La grotte de l'abîme
La grotte de l’Abîme est une cavité naturelle qui s’enfonce profondément dans le sol, avec un gouffre de 22 mètres de hauteur qui lui a donné son nom.
Dans le versant ouest de l'Ourthe qui descend en forte pente vers la rivière, s'ouvre un trou dont l'orifice est connu depuis toujours par les habitants de la commune. En 1900, le petit chien d'une jeune fille tomba dans le trou. Il n'était certes pas la première victime de ce piège naturel, mais c'est sans doute le chagrin de sa propriétaire qui attendrit un ouvrier. Celui-ci se fit attacher à une corde que quelques villageois costauds laissèrent descendre prudemment. L'explorateur descendait dans un puits de section ovale, d'environ cinq mètres sur trois, aux parois arrondies. La longue descente lui permit de distinguer progressivement les rochers aux formes aigües hérissant le fond de l'abime.
Soudain, la lanterne dont s'était muni le courageux lui échappa des mains et alla se fracasser au fond du puits, éveillant mille échos. C'est à la seule lueur du jour qui filtrait au fond de l'abime que l'homme atterrit et appela le petit chien qu'il put alors attraper. La clarté était juste suffisante pour voir que le sol était fait de pierres anguleuses de toutes tailles et qu'un vaste couloir continuait au fond de l'abime. Mais l'homme, n'ayant plus d'éclairage, ne s'attarda pas, il rejoignit la corde et donna à ses aides le signal de la remontée.
A cette époque trois savants parcouraient la Belgique, ratissant littéralement villages, campagnes et bois à la recherche de grottes, de gouffres et de cours d'eau souterrains. Apprenant l'histoire du sauvetage du petit chien, les trois explorateurs d'abimes décident d'aller inspecter plus profondément le gouffre.
ils s'y rendent le 23 mai 1902. Arrivés au fond du puits par une échelle de corde, les spéléologues découvrent une galerie descendante assez raide, qu'ils suivent sur une trentaine de mètres. Le sol est caillouteux, très irrégulier, encombré de branches, de troncs d'arbres, de carcasses et d'ossements d'animaux. Le spectacle est impressionnant. La voûte de galerie s'abaisse progressivement et les explorateurs doivent ramper et déblayer des blocs pour passer une étroiture. Ceci les amène dans une sale d'environ six mètres sur douze, en forme d'entonnoir inversé : les parois convergent vers le haut et se perdent dans le noir. Par un petit trou au niveau du plancher, des cailloux lancés par les chercheurs rebondissent dans une autre salle. Le Petit trou est déblayé, débarrassé de quelques blocs et une nouvelle échelle de corde est installée par laquelle l'un des hommes descendra dans une seconde salle, également en forme de cloche, mais plus spacieuse que la première. L'équipe est ainsi parvenue à cinquante mètres de profondeur et en restera là.
Une nouvelle exploration eut lieu le 3 mai 1908. Beaucoup de membres de la société y assistaient. Le résultat fut maigre : quelques diverticules supplémentaires par rapport aux galeries découvertes lors de la précédente visite. Ce n'est que dix-sept années plus tard que les chercheurs retournèrent à l'abime de Comblain.
L'année 1925 fut fertile en découvertes. Le 14 mai, les spéléos des Chercheurs de la Wallonie découvraient la salle des Nutons et la Crèche. Le 19 juillet ils découvraient les autres salles de la grotte à l'exception de la Merveilleuse et du Petit Lac, qui furent découverts quelques temps après par le propriétaire, Monsieur Auguste Bry.
Elle a été aménagée pour accueillir les visiteurs et est ouverte au public. Les visiteurs peuvent explorer de nombreuses salles interconnectées par des galeries, éclairées de manière à mettre en valeur les couleurs et les formes et les formes variées des stalactites, stalagmites, fistuleuses, gours et autres formations calcaires. La visite inclus des points d'intérêt tels que l'abime lui-même, la salle de la cascade, la tête du dinosaure, Saint-Nicolas, la Vierge Marie, et bien d'autres formations.
Source : Emile DETAILLE, Musée du Pays d'Ourthe-Amblève.
Addendum
Les restes osseux de la grotte de Comblain.
1907
Cette année-là, plusieurs spéléologues de la société "Les Chercheurs de Wallonie" explorèrent la grotte. Ils y découvrirent des restes particulièrement nombreux de canidés, considérés comme étant des loups, probablement dans la "Salle des loups". Ces vestiges intéressants ont malheureusement disparu lors des dégâts dus à la dernière guerre.
Rappelons que, vers 1910, le professeur J. Fraipont avait découvert à Sprimont, un peu au nord du vallon qui descend vers Chanxhe, une profonde fissure, "abîme" contenant les restes d'un jeune mammouth et ceux d'une meute d'environ 70 loups.
1925
Lors des premiers travaux pour l'aménagement touristique du site, deux mandibules (mâchoires inférieures) et un tibia humain avaient été découverts dans les éboulis au fond de l'abîme. Lorsqu'on retrouvera ces restes, actuellement égarés, on pourra vérifier s'ils se rapportent aux crânes découverts en 1947.
Une cheville osseuse de corne de "Bus primigenius" fut également mise au jour lors de ces travaux, à quel endroit exact, on l'ignore.
1947
C'est en décembre 1947, lors de nouveaux travaux d'aménagement du site, que des vestiges osseux furent découverts au fond de l'abîme. On peut y reconnaître les restes de trois individus, des hommes, dont les crânes étaient bien conservés. Deux de ces crânes se ressemblaient assez fort, le troisième est un peu différent. A tous les trois, il manque les incisives supérieures. L'un de ces individus, au moins, était entravé par une chaîne.
Nous avons demandé deux datations par la méthode du carbone 14. Voici les résultats obtenus par le laboratoire de l'UCL : le premier date de 750 ans (+/- 60) et le deuxième de 700 ans (+/- 70) avant le présent, le "présent" étant arbitrairement fixé à 1950, année où le physicien Libby inventa cette technique de datation. On peut estimer que ces individus étaient contemporains et devaient vivre vers 1220 - 1250 de notre ère.
Ces malheureux furent probablement massacrés par les bandes d'envahisseurs venant du Luxembourg au XIIIe siècle. L'histoire rapporte en effet que Walleran III, époux d'Ermesinde, avait envahi la vallée de l'Ourthe jusqu'à Poulseur. Il s'était emparé de la forteresse de Comblain, connue depuis le Xe siècle. Son fils, Walleran de Montjoie, tua le fermier de Comblain et déporta la garnison de la forteresse au château de Logne. Il pilla ensuite tous les environs. C'est en 1227 que la paix revint par la restitution de Comblain à l'Abbaye de Stavelot.
fouilles récentes. En 1985 et en 1991, des travaux de désobstruction eurent encore lieu, amenant de nouvelles découvertes.
Des restes humains proviennent de trois individus adultes et d'un enfant.
La faune, identifiée par M. JM Cordy, de l'Ulg, comprend : trois chiens, un chat, des bovins, un cheval, un hérisson, des crapauds, des lapins, des suidés (sangliers ou cochons) et des oiseaux actuellement en cours de détermination à l'UCL.
Les restes de l'enfant ou adolescent sont programmés pour une datation par spectrographie de masse par accélérateur.
Comme on peut le voir, les recherches ne font que commencer.
Source : Michel Dewez, les restes osseux de la grotte de Comblain, Echos de Comblain, septembre 2007, p. 68 et 69.
