La Maison du Peuple

La Maison du Peuple

Ce bâtiment a d'abord abrité la Coopérative.

Informations

1. Origine des coopératives et maisons du peuple

C'est en réaction aux conditions socio-économiques déplorables créées par la révolution industrielle du XIXe siècle que naissent les mouvements coopératifs et les maisons du peuple.

Les ouvriers sont confrontés à des conditions de travail lamentables (misère, chômage, dénuement, insécurité), au problème du logement, à l'alcoolisme, à l'analphabétisation. A cette situation, répondent la création d'habitations sociales, l'apparition d'équipement collectifs comme les cafés, les salles de cinéma, les cercles catholiques et les maisons du peuple.

Le mouvement coopératif est avant tout une création spontanée et collective de quelques ouvriers qui se regroupent afin d'améliorer leurs conditions de survie. C'est sous la forme de coopérative de consommation que le mouvement connaitra son développement et son succès.

Le premier problème auquel sont confrontés les ouvriers est la faim ! Afin de se procurer du pain au prix le plus bas, des ouvriers mettent en commun leurs économies et achètent la farine et le matériel nécessaire à la fabrication du pain. Très vite, le petit local de départ s'étend, se diversifie et se transforme en maison du peuple. A la boulangerie, on adjoint épicerie, boucherie, commerce de charbon et de vêtements, pharmacie. A la dimension purement alimentaire d'origine, la maison du peuple apporte une série d'aides matérielles qui constituent rapidement une mini-sécurité sociale pour ses membres fidèles. La maison du peuple aide aussi les travailleurs lors de mouvements de grève par des distributions de nourriture. Le fait d'avoir ses propres  locaux est particulièrement utile pour les réunions et les meetings (notamment lors des campagnes électorales). Les loisirs trouvent également leur place et un accueil au sein de la maison du peuple : café, spectacles divers, harmonies, sociétés sportives...

Par la suite, le mouvement coopératif devient un but en soi où le volume du chiffre d'affaires et la grandeur des infrastructures minorisent fortement l'idéal d'émancipation des travailleurs et de changement de la société.

2. Histoire de la maison du peuple de Poulseur

Elle se confond avec celle des ouvriers carriers de notre région dont les conditions de travail sont bien plus pénibles et précaires que celle de l'ensemble de la classe ouvrière à l'époque.

Les premiers à s'organiser dans la région Ourthe-Amblève sont les carriers de Sprimont. En 1886, ils participent à leur façon à la révolte populaire qui sévit dans les bassins industriels du pays. Revendiquant une augmentation de salaire refusée par le patron de la carrière sprimontoise Van Roggen, ils se mettent en grève, laquelle s'étend dans toute la région sous la conduite d'Hubert Pahaut ( le "Roi Pahaut"). Un an plus tard, le premier syndicat de la région est créé à Sprimont. La naissance et l'évolution de la coopérative et du syndicat sont intimement liées et les syndiqués sont d'office coopérateurs. Ce sont ces carriers sprimontois, groupés en coopérative en 1892 sous le vocable "Les ouvriers carriers sprimontois" qui ouvrent un magasin coopératif à Poulseur en 1895.

Les premiers magasins sont installés dans deux petites maisons situées en face de la gare (rue de l'Ourthe). En 1898, la coopérative sprimontoise achète un grand ensemble sur la grand-place  de Poulseur. Cet immeuble abrite, dès lors, un café, un magasin avec un dépôt de charbon et une grande salle de réunion.

Le 6 août 1914, la Maison du Peuple ainsi que plusieurs immeubles de la place sont détruits par les troupes allemandes en guise de représailles à des coups de feu prétendument tirés contre elles depuis un wagon de chemin de fer. Pendant huit ans, les activités devront se tenir dans des locaux installés dans les localités voisines.

