Poulseur à l'époque romaine

Informations

1. Les voies romaines.

Pour les besoins de conquêtes, un réseau de voies romaines est tracé. Durant des siècles, elles sont restées les seules voies de communications et plusieurs forment encore la base du tracé de nos routes actuelles. Le tracé des routes est en rapport direct avec l'importance économique ou stratégique d'une région.

Le Condroz était traversé de part en part par deux voies romaines importantes : la "grande voirie" qui allait de Bavai à Cologne (axe ouest-est) et celle qui reliait Trèves à Tongres, via Arlon (axe sud-nord). Ces deux voies se croisaient entre Méan et Clavier. Toutes deux étaient desservies par des routes secondaires, les "diverticulae" qui menaient parfois aux grandes "villas".

Des chemins privés reliaient les domaines à la voie publique la plus proche. Installés au sommet des collines ou sur les plateaux, ils suivaient souvent les axes du relief. De part et d'autre de la vallée de l'Ourthe, ils étaient orientés en lignes plus ou moins parallèles suivant un axe sud-ouest - nord-est. Les noms de "tige" ou de "chevée" qui leur sont encore attribués aujourd'hui, cachent sous ces appellations leur origine romaine.

Une des chaussées romaines repérée ici en Belgique dédoublait la chaussée militaire Bavai-Cologne et avait un caractère commercial. Venant de Cambrai, elle traversait la Meuse à Heers, se maintenait sur la crête condruzienne et poursuivait vers Cologne. Il est possible que, traversant au nord d'Anthisnes, venant de Xhos par Hody, coupant par le bois d'Ouhar, elle passait par Mont (villa du Raideux, villa de Petit-Mont) et descendait sur Poulseur (villa) où elle franchissait l'Ourthe, remontant la rive droite vers les villas royales de Sprimont, Blindef, Theux et Aix.

Les tiges.

Tige à César : venant du Condroz par le hameau de Sart, cette voie romaine passait l'Ourthe en direction du hameau de la Gombe par deux gués (dans les vallées encaissées et accidentées, les gués étaient généralement dédoublés). Une fois les gués franchis, la double voie escaladait la colline de Montfort.

Tige de Dinant : venant d'Aywaille, ce chemin parvenait à Hoyemont, puis se dirigeait vers Lawé et traversait le vieux gué de l'Ourthe près de "l'Ouhène". Il gravissait alors le versant abrupt de la rive gauche; arrivé sur la crête, il coupait perpendiculairement la route Géromont-Fairon au lieu-dit "So les bwès d'Fairon". Il filait ensuite vers "Dela-lès-Monts", Blocquay, Houpe le Loup et gagnait finalement Ouffet.

Tige du seigneur : Il s'agit du chemin reliant les hauteurs d'Anthisnes à la villa romaine des Stepennes.

2. Une villa romaine à Poulseur.

Rappel : c'est surtout le Condroz, pays des "Condruzi" qui a livré le maximum de densité de villas romaines, c'est-à-dire des grosses fermes ou domaines ruraux. Les objets trouvés permettent d'affirmer que les habitants étaient des Gaulois Condruzes romanisés. Il convient donc de parler de villas "gallo-romaines" et non "romaines". Dans nos contrées, les villas gallo-romaines étaient donc des exploitations agricoles et les Francs du Ve siècle ont réinstallé de grands domaines sur ou auprès d'anciennes villas qu'eux ou leurs prédécesseurs avaient détruites lors des invasions. Ces Francs avaient parfois appelé "villa" un hameau de quelques maisons alors qu'ils réservaient  le terme "vicus" à des villages anciens plus importants.

