La maison "Les Roches"
Maison "Les Roches"

La maison "Les Roches"

Cette demeure fut la résidence de la comtesse de Stainlein.

Informations

1. L'histoire.

Les bâtiments tels qu'on les connait (c'est-à-dire la maison , le pigeonnier et la petite dépendance à droite) furent érigés en plusieurs phases, dans la seconde moitié du 19e siècle.

Le terrain fut acheté en avril 1868 par Pierre Victor PLUMIER (dit Victor PLUMIER), décrit comme rentier dans les documents d'époque mais dont on sait aujourd'hui qu'il fut photographe - on disait alors daguerréotypiste - à Paris entre 1848 et 1869. Il y connut un grand succès et revint au pays - il était natif de Liège - après avoir remis son affaire en mars 1869.

La maison sera construite par monsieur PLUMIER entre 1871 et 1873, et en 1875 une petite dépendance lui sera ajoutée. Elle correspond soit à un ancien bâtiment qui était situé à l'emplacement du garage actuel, soit aux écuries voisines.

Le 3e bâtiment, nettement plus modeste, est le pigeonnier. Il fut bâti après 1886, selon les archives de l'Enregistrement.

2. Les propriétaires successifs.

Victor PLUMIER décède en 1878 et la maison restera occupée par sa famille (sa veuve ou sa fille ?) jusqu'en 1883.

C'est le 22 mai 1883 que la comtesse de Stainlein-Saalenstein rachète la maison, qu'elle devait bien connaître puisqu'elle passa de nombreux mois à Comblain dans les années 1881-1882. Son fils Herman, alors très malade, résidait chez l'abbé Thiernesse à Oneux où il décèdera en 1882.

Certains écrits tendent à indiquer que c'est son fils lui-même qui lui aurait inspiré l'achat de la maison mais rien n'est prouvé.

En tous les cas, la comtesse y passera les 26 dernières années de sa vie, jusqu'à son décès qui survient le 15 avril 1908.

A sa mort, la maison est léguée à soeur Marie HAMAIDE, supérieure de l'école Herman de Stainlein. La maison sera occupée durant quelques années par des religieuses. Pendant la première guerre mondiale, notamment, la maison fera office d'école pour les enfants du village.

A la fin de la guerre, la maison est laissée à l'abandon, elle sera finalement revendue à monsieur CLESSE en octobre 1919, mais celui-ci ne la conserve que quelques années avant de la revendre le 29 janvier 1923 à monsieur HERMAN.

Enfin, le 4 février 1954, la maison est achetée par Prosper GILLARD, propriétaire d'une carrière à Comblain-au-Pont La maison est encore aujourd'hui la propriété des descendants de monsieur GILLARD.

3. La situation.

Nichée dans un écrin de verdure, cette demeure blanche (rebaptisée, après la 1e guerre mondiale "Les Roches"), jouit d'une très belle situation. Orientée plein sud, abritée des vents du nord par la colline et les bois à l'arrière, elle bénéficie à l'époque de sa construction d'un environnement particulièrement agréable.

En 1870, cette partie du village est quasiment non bâtie, à l'exception du moulin, il n'y a pas de bâtiment proche.

La maison est alors assez en recul pour éviter l'humidité de la rivière et assez haute pour découvrir toute la vallée. Aucune construction ne vient troubler la vue qu'on en a. Les choses sont bien différentes à l'heure actuelle, puisque tous les quais sont désormais construits.

Sa situation reste toutefois assez exceptionnelle pour le Comblain d'aujourd'hui : son environnement verdoyant, la teinte de ses matériaux, et surtout peut-être la sobriété de son style.

4. L'architecture.

Cette bâtisse est typique de l'architecture bourgeoise de cette époque et se démarque nettement de la construction rurale traditionnelle, plus trapue et aux fenêtres plus petites. On y trouve certains des codes de l'architecture urbaine : la disposition est classique, le plan symétrique et la rythmique principalement verticale. Des cordons de pierre longent toute la façade avant, reliant les portes et les fenêtres. Celles-ci sont hautes ce qui amène beaucoup de lumière à l'intérieur, conformément au courant hygiéniste de l'époque.

