Giuseppe Cesaro

Texte de Jean Luxen paru dans "Les Echos de Comblain" en mai 2000.

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Arcangelo Petranto, professeur qui m'a appris l'italien, vient d'écrire un remarquable ouvrage, "HISTOIRE DES ITALIENS DE BELGIQUE (de César à Paola)", dans lequel il nous parle de ce Cesaro, Comblennois d'adoption.

Pour moi, la villa Cesaro, située à l'angle de la route de Géromont et de la Vieille Chera, n'évoquait pas dans mes souvenirs de gamin, traînant et furetant en culottes courtes dans les environs immédiats du centre du village, qu'une demeure mystérieuse d'un bien nanti et, surtout, un domaine frappé d'interdit, caché derrière ses murs et les plantations exubérantes qui y foisonnaient. Ce côté mystérieux était accentué d'une impression de malaise depuis qu'un V1 y était tombé, provoquant d'importants dégâts, le 1er janvier 1945.

On peut imaginer l'ampleur de la déflagration, puisque tous les carreaux des fenêtres du voisinage volèrent en éclats et, en outre, la grande "porte de devant" de notre maison (actuellement celle du docteur Vandenhoute) fut dégondée. On cloua des descentes de lit aux fenêtres et on bloqua la lourde porte avec le piano de maman. C'était la guerre et, c'est bien connu,... "à la guerre comme à la guerre".

Il a donc fallu qu'un Sicilien émigre avec ses parents en France, puis traverse la frontière pour s'installer en Belgique, que le hasard d'un examen réussi me fasse, moi aussi, quitter mon village, que nous nous retrouvions tous deux loin de nos premières attaches, qu'il me vienne l'idée d'apprendre l'italien, qu'il devienne mon professeur et ensuite un ami, il a donc fallu tout ce concours de circonstances pour que j'apprenne d'un Sicilien qui était ce mystérieux "Cesaro" du village de mon enfance (prononcez "Tchèzaro" en roulant bien le "r" et toute l'Italie vous comprendra).

Giuseppe Cesaro nait à Naples en 1849 et se passionne pour la minéralogie. A 43 ans, il est nommé professeur à l'Université de Liège : il y mène  d'actifs et brillants travaux dans le domaine de la cristallographie. Ses expériences, concrétisant les théories qu'il soutient, l'amènent à devenir le véritable fondateur de la minéralogie cristallographique de Belgique.

"Le cours que Cesaro professa à Liège, souligne H. Buttgenbach (biogr. Nation. t. 30, p. 276) et que, dès la première année, il publia autographié, révolutionna réellement l'enseignement de la cristallographie en Belgique. On y trouvait, résumées mais scientifiquement expliquées, toutes les méthodes d'observation relatives à la structure des cristaux et à leur examen optique. Ce cours sera ultérieurement amélioré (...)".

En 1906, Giuseppe Cesaro devient membre de l'Académie Royale de Belgique et accède même à sa présidence en 1915. Le roi Albert 1er, comme tout grand monarque, s'intéresse aux hommes de sciences, aux créatifs, aux innovateurs,  à ceux qui sont susceptibles de développer la connaissance, le progrès et le bien-être du peuple dont il a les destinées en main. C'est donc tout naturellement qu'il contacte le savant italo-comblennois et lui confie l'importante tâche de préparer l'entrée du prince Léopold (futur Léopold III) à l'Ecole Militaire.

Giuseppe Cesaro se définissait lui-même comme un naturaliste, probablement est-ce la raison qui le fixe à Comblain, là où il a tout le loisir d'étudier les minéraux dans ce pays de carrières où abondent le grès, le calcaire, le petit granit et où l'on peut trouver des bancs schisteux et de la dolomie. Ses recherche ne s'arrêtent pas quand il acquiert la renommée, après son éméritat, décroché en 1919, il poursuit inlassablement ses expériences, ses observations.

"L'oeuvre de Cesaro est considérable, conclut H. Buttgenbach (Biogr. Nation. t. 30, p.277). Elle est, indépendamment de ses cours publiés, contenue dans 284 notes et mémoires insérés dans diverses revues".

Il meurt à Comblain-au-Pont en 1939. Ce grand homme, venu chez nous d'Italie du Sud, est donc mort à l'âge respectable de 90 ans. S'est-il retiré à Comblain pour y achever sa vie dans la tranquillité des hauteurs du village, avec vue panoramique sur la bourgade, les rochers du Vignoble et un large méandre de l'Ourthe ? Habitait-il toujours sa villa quand il professait à Liège ? Je suis bien incapable de vous le dire, moi qui suit né précisément l'année de sa mort. Peut-être d'anciens Comblennois en savent-ils davantage ? Si vous êtes curieux de connaître la réponse à ces interrogations, le registre communal de la population, l'Université de Liège seront certainement à même de vous en dire plus long que moi qui suis fixé dans le lointain Tournaisis d'où je vous adresse ces quelques lignes.

L'histoire des Cesaro ne se limite pas à Giuseppe, car Arcangelo Petranto nous parle de son frère, Ernesto Cesaro, venu lui aussi faire ses études à Liège en tant que cristallographe et mathématicien (travaux sur l' "arithmétique asymptotique").

Au nom de tous les Comblennois curieux de leur passé, je tiens à remercier du fond du coeur mon ami Arcangelo pour cet intérêt qu'il a marqué vis-à-vis de Giuseppe Cesaro, "notre" savant, en nous révélant sa personnalité et pour l'autodérision qu'il m'a accordée de vous dévoiler un petit peu du fruit de ses recherches. Je vous recommande chaudement l'important ouvrage auquel il vient de donner le jour. Il y dévoile, à l'aide d'une impressionnante bibliographie, tout le tissu des relations culturelles, scientifiques, commerciales, qu'elles soient amicales ou conflictuelles, entre la Belgique et l'Italie tout ce qui a marqué les deux pays d'une empreinte indélébile depuis la guerre des Gaules jusqu'à l'épanouissement des Cerami, Quaranta, Scifo ou autres Di Rupo. Toute la contribution italienne au développement de la Belgique est passée au crible : la période mérovingienne, la compétence des marchands et des banquiers en relation avec ceux de la grande Bruges, les effets de la Renaissance dans notre pays, l'influence des hommes d'Eglise dans la Réforme, le savoir-faire des maîtres verriers, montreurs de marionnettes, artistes de tout poil, hommes d'Etat, marchands de glace (dont Achille Gizzi et Tortolani), etc.etc. sans oublier, bien sûr, les courageux acteurs de la "Bataille du Charbon".

Source : Jean LUXEN, La villa "Cesaro", Les Echos de Comblain, mai 2000, p. 39 et 40.

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