le tige de Dinant

Ancienne voie romaine qui passait par Géromont.

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Si vous demandez à un Géromontois de vieille roche, quel est, dans son terroir, le chemin qui passe pour être le plus ancien, il vous répondra invariablement que c'est le tige de Dinant. Et il s'empressera sans doute d'ajouter que, d'après la tradition, li vîhe vôye di so cocrê qui prolonge la chera de Comblain et aboutit al mèlêye Fairon, est, elle aussi, une artère de haute antiquité.

Le tige de Dinant, pas plus qu'aucun autre chemin de chez nous, n'a jamais fait l'objet d'une étude même sommaire. Mais il est grand temps d'en dire quelques mots, car ce vénérable tige n'existe plus, depuis longtemps déjà, comme moyen de communication et son souvenir s'estompe de plus en plus. Les derniers tronçons conservés s'effacent eux-mêmes insensiblement n'étant plus fréquentés que de temps à autre par quelques fermiers ou attelages éventuels.

Le tige de Dinant (rappelons qu'un tige est une vieille voie de terre) venait de Hoyemont, point culminant de notre commune (299m), se dirigeait vers Lawé, traversait le très vieux gué de l'Ourthe près de l'ouhène, gravissait le versant abrupt de la rive gauche, qui est actuellement éventré par une carrière de grès abandonnée, et arrivait sur la crête séparant la commune de Comblain-au-Pont de celle de Comblain-Fairon. De là, à l'endroit précis où, s'il existe encore, il traversait perpendiculairement la route actuelle de Géromont à Fairon, au lieu-dit so les bwès d'Fairon , son tracé est rappelé par une zone franche se présentant sous la forme d'une languette boisée (en wallon : on fèyon ou on hiyon) large de cinq mètres et longue de plus d'un hectomètre.

Là où cette bande se termine, le tige de Dinant ne montre plus de trace, mais de vieux Géromontois se souviennent encore qu'il se poursuivait en ligne droite sur le sommet, dans la direction d'un chêne isolé qui existe toujours et d'un tas de pierre qui se remarque sur la crête.

A partir du chêne, on retrouve aisément la trace du chemin qui file alors vers Delà-les-Monts (250m d'altitude) puis continue vers Blocquay d'où il remonte vers Sparmont ou Houpe-le-Loup (250m), traverse le bois du même nom et gagne finalement Ouffet (275m). De là, il devait, dit-on, se continuer vers Jenneret et Ciney pour aboutir  à Dinant par Fays-les-Achênes, etc.

Des hauteurs de Géromont, reportons maintenant nos regards sur Hoyemont, d'où nous avons suivi aisément la trace du tige de Dinant. Quelle direction ce dernier prenait-il au-delà de ce hameau ?

Ici, les Géromontois ne savent plus préciser. Ils croient généralement qu'il obliquait vers le N-E. pour atteindre Chambralles et, de là, Martinrive où se trouvait un gué sur l'Amblève qui, une fois franchi, permettait d'atteindre les hauteurs escarpées à l'Est de Rouvreux où son tracé se perd. Il est vrai que nous sommes ici à l'endroit où passait une voie romaine secondaire venant du confluent de l'Ourthe et de l'Amblève et se dirigeant vers Louveigné par Fraiture (249m) et les hauteurs au nord de Rouvreux et de Foccroulle (300m).

La tradition nous dit que le tige de Dinant est un diverticule romain. Divers indices semblent vouloir confirmer cette assertion que nous avons notée chez nos Géromontois : "li tîdje di Dinant èst-st-ine vôye dès romins" (Mr J.B.) - "cisse vîhe vôye la èst-st-ine tchâssêye romin-ne" Mr A.S.) - "ci vî tîdje la èsteû 'ne tchâssêye" (Mme J.M ép. R.).

