La croix contre la tour de Saint-Martin
Croix érigée en mémoire d'un notable de Comblain décédé en 1691.
Monsieur Armand Grignard (1872-1936), archéologue local, nous affirmait, d'après les dires des plus anciens villageois, que les croix les plus vieilles du cimetière de Saint-Martin, dataient des environs de 1625.
Une seule croix du XVIIe siècle y subsiste encore. C'est celle qui est appuyée contre la façade du vieux donjon. Elle date de 1691 mais son état de dégradation est actuellement lamentable.
Heureusement, nous avons pu jadis photographier et en relever les dimensions, le texte, les ornements et les armoiries avec toute la précision voulue.
Notre nouveau cliché reproduit les armoiries compliquées que, dans l'attente de précisions, nous pouvons décrire comme suit : (les pointillés représentent les noms inconnus des émaux et des couleurs) :
parti : à dextre : de...... au lion rampant (c'est-à-dire dressé) de .......... placé à dextre ; séparé de deux poissons adossés de ........., placés à senestre, par un pal de ......... ; en chef et en pointe, à hauteur des poissons, deux fleurs de crucifères, en pal, de ..............
à senestre : coupé en fascé ; en chef : de ......... à une herse de ........, soutenue par deux lions affrontés de ........ ; en pointe : de ........ à trois étoiles à six pointes de ........., posées 2 et 1.
Le tout dans un écu de forme circulaire (29 cm de diamètre), timbré d'un heaume panaché, taré de face, avec ventaille grillagée de six barreaux et surmonté d'un lion issant.
Signalons ici que, seules les armoiries timbrées sont signe de noblesse.
Le texte que porte la croix au long de ses bras est le suivant :
ICY - REPOSE -EN - DIEV - HONBLE (1)
JACOB - QVINA - VIVANT - ESPOVX
A - HONESTE - CLAVDINE
GREGOIRE - LEQVEL - TRESPASSA
LE - 5 - NVBRE - 1691 - PRIEZ
DIEV - POVR SON AME
Sous les armoiries, se lit la formule latine traditionnelle :
HODIE MIHI
CRAS TIBI (2)
Accompagnée de la tête de mort et de deux tibias croisés.
Nous avons cherché à savoir qui était le noble personnage rappelé sur ce monument funéraire.
A vrai dire, nous n'avons rien trouvé parmi la liste des noms de familles des Comblennois ayant vécu de 1644 à 1796 (registre conservé aux archives communales jusque vers 1960, avant d'être confiés à l'Etat).
Toutefois, dans un registre (registre 2, page 284 qui reposait également à la commune), nous avons trouvé cette mention : "17Xbis mortuus est Jacobus Kinable de Rivage" (3). Il s'agit de l'année 1691. Est-il question dans cette citation d'une variante de "Quina" ? Si oui, se trouve-t-on en présence d'un frère ou d'un proche parent de celui qui nous intéresse ?
Enfin, dans le "bulletin de Comblain-au-Pont", n° 14, sorti le 5 juillet 1937, le notaire François Dimbourg, dans sa rubrique "Le vieux Comblen", reproduit le compte particulier de Jacob Quinab tel qu'il figure dans un livre tenu par Dieudonné de Harzé et relatif à la brassine de Comblain.
Mais, à en croire l'articulet, Jacob Quinab était encore en vie le 3 novembre 1692.
Alors, qui voit clair dans ces trois mentions de 1691-92 qui parlent : la première, de Jacob Quina ; la seconde, le 17 décembre 1691 et la troisième, le signalant encore le 3 novembre 1692 ?
On le voit : l'identification d'un personnage n'est pas souvent chose facile.
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(1) Abréviation d' "honorable"
(2) Aujourd'hui, c'est à mon tour, demain ce sera le tien.
(3) Le 17 décembre 1691 est décédé Jacques Kinable de Rivage.
Source : Emile DETAILLE, La croix contre la tour de Saint-Martin, Echos de Comblain, n° 6, juin 1969, p. 43.
Réponse de M. André Moureau, avocat près de la Cour d'Appel de Liège.
M. Emile Detaille a réussi à déchiffrer les inscriptions de la croix funéraire datée de 1691 qui est adossée à la façade de la Tour Saint-Martin.
