Mais de qui sont ces deux dalles funéraires ?

Mais de qui sont ces deux dalles funéraires ?

Au bout de l'allée centrale du cimetière de Saint-Martin.

Informations

Au cimetière désaffecté de Saint-Martin

Vers le bout de l'allée centrale (direction de la Grand-Place) gisent deux dalles mortuaires très abîmées depuis longtemps déjà parce que des milliers de personnes les ont foulées au cours des ans, jusqu'à l'abandon du champ de repos après le 15 mars 1936, et aussi parce qu'avec un sans-gêne total des ouvriers y ont fait du mortier pour sceller les pierres des nouvelles tombes et des caveaux à construire. Les plaques ne constituaient-elles pas un "dègun" parfait ?

Pourquoi ces deux pierres tumulaires d'époques différentes n'ont-elles pas été rangées parmi les autres tombes ? Et pourquoi sont-elles curieusement posées l'une à côté de l'autre ?

Grâce à nos patients déchiffrements effectués avec brosse, grattoir et loupe vers 1930, grâce aussi à d'heureuses trouvailles dans les archives, et à des recherches auprès d'héraldistes, nous sommes à même de soulever les énigmes de ces pierres. Nous allons ainsi répondre à des questions qui nous ont souvent été formulées par des concitoyens.

A) La dalle du Chevalier de Grandchamps

Celle de gauche est consacrée à la mémoire de de Grandchamps qui fut successivement le dernier maire de la période française et le premier bourgmestre sous la domination hollandaise.

Sous la plume de Madame la Comtesse Evelyne de Quatrebarbes, nos "Echos" ont fait paraître la biographie complète de ce personnage intitulée : "Un triste sire : Le Chevalier François de Grandchamps" (1758-1833) premier citoyen de notre commune du 1er septembre 1813 au 10 septembre 1822.

On pourra relire cette étude avec intérêt et profit dans les numéros de mai, juin, juillet, août, septembre et octobre 1976.

La couverture mortuaire (brisée en 4) mesure 1,675 m de long sur 0,82 m de large. Elle porte, en lettres de même grandeur, l'inscription suivante placée dans la moitié supérieure :

CI GIT

MONSIEUR LE CHEVALIER

FRANCOIS DE GRANDCHAMP

NE A LIEGE ET MORT A

COMBLAIN AU PONT LE 9

FEVRIER 1833 AGE DE 76 ANS

Nous n'y avons pas décelé d'armoiries. On n'en rencontre d'ailleurs pas de cette personne dans les listes officielles des nobles publiées sous le gouvernement des Pays-Bas jusqu'en 1830, ni, par après, dans celles de la Belgique indépendante. De Grandchamps ne serait-il pas d'extraction française ? Il existe en France plusieurs localités appelées Grandchamp et Granchamps.

B) La dalle du Docteur Jean-Louis Flagothier

Elle est couchée à droite de celle de de Granchamps. Elle est d'autant plus intéressante qu'elle date du XVIIIe siècle, porte des armoiries et une inscription que nous avons pu déchiffrer. Nous avons eu au surplus la chance de retrouver dans des registres paroissiaux les textes relatifs à la naissance et au décès du personnage.

Ce qui nous a le plus frappé en regardant la dalle c'est le peu de longueur de celle-ci qui n'atteint que 1,36 m (largeur : 0,725 m). Peut-être était-elle prolongée par un appendice lapidaire disparu.

Voici le texte figurant sur la pierre tumulaire de Flagothier :

ICY GIT MONSIEUR JEAN-LOUIS

FLAGOTHIER LICENCIE EN 

MEDECINE DECEDE A COM

BLAIN-AU-PONT LE 9 9bre

1784 A L'AGE DE 45 ANS

Requiescat in pace

Ci-dessous, la description des armoiries (très effacées) du défunt placées sous l'épitaphe :

Ecartelée :

aux 1 et 4 : de gueules à une tête et encolure do bouc (ou chèvre ou chevreau ou chevreuil), taré de trois-quarts, avec un ventail grillagé de ? barreaux (nombre inconnu) (1)

L'acte de baptême de Flagothier.

Le 2 juillet 1739 "baptisatus est Johannes Ludovicus Flagothier, filius legitimus Josephi Flagothier et Mariae Annae Maréchal, conj. - Suscipientibus : Johanno Ludovico Flagothier et Maria Anna Le Marechal".

Traduction : Le 2 juillet 1739 a été baptisé Jean-Louis Flagothier, fils légitime de Joseph Flagothier et de Marie-Anne Maréchal, conjoints. Parrain et Marraine : etc...

L'acte de décès de Flagothier.

"Die 9na 9 bris 1784 mortuus est in celibatu Dnus Joannes Ludovicus Flagothier, medicus, omnibus ecclesiae sacramentis munitus et die sequenti a me in ecclesia sepultus. - J.J. Gillet, pastor."

Traduction : le neuvième jour du mois de novembre 1784 est décédé dans le célibat M. Jean-Louis Flagothier, médecin, muni de tous les sacrements de l'Eglise et, le jour suivant, inhumé par moi dans l'église. - Jean-Joseph Gillet, curé.

Les registres contenant ces deux actes et les autres qui faisaient partie des archives paroissiales déposées obligatoirement au bureau communal, à la révolution française, ont (malheureusement pour les chercheurs !) été déposées aux Archives de l'Etat, à Huy.

Pourquoi deux dalles dans l'allée ?

Comme nous venons de le voir, le curé Jean-Joseph Gillet a enterré Flagothier dans l'église. Il en est certainement de même de de Grandchamps. L'allée centrale du cimetière abandonné paraît, avec beaucoup de vraisemblance, avoir constitué la nef gauche de l'ancienne paroissiale à moins qu'il ne s'agisse d'un emplacement devant le choeur. (Nous ne connaissons pas le plan de la seconde église de Comblain qui fut érigée sur les ruines de l'ancien château des sires de Comblain).

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(1) En 1924, le dessinateur Smeets ne pouvait déjà plus lire avec assurance le texte de la dalle qu'il fait débuter par ces mots : "Icy gisent le sieur..." etc. ni donner le nombre de barreaux. Les armoiries susdites se retrouvent sur le fronton d'un confessionnal de l'église de Bolland. Il semble que le blason des Flagothier soit peu connu. Appel à un héraldiste pour nous aider.

Source : Emile Detaille, Mais de qui sont ces deux dalles funéraires ?, Echos de Comblain, n° 8, août 1985, p. 1et 2.

Géolocalisation
50.47601792839874 ; 5.574681758880615