En 1921, une demande est introduite à la commune de Poulseur de reconstruction du bâtiment en utilisant les pierres du pays, grès et granit. L'organisation de l'espace dans la Maison du Peuple de Poulseur s'apparente à d'autres constructions dans le pays : rez-de-chaussée occupé par les magasins et le café, l'étage par la grande salle munie d'une scène et des salles de réunion. Un balcon, réservé aux orateurs, garnit le milieu de la façade; celle-ci comporte également un fronton, le lettrage, un motif décoratif horizontal, des lignes verticales et de petites fenêtres au niveau  du deuxième étage. L'intérieur, principalement la grande salle, s'inspire de l'Art-Déco des années 20. Propriété de l'Union Coopérative de Liège, la Maison du Peuple est inaugurée le 3 septembre 1922.

Après la deuxième guerre mondiale, l'Union Coopérative de Liège exploite une supérette COOP jusqu'en 1989 et un café occupe une partie du rez-de-chaussée; par contre, la salle des fêtes est déclarée insalubre.

Extrait du journal "Le Peuple" de 1922 : Une nouvelle maison du peuple. Les carriers ont  inauguré dimanche leur nouvelle Maison du Peuple et les drapeaux de la Fanfare et de la Centrale des Travailleurs de la Pierre. Poulseur, depuis les dernières élections, possède un conseil communal socialiste homogène. L'organisation coopérative et syndicale y est remarquable.

Sur 300 familles, 210 sont affiliées à l'Union Coopérative. De 110.000 francs avant la guerre, son chiffre de vente atteint 360.000 francs. C'est pourquoi l'Union Coopérative n'a pas hésité à les doter d'un superbe local dans lequel les groupes pourront s'abriter et continuer leur inlassable propagande socialiste.

La section syndicale compte 1200 membres, soit plus de 97 % de l'ensemble des ouvriers carriers. Ils paient une cotisation hebdomadaire de 1,50 frs.

La fête a été des plus réussies !

La renaissance

En 1997, la commune de Comblain-au-Pont rachète l'hôtel et la Maison du Peuple dans le cadre d'un projet de rénovation rurale par la Région wallonne. Elle entreprend aussitôt des démarches en vue de faire classer ce bâtiment comme monument en raison de l'état de conservation tant extérieur qu'intérieur de celui-ci et en raison également de sa valeur historique et symbolique.

Ce classement est obtenu en 1998. La commune charge le bureau Pissart-Van Der Stricht de réaliser une étude de faisabilité, base de réflexion à la procédure de certificat du patrimoine instituée en 1999. Considérée comme un bien en danger, la Maison du Peuple est inscrite sur la liste de sauvegarde de l'Institut du Patrimoine wallon le 15 mars 2001 afin d'épauler la commune dans le montage de son dossier. Après bien des vicissitudes et un nombre incalculable de réunions, un projet cohérent est arrêté : le bâtiment sera essentiellement destiné à un usage d'espace multi-services du type "Maison de Village" et l'aménagement pensé en fonction de la polyvalence des lieux.

En 2005, le Gouvernement wallon approuve le projet de restauration et de réfection de la Maison du Peuple et l'octroi d'une subvention de 518.000 euros TVAC, correspondant à une intervention de 80% sur les parties classées. La Province de Liège s'est également engagée à intervenir à concurrence de 10% du coût des travaux sur les parties classées. Un subside de 658.000 euros, du Ministre de l'Agriculture, de la Ruralité, de l'Environnement et du Tourisme, a également été réservé en faveur de la commune.

Le chantier de restauration débute le 6 mars 2006.

La distribution de l'espace sera la suivante : Rez-de-chaussée : à gauche : bibliothèque et espace informatique; à droite : salle de réunion équipée;

Etage : salle de spectacle et de conférences; salle réunion ou café lors des spectacles;

2e étage et combles : logement pouvant devenir conciergerie.

Ajoutons que le Conseil communal du 3 octobre dernier a approuvé une série de marchés de fournitures pour l'équipement de la Maison du Peuple à réaliser en 2009.

Source : Cyrille Tahay  "Les Echos de Comblain" décembre 2008 et janvier 2009.

Géolocalisation
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