Quels sont ces indices ? D'abord, le tige avait six mètres au moins de largeur et suivait les crêtes les plus élevées de notre région. Son nom est ensuite par lui-même intéressant : d'après M. Breueur, des Musées du Cinquantenaire, à Bruxelles, les vénérables tiges du pays wallon sont déjà un indice favorable : la mention de Dinant, localité éloignée avec laquelle nous n'avons actuellement aucun rapport, ne peut que rappeler la période romaine ou Divonantum jouait un rôle important grâce à ses moyens de communication : ses voies romaines, son gué sur la Meuse et son fleuve par lui-même.

D'autres appellations nous ont été rapportées par certains concitoyens touchant le tige de Dinant. Nous ne les avons malheureusement entendues qu'une seule fois. Faute de confirmation, elles sont donc douteuses. Nous ne les donnons qu'à titre documentaire : tîdje di Dinant a Trêve (M. L.L.) ; tîdje rwèyâl (M. H.R.) et vôye di Nameur (M. H.M.).

Cette dernière appellation n'aurait rien d'anormal si elle correspondait au tracé décrit ci-dessus.

Quant au terme tîdje rwèyâl, nous nous demandons s'il n'est pas né d'une confusion avec li rwèyâle ou rèyâle vôye dont la construction est attribuée par la tradition aux quatre fils Aymon et  qui, venant du château de Poulseur, montait par les campagnes de ce village vers Mont-sur-la-Heid (tîdje dè Mont sol Hé), redescendait vers le sommet des Roches-Noires et le parc communal de Comblain-au-Pont, pour remonter à Géromont, longer les carrières, gagner le fond du Tibiè-Ri, puis filer sur Fairon et le château de Logne (source : M. Joseph Gillard, M. Firmin Antoine, M. Mathieu Simon).

La dénomination : Tîdje di Dinant à Trève est encore plus curieuse, car Comblain se trouve beaucoup trop au nord de la voie qui reliait ces deux localités. Toutefois, il se pourrait que par suite de réminiscences scolaires sur les chaussées romaines, Trèves soit né d'une altération de Tré qui apparait dans la toponymie wallonne pour indiquer Maastricht (latin : Trajectus ad Mosam), comme par exemple à Othée et à Eben-Emael (al vôye di Tré).

Toutefois, même dans cette éventualité, on pourrait encore se demander pourquoi notre chemin, désirant gagner Maastricht, a éprouvé le besoin de franchir l'Ourthe et l'Amblève au lieu de gagner directement Liège en traversant tout le Condroz du S.O. au N.E.

Enfin, si, comme le pense M.O.R., notre tige suivait dès Hoyemont les crêtes au sud de l'Amblève, il a pu  avoir Cologne comme point d'aboutissement.

Nous croyons avoir dit tout ce qu'il nous a été possible de recueillir à Géromont touchant l'antique tige de Dinant.

Nous pourrions toutefois ajouter que des pièces ont (dit-on) été découvertes jadis au gué de Lawé et qu'une pièce d'or romaine possédée par une personne de Comblain-au-Pont a été trouvée près du gué de Martinrive.

Le problème du tige de Dinant est posé. Puissent des concitoyens et des spécialistes des voies romaines nous apporter leurs lumières pour le résoudre.

Et voici déjà une documentation qui vient s'adjoindre à notre "dossier". Elle émane de M. Gaspard, instituteur à Vien.

"Il existe dans ma commune d'Anthisnes, nous dit-il, un chemin qui passe pour être un diverticulum romain. Il s'appelle actuellement li tîdje di ham'wèr, mais son vrai nom ancien est li tîdje di Dinant. Ce chemin a encore 7m de largeur et le tronçon que je connais est le suivant : Xhos, limite entre les communes de Tavier et de Hody, Les Floxhes, limite entre Ouffet et Fairon".

Nos témoins : Mme Martine Malemprée, 90 ans, veuve de Charles Bonivers ; Mme Jeanne Marche, épouse de Camille Renard ; MM. Victor Bonivers, Jos. Bonmariage, Joseph Gillard, Emilien Grasser, Léon Louys, Emile Magnée, Henri Malemprée, Hubert Raes, Odule Renard, Arthur Scion, Mathieu Simon et quelques anciens de Fairon dont nous n'avons pas les noms.

Source : Emile Detaille, "Les Echos de Comblain", avril 1950.

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