Un petit cimetière franc sans mobilier funéraire.

découvert par hasard, en 1937, à Comblain-centre.

Informations

I. Un renseignement précis et inespéré.

En 1934, époque où noue allions recueillir chez nos concitoyens les premiers objets et la première documentation pour le Musée de Comblain, fondé peu de temps auparavant (8 décembre 1933), nous apprîmes par M. Julien Malmedy, de la rue Large, que les jardinets situés au bord de sa maison, entre la dite rue Large (actuellement la plus étroite de Comblain) et le versant occidental qui s'élève vers le plateau géromontois, avait été jadis le siège d'un cimetière franc.

Nous fûmes frappés de la précision de son affirmation quant au lieu et au temps, et nous nous empressâmes de consigner son renseignement inattendu, qui perpétuait sans le moindre doute le souvenir de découvertes anciennes identifié alors par quelque autorité en matière historique (1).

La présence d'un antique endroit de sépulture aux abords du Cisaiwe était, en effet, du domaine des possibilités, car par sa situation privilégiée au bord d'une rivière soumise à la navigation, par son "réal chemin" (2) et son important passage d'eau où convergeaient de nombreuses voies (3), ce quartier était devenu rapidement le centre actif du vieux Comblen.

II. Le renseignement disait vrai.

a) le cimetière.

L'indication de M. Malmedy dormait toujours dans un carton quand, au cours de la semaine du 7 au 14 mars 1937, les frères Georges et René Dehossay, occupés à des travaux de terrassements pour une maison d'habitation à édifier au lieudit "è bèl êr", section D n° 695a et 696b, rencontrèrent une première tombe contenant un squelette d'adolescent. Les fémurs affleuraient le sol tandis que le crâne gisait sous soixante centimètres (forte déclivité naturelle du terrain).

L'avancement des dits travaux conduisit bientôt nos terrassiers à la découverte de six autres tombes parallèlement espacées régulièrement d'environ soixante centimètres et creusées sur un même ligne orientée nord-sud. Cette rangée de tombe était située dans un espace compris actuellement entre l'arrière-corps de la maison et le mur de soutènement adossé au taillis.

Ultérieurement une huitième tombe, isolée, fur repérée plus bas que les autres, du côté de la façade, à l'endroit exact de la porte de la cave. La partie de cette sépulture contenant le crâne a, seule, disparu. Le reste n'a pas été exhumé.

Une neuvième tombe vient d'être mise au jour le 16 avril écoulé, par M. Michel Pirnay, propriétaire actuel, qui s'est fait un devoir de nous avertir immédiatement de sa trouvaille.

Cette sépulture est située plus haut que les autres (à 5m dans le taillis) et aussi plus au sud.

Les constatations sont donc les suivantes : 1°  les tombes de ce cimetières sont disposées en gradins, c'est-à-dire creusées à des niveaux différents dans le versant de Bellaire ; 2° l'endroit n'a vraisemblablement pas livré tous ses secrets et, à cet égard, il serait intéressant de sonder le sol des jardinets que mentionnait M. Malmedy. 

En 1951, des terrassements effectués dans la prairie cadastrée D695a et contigüe au terrain renfermant les neufs tombes n'a rien révélé.

b) Les tombes.

Dès que l'on remue quelque peu le sol de la propriété Dehossay (actuellement Pirnay), on voit apparaître sans interruptions quantité de pierres calcaires très différentes de forme et de volume. Aussi, le fond des tombes, bien que constitué par de la terre, contient-il de nombreux "cougnets" qui pourraient faire croire à une espèce d'enrochement.

Les parois sont constituées de murets à sec en pierres calcaires utilisées sans retouches ( 3 lits de pierres).

les dalles de couverture (car il y en a 4, ou 5, ou 6 et non une seule, comme à nos caveaux modernes) consistent, elles aussi, en tranches grès brutes, posées sur les dits murs, les unes à côté des autres. Parfois l'une d'elles est mise à recouvrement sur un joint.

