : "ne me refusez pas ". Mais le carrosse passa vite et se perdit dans l'ombre et le silence de la nuit. Et de n'avoir pu faire la charité, la comtesse avoua plus tard que ce bal là fut la dernière fête pour elle.
Elle allait désormais soutenir d'innombrables oeuvres de bienfaisance et d'éducation, prendre à sa charge complète une trentaine d'enfants adoptifs et des familles entières. On a estimé qu'elle avait dû dépenser pendant son séjour à Comblain, dix-huit millions de francs de l'époque.
La comtesse s'est aussi occupée avec sollicitude des masses ouvrières et de leur triste condition. Elle devait aussi se préoccuper de la question anti-esclavagiste d'Afrique et y consacrer de fortes sommes, soutenant l'action du cardinal Lavigerie.
Le comte Louis de Stainlein, né en Hongrie en 1819, était un grand violoniste. Ami de Franz Liszt, celui-ci l'amena au salon des Nagelmackers. Il épousa Valérie à Angleur en 1849. Il devait y décéder en 1867.
De ce mariage naquit, en 1850, Herman, Louis, Othon. Esprit brillant, il allait devenir l'image parfaite de sa mère, collaborant à toutes ses oeuvres, étudiant les questions sociales, participant aux congrès, écrivant dans des revues belges et étrangères.
Elle s'éteignit à Comblain le 15 avril 1908, âgée de 81 ans.
Elle avait été pour son prochain, une lumière puissante et douce à la fois. Mais cette lumière ne fut pas appréciée car elle était trop en avance sur son temps.
Le jour des obsèques de la comtesse, on eût pu croire que l'église de Comblain aurait été vingt fois trop petite pour contenir la foule de ceux, amis, administrateurs ou protégés qui, une dernière fois, auraient à coeur de prouver leur sympathie ou leur gratitude. Hélas, elle fut bien trop vaste : une poignée de gens seulement assistèrent à la messe matinale !
La comtesse aurait pu faire sienne cette phrase écrite par son fils en 1878 : "Je n'ai jamais compté beaucoup sur la gratitude et j'en suis pour ce motif, plus heureux".
Angleur sera plus démonstratif : le cortège funèbre sera accueilli par une foule énorme venue de partout et l'église sera trop petite pour contenir une telle affluence ! Valérie de Stainlein sera inhumée dans le caveau familial au côté de son fils Herman.
Source : Laure DELCHEVALERIE, Madame la Comtesse Valérie de Stainlein-Saalenstein, Echos de Comblain, de décembre 1949 (p.1) à septembre 1950 (p.68).