Les fenêtres de la façade avant sont à linteaux bombés, une clé sculptée garnit la porte du perron. La brique est associée au calcaire et le bâtiment se termine par une belle corniche moulurée en saillie décorée de corbeaux. Mais, et c'est là tout son charme, c'est aussi une maison de la campagne. L'arrière est plus simple, la pierre moins omniprésente, même si seuils et cordons sont toujours là. Le soubassement est en moellons de grès qui est la pierre locale. Rappelons que Comblain à cette époque possède de nombreuses carrières, de calcaire comme de grès.

La maison est dépourvue de signe ostentatoire particulier, si ce n'est peut-être son perron en pierre et fers forgés. Et encore, on pourrait n'y voir que la conséquence de la déclivité du terrain naturel et le besoin de compenser la différence de hauteur entre l'avant et l'arrière.

5. La disposition intérieure.

Le plan général est simple, un couloir central dessert l'ensemble du rez-de-chaussée, divisant la maison en deux parties, d'une part les pièces de réception, salon et salle à manger, et d'autre part la cuisine et un petit bureau.

Cette disposition se retrouve sensiblement à l'étage où l'on  retrouve quatre chambres et deux cabinets de toilette.

Le second étage est entièrement aménagé lui aussi, quoique beaucoup plus simplement, ce qui laisse à supposer que c'était l'étage dédié aux domestiques, à l'instar de la plupart des maisons bourgeoises de cette époque.

6. Le détail.

A sa construction, il n'y a bien entendu pas de chauffage central, ce sont des foyers qui chauffent les pièces. Toutes les pièces du rez-de-chaussée en sont pourvues, on retrouve notamment deux très belles cheminées en marbre dans le salon et la salle à manger. Elles sont quasiment jumelles, à l'exception de la pierre utilisée, un marbre noir pour l'une et brun veiné de gris pour l'autre. La première présente la particularité d'être surmontée d'une fenêtre ce qui implique que les conduits de cheminée soient déviés de part et d'autre.

Nous savons par des détails constructifs que ces deux cheminées sont d'origine, il n'en est pas de même pour la cheminée du petit bureau, rachetée ultérieurement et placée par un des propriétaires suivants. Le fronton de cette cheminée indique la date de 1679, ce qui est nettement antérieur à la construction de la maison.

Dans son texte "Une Wallonne", Laure Delchevalerie décrit cette pièce comme une "humble chambre d'études, blanchie à la chaux, simple comme une cellule monacale [...] là, entre l'antique foyer aux bûches flambantes et la lampe à huile s'élaborait un travail énorme et continu". On sait donc par là que la pièce d'origine était bien plus simple que son apparence actuelle.

7. Conclusion.

Il faut se rappeler que Valérie Nagelmackers grandit à Angleur au sein d'un château, son époux le comte Louis de Stainlein-Saalenstein également, puisque da demeure familiale était le château de Szemerèd en Hongrie et que leur fortune aussi bien que leur vie mondaine les ont amenés à vivre parmi les plus beaux endroits de leur époque.

Bien plus tard, ayant perdu à la fois son mari et son fils, c'est à Comblain-au-Pont qu'elle choisit de se fixer, et bien que sa maison se démarque quelque peu des habitations qui l'entourent, elle n'en reste pas moins pour la comtesse qui y vécut 26 ans, un modeste refuge, ne retraite à l'écart du monde.

C'est sans doute ainsi qu'elle aurait voulu qu'on la voit aujourd'hui.

Source : La maison  "Les Roches" et ses propriétaires de prestige, Musée du Pays d'Ourthe-Amblève.

Maison "Les Roches"
Géolocalisation
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