Ces caveaux affectent la forme trapézoïdale. Toutefois, vers les bases, là où se trouvent les pieds ou le crâne, les murets latéraux s'incurvent légèrement et prennent l'aspect d'une ogive tronquée.

Voici les dimensions de la tombe 9, qui vient d'être découverte : longueur, 1,80m ; largeur, à la tête, 0,45m, aux pieds, 0,24m, au milieu du corps, 0,60m ; profondeur du caveau, 0,35m ; épaisseur moyenne de la couche de terre en déclive sur les dalles de couverture, 0,65m ; largeur du muret, plus ou moins 15 cm. Dimensions de la dalle posée au-dessus de la tête : longueur, 0,78m ; largeur, 0,44m ; épaisseur, 0,05m.

c) Le mode d'inhumation.

Bien construits avec un soin visible, les caveaux ne pouvaient empêcher la terre de s'infiltrer lentement dans les tombes et de les combler en tout ou en majeure partie. Par ailleurs, les dalles de couverture avaient plus d'un fois glissé ou s'étaient brisées. Aussi, les squelettes étaient presque toujours enrobés dans la terre fine (1).

Malgré l'antiquité du lieu des sépultures, les ossements étaient en général bien conservés. Aussi a-t-il été chose aisée de noter le mode d'inhumation qui est le suivant : corps allongés, posés sur le dos ; bras étendus le long des jambes, crâne au couchant et pieds au soleil levant (2), pas de trace de vêtements, aucun mobilier funéraire (3).

Un détail relevé à propos de la tombe n°9 méritez d'être signalé : le fond du caveau, sous le squelette, ainsi que les terres infiltrées sous les dalles de couverture contenaient d'innombrables et infimes parcelles de tuiles romaines. Nous ignorons si cette particularité s'est également rencontrée dans les autres sépultures.

d) L'âge du cimetière.

A cause de toutes ces caractéristiques : situation dans un endroit sec, en dehors d'une agglomération et à mi-côté d'une colline, exposition au soleil levant et au voisinage d'un cours d'eau, tombes groupées, alignées ou orientées, nous classerons ce champ de repos parmi les lieux d'inhumation de l'époque franque des carolingiens. Il est donc plus récent que celui de Fairon qui est d'âge mérovingien et caractérisé par un mobilier funéraire.

Nous situerons "grosso modo" notre cimetière entre l'an 800 et l'an 1000. C'est, en effet, au cours du IXe siècle que l'Eglise, désireuse de détruire les derniers restes du paganisme, prescrivit d'inhumer les morts sans le mobilier que, jusque là, les Francs plaçaient dans les tombes de leurs disparus afin de leur permettre de continuer dans l'au-delà une vie nouvelle qu'ils croyaient analogue à celle d'ici-bas.

Au cours du XIe siècle, les lieux de sépulture francs situés en plein champ furent délaissés pour les "aîtres" que l'on commença à aménager autour des églises en signe d'appartenance à la religion chrétienne. On était aux approches du Moyen-Âge.

Il est presque certain que le vaste endroit d'inhumation du quartier Saint-Aubin, établi autour du premier sanctuaire de chez nous (rue de l'Egalité) fit suite à celui de la rue Large.

Or on sait, par document stavelotain de 1130-31, que l'abbé Popon 1er, qui régna de 1020 à 1048, possédait déjà l'église de Comblain.

Nos sources : Nous adressons tous nos remerciements à MM. René et Georges Dehossay, Hubert Coulée et Michel Pirnay qui ont participé directement aux travaux de terrassement et de découvertes.

Documentation personnelle recueillie sur le site même du cimetière à l'époque des diverses découvertes.

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(1) La tombe n°9 ne laissait voir qu'une partie de calotte crânienne

(2) Hormis la tombe n°9 où les pieds étaient au midi et la tête au septentrion. Le crâne était légèrement relevé.

(3) Toutefois, M. Georges Dehossay a trouvé dans une des sept tombes alignées une "espèce de lame de couteau" qu'il n'a pas conservée.

Source : Emile Detaille dans "Les Echos de Comblain" en mai 1952.

Géolocalisation
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