Grâce à son excellente description du monument, nous avons pu identifier les blasons qui y figurent et les personnages dont les inscriptions rappellent la mémoire. Il s'agit de Jacques ou Jacob Kinable (1) et de Claudine Grégoire qui s'étaient mariés à Liège le 28 juin 1656 en l'église Sainte-Véronique dont ils étaient paroissiens (2).
Jacques Kinable était fils de François Kinable ou Kenap ; il appartenait à une famille patricienne de Liège qui donna un commissaire à la cité en 1679 et qui portait pour armes :
"D'argent, au lion de gueules ; parti, d'argent à deux poissons adossés d'azur, posés en pal, accompagnés de deux quintefeuilles pointues de gueules, boutonnées d'or ; une, en chef, l'autre, en pointe. Cimier : le lion" (3).
Ces armes sont semblables à celles qui figurent à dextre dans l'écu circulaire reproduit dans les "Echos de Comblain". Seules les quintefeuilles diffèrent quelque peu.
Quant aux armes qui se trouvent dans la partie senestre, ce sont celles de la famille Grégoire. Elles comportent les mêmes éléments que celles de Louis Grégoire qui se voient sur une verrière du Musée Curtius (salle dite Lapidaire ou de la Vierge de Dom Rupert) et qui sont :
"D'argent, à une herse en abîme d'or, soutenue par deux lions affrontés de même, accompagnée d'une rose de gueules, en chef et de trois étoiles, en pointe." (4)
Ces armes figurent aussi sur une pierre encastrée dans le mur de l'église Sainte-Véronique (visible de la cour de l'école des garçons) qui rappelle le souvenir de Henri Grégoire, bourgeois et marchand de la cité, mayeur des tenants de l'église, décédé le 22 octobre 1659.
Les inscriptions de la croix funéraire de Comblain ont été imparfaitement déchiffrées par deux armoristes liégeois du siècle dernier. Ils ont confondu les armes d'une famille Colson (?) t celle de la famille Kinable (5).
Jacob Knap avait obtenu du Prince-Abbé de Stavelot la location des pêcheries du Comté de Logne. En 1687, le conseiller de Malaise lui intenta un procès pour obtenir le paiement de 54 écus qu'il devait à titre de sa location (6).
Il fit souche à Comblain. Le 10 novembre 1688, ses fils furent poursuivis pour s'être querellés et battus le "jour de la foire franche du carême". (7)
Il mourut en 1691. Il est possible qu'un de ses fils portait son prénom ce qui expliquerait les mentions ultérieures de "Jacob Quinab".
Nous lui connaissons par ailleurs une fille : Idelette, qui épousa Dieudonné, fils de Thierry Moureau et de Jeanne de Parfondry, dite de Nandrin.
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(1) Ce nom de famille est orthographié sous des formes diverses : Kinable, Kinap, Knap, Kenap, Quina, Quinab...
(2) Archives de l'Etat à Liège. Registres paroissiaux de Sainte-Véronique, n° 309.
(3) Ces armes ont été décrites par le Chevalier de Limbourg dans son recueil d'Armoriaux Liégeois, tome 1, p. 289. - Voir aussi : Armoriaux d'Abry, publié et blasonné par Guy Poswick, p. 216, qui fait état d'un Kinable, Chanoine de Saint-Pierre.
(4) Voir Chevalier de Limbourg, op. cit., qui donne les blasons de la famille Grégoire et ses variants, tome 1, p. 225.
(5) J. van den Berg et M. Bouhon, collection des blasons inédits de familles bourgeoises et patriciennes recueillie dans les églises et cimetières de l'ancienne principauté, Liège, 1882, 3e fascicule, p. 6. Ces auteurs ont lu "Jacob" Colson pour Jacob Quina et "Jehenne" Grégoire pour Claudine Grégoire. Ils n'ont pas distingué les poissons posés en pal qui figuraient sur l'écu.
(6) Cour de Justice de Comblain, n° 52 (rôles de causes 1863-1867).
(7) Id. n° 53 (1687-1693), actes de 1699 : Jean Thys, chirurgien à Fairon c/ la veuve Jacob Kinaple ; Gilles Moureau c/ la veuve Jacob Kinaple.
Sources : Nos vifs remerciements à M. André Moureau, avocat près de la Cour d'Appel de Liège, qui prépare une histoire de "La Haute Cour de Justice de Comblain".
La croix à la tour Saint-Martin, Echos de Comblain, n°7, juillet 1969, p. 56.
