Un cimetière franc à Oneux
découvert en décembre 1934.
On était en fin décembre 1934 et les journées étaient douces et ensoleillées comme au premier sourire du printemps.
Nous avions entendu dire qu'on venait d'exhumer des squelettes à Oneux, au-dessus des rochers du Thier Pirard, et nous voulûmes profiter de la clémence exceptionnelle du temps (28 décembre 1934).
Nous nous rendîmes donc sur les lieux, avec M. Charles Lefils, du Musée de Comblain, pour nous rendre personnellement compte de la valeur historique de cette découverte, et eûmes la chance d'y trouver M. Fernand Bernard, occupé à faire disparaître entre deux prés une légère dénivellation où poussaient quelques ronces et buissons rabougris et clairsemés.
Tout à coup, nous dit notre interlocuteur, j'exhumais de petites dalles de grès et quelques ossements humains. Ma curiosité fut mise en éveil et je poursuivis mon travail avec autant d'impatience que de précautions.
Je dégageai ainsi sur une même ligne quatre tombes disposées parallèlement et assez régulièrement espacées de 2 à 3 mètres. Elles contenaient chacune les restes d'un adulte couché sur le dos, la tête à l'ouest et les bras le long du corps.
Les squelettes étaient abimés et incomplets. La plupart des os se brisaient au moindre effort ou s'effritaient sous une simple pression des doigts. Les crânes, mieux conservés, n'avaient aucune protection spéciale et les ossements n'étaient accompagnés d'aucun mobilier funéraire. Les corps avaient simplement été recouverts d'une couche de terre très fine. Le fond de chaque tombe était constitué de tranches de grès, longues, minces et irrégulières, sans traces de retouches, extraite sans doute des émergences du gisement de la Heid Keppenne. Quant aux parois latérales, elles consistaient en dalles de dimensions sensiblement plus petites.
Les tombes avaient approximativement 1,90m de long et 0,70m de large. Les crânes gisaient sous 0,75m de profondeur, mais à cause de la déclivité naturelle du terrain et de la dénivellation, les pieds étaient presqu'à fleur du sol.
Il n'a donc été découvert qu'une rangée de tombes et celle-ci n'a pas été explorée complètement. Il y aurait lieu d'effectuer des recherches supplémentaires dans les environs immédiats afin de pouvoir se rendre compte de l'importance du lieu de sépulture.
Les prairies en question, sises au lieudit "d'rî l'banc" et cadastrée section I n°539 à 541, sont situées sur un plateau exposé au levant et dominant au couchant le versant abrupt des falaises de la rive droite de l'Ourthe.
D'après les dires de M. Armand Grignard, préhistorien local, ce plateau livrait de nombreux silex néolithiques lorsqu'il était soumis à la culture.
Quelle antiquité peut-on assigner à ces tombes de caractère franc indubitablement ? Il faut les rapporter après le VIe siècle, époque où les populations de souche franque commencèrent à inhumer leurs morts sans les armes, urnes et bijoux qui, auparavant, accompagnaient rituellement tous les défunts.
Nous nous rappelons encore parfaitement cette délicieuse journée ensoleillée : de petites pâquerettes bordaient discrètement les quatre tombes à jamais anonymes.
Source : Emile Detaille, A Oneux, un petit cimetière de caractère franc sans mobilier funéraire, Echos de Comblain, n°8, Août 1951, p. 62.
