Le tige de César

Voie qui a la réputation d'être romaine.

Informations

Voilà un nom on ne peut plus alléchant pour une voie qui traverse un coin de notre commune et a la réputation séculaire d'être romaine.

Un lecteur de nos "Echos", M. Jean Dehon, de Gembloux, ayant pris connaissance de notre étude sur le tige de Dinant, nous écrit :

"Dans une documentation que m'a laissée feu M. Levarlet, inspecteur des Explosifs, je trouve un "tige de César" qui passe entre Hody et Anthisnes. Le tige vient de Dinant et se poursuit jusqu'à Poulseur. J'ignore où il a pu trouver cette appellation. Je vous la signale à toutes fins utiles (15 avril 1950)".

Suit, dressé par notre correspondant, un schéma de ce tige le long duquel nous relevons les localités suivantes : Dinant, Achêne, Ciney, Jeneffe, Miécret, Clavier, Warzée, nord et ouest d'Anthisnes, nord de Mont, Poulseur.

Nous avons noté à Anthisnes que le "tige de César" est encore qualifié de "vôye rominne", mais s'appelle communément et simplement "tîdje". Il vient de la direction de Hody et passe au nord d'Anthisnes (au lieu-dit "so les pèkèts") et courant d'ouest en est, traverse le bois d'Ouhar en deux parties sensiblement égales.

Dans notre commune, il porte le nom de "tîdje romain di so Monti".

A Poulseur, le "tige de César" escalade la colline de la "tère â tchèrsi" (terre aux cerisiers), continue par le "pazè des vwèturons" (sentier des voiturons), croise le tige de Bavay et peut ainsi conduire à Poulseur.

Mais l'examen de la carte et du terrain montre clairement qu'il devait normalement descendre le ravin des Foxhalles et passer l'Ourthe à Chanxhe, à l'endroit précis où, après 40-45, fut construit le pont provisoire de l'Ourthe, face au moulin d'Embiérir.

Au plan cadastral, cette voie porte le nom de "chemin de Hody à Pepinster".

De Chanxhe, la route romaine gagnait sans aucun doute Lincé, pour continuer vers Louveigné, soit par Damré et Cornemont, soit plutôt par le Hornay.

Tel est, d'après la tradition et les renseignements qu'il est encore aisé de recueillir sur place auprès des vieux et des fermiers de la région, le trajet régional du tige de César.

Notre documentation en était là lorsque le hasard nous a mis dans les mains une étude sur ledit tige de César.

Nous croyons donc ne pouvoir mieux faire qu'en donnant le texte intégral de ce qu'a écrit il y a un siècle (exactement en 1849) le docteur Bovy, auteur des "Promenades historiques dans le pays de Liège", 8e promenade, sub verbo Poulseur. Comme on pourra le voir, l'aboutissement à l'Ourthe n'est pas le même qu'ici plus haut. D'après le docteur Bovy, le tige de César quitte le sentier des voiturons pour obliquer vers le nord et suivre sur quelque 600 mètres le "vî tîdje" qui passe "al noûve cinse", tige dont nous avons parlé à propos du "tîdje di Bavê".

"... Le principal chemin qui traversait le Condroz en ce sens, dit le docteur Bovy, venait aboutir à l'Ourthe à quelques pas au-dessous (1) de Poulseur. Ce chemin se nomme "li vî tîdje" (2) ; une tradition constante en fait une voie romaine et il se trouve désigné dans beaucoup de vieux actes par le nom de "tige de César" (3).

Ce chemin règne sur toute la hauteur qui divise le Condroz comme en deux parties, laissant d'abord à gauche (4) le château d'Ouhar, l'antique village d'Anthisnes avec ses édifices qui lui donnent l'aspect d'une ville et le château de Vien.

Après Hody, il traverse les deux Xhos, Ellemelle, Warzée, pour former ensuite la superbe avenue qui, de Pair, conduit au vieux château d'Atrin et atteindre Ocquier et Bois-Borsu. Il entre bientôt dans la province de Namur et se poursuit dit-on, jusqu'en Champagne. A Bois, il traverse la vieille chaussée romaine qui, partant des bords de la Meuse à Ombret, passe à Strée, à Ramelot, à Terwagne et se dirige sur le Luxembourg et Trèves".

Le docteur Bovy donne ensuite quelques renseignements sur les trouvailles romaines dans les environs :

"A Villers-aux-Tours, à une demi-lieue de Poulseur, et à pareille distance du tige, on a trouvé aussi quantités de médailles. J'en possède une en bronze, d'une conservation telle que l'on dirait (à part le vernis du temps) qu'elle vient d'être frappée ; c'est un César-Auguste. M. Burton, bourgmestre de Hody, qui demeure à Poulseur, a eu la complaisance de nous indiquer l'endroit où, essartant un petit bois, on a découvert, au mois d'août 1834, un buste en bronze qui est aujourd'hui entre les mains de M. l'avocat Jottrand, de Bruxelles. M. le baron de Reiffenberg en a parlé dans le bulletin des séances de l'académie, etc..., année 1835. Après lui, M. le docteur Roulez en a fait l'objet d'une brochure imprimée à Gand et intitulée "Notice sur un buste antique en bronze découvert dans la province de Liège". Il résulte de l'opinion de ces deux savants que le buste de Poulseur appartient au moins à l'époque des Antonins, c'est-à-dire qu'il date de l'an 150 de J.C. A la même place ont été mis au jour des restes de constructions cimentées à la chaux ; on les a soigneusement exploitées pour en ameublir les terres.

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(1) Certains ont pensé que "au-dessous" signifiait "en aval", ce qui leur fait affirmer gratuitement que le "tige de César" passait par Hody et Villers-aux-Tours, puis descendait le chemin du Ry d'Oneux en aval de Poulseur pour traverser l'Ourthe à La Gombe et gagner Lincé par le Nord de Ménage.

(2) Renseignements pris à Poulseur, "li vî tîdje" est celui qui passe par la Neuve Cense et gravit "li gros tiêr" pour arriver à Mont en passant devant le home.

(3) Délices du Pays de Liège, tome III, p. 188.

(4) Comprenez : au sud.

Source : Emile DETAILLE, Li tîdje d'a César, Echos de Comblain, octobre 1950, p. 78.

Géolocalisation
50.48812897097728 ; 5.570883750915528