Vestiges  romains connus : Vers 1835, on aurait découvert au lieu-dit "Les Chenêts" un aquamanile en bronze. Cette aiguière faisait partie d'un riche mobilier funéraire romain protégé par un grand coffre en chêne tombé en poussière lors de sa découverte. Le bassin de bronze battu porte deux poignées formées chacune de deux lévriers n bronze coulé; le vase principal, à bec, est pourvu d'une anse rehaussée de reliefs superposés d'une rare conservation. En haut, un tumulus ou tertre est figuré un temple placé entre deux arbres; au milieu, une jeune femme dans l'attitude de la méditation, accoudée sur un cippe ou un autel; en bas, deux femmes aux vêtements flottants et se faisant vis-à-vis : l'une joue du tambourin, l'autre a des cymbales dans les mains. Cet objet est conservé au Musée Curtius. D'autres pièces se perdirent, les patères notamment furent utilisées comme mangeoires dans un poulailler voisin. Ajoutons encore la découverte faite par un fermier lors du défrichement d'un petit taillis, en aval de la confluence de l'Ourthe et de l'Amblève, d'un buste en bronze de l'époque des Antonins (milieu du IIIe siècle).

Une villa romaine à Poulseur. Feu Monsieur Emile Detaille avait, dès 1948, supputé l'existence d'une villa romaine sur le plateau entre Poulseur et Mont, au lieu-dit "Vî Manèdje". On pouvait voir, depuis toujours, à cet endroit, pratiquement à fleur de terre, un amoncellement de débris de tuiles romaines très épaisses mêlées aux mottes provenant du labour de cette terre. C'est en 1982 qu'une équipe du Cercle Archéologique "Ardenne-Condroz", sous la conduite de Monsieur André Martin de Sart, entamait des recherches au lieu-dit "Vî Manèdje". Très rapidement, des découvertes intéressantes furent faites : citons une cave comblée de grès et de calcaire qu'il fallut désobstruer, des tessons de poteries, une masse de clous de porte, un morceau de plaquette de bronze de 5 cm de long sur 2 cm de large, une épingle à cheveux ou épingle médicale de quelque 10 à 12 cm de longueur; dans le voisinage de ces objets, se trouvaient des coquilles d'oeuf conservées dans de l'argile et une mâchoire d'animal. La question s'est posée après plusieurs prospections et la délimitation des emplacements de construction : s'agissait-il d'une villa ou d'un relais plus important ? Une villa rurale était souvent isolée et vouée à l'exploitation agricole. Un relais comprenait une villa rurale, un lieu d'hébergement pour voyageurs, des étables pour le repos des montures et différentes annexes ou ateliers pour effectuer diverses réparations que nécessitaient les attelages. Il comprenait aussi des fours et des forges car le relais vivait souvent en autarcie.

Le Cercle archéologique d'Esneux retient l'hypothèse du relais pour cette découverte en fonction des éléments suivants :

a) le site se trouve à 180 m au nord d'une chaussée romaine;

b) l'endroit est favorable pour le repos des voyageurs et de leurs montures car il est situé sur le plateau et n'était accessible qu'après avoir traversé l'Ourthe à gué;

c) sur le terrain, des traces de cinq bâtiments disséminés sur le plateau dont un, le long d'un diverticule, ont été recensées.

Conclusion provisoire (?) : la romanisation de nos campagnes semble triompher aux environs de l'an 50 de notre ère. De grandes fermes se développent dans le Condroz et les raffinements de la civilisation romaine sont présents un peu partout. Cependant, dès la fin du IIIe siècle, le monde de la "pax romana" semble vaciller : le Bas-Empire maintiendra encore la culture "romaine" jusqu'au début du Ve siècle, époque à partir de laquelle nous eûmes de nouveaux maîtres, les Francs, Rome nous aura apporté la civilisation et marqué définitivement notre culture.

(Avec les aimables autorisations de Messieurs Eubelen et Martin du Cercle archéologique "Ardenne-Condroz" et de Monsieur Castermans).

Sources : Cyrille Tahay dans "Les Echos de Comblain" janvier - février 2006.

Géolocalisation
50.50860281571211 ; 5.578984155536838