Le Moyen Âge à Poulseur

Le Moyen Âge à Poulseur

Informations

1. Introduction

Poulseur était partagé en 5 fiefs :

- deux de ces fiefs relevaient du duché de Limbourg. L'un était un simple fief de revenu de la pêche et de la chasse, l'autre comprenait une ferme dénommée Mainil ou Many, connue par la suite sous l'appellation de "nouvelle cense". Ce second fief fut occupé, dès 1250, par les chevaliers de Many qui furent également les premiers propriétaires du château dit "alle Cruppe". En 1264, les Hognoul de Hesbaye, en la personne de Eustache le Franchomme de Hognoul, acquièrent la ferme de Many dont e second fils sera Eustache 1er de Many. En 1364, Eustache IV vend la ferme à son parent Bastien Lawet de Fooz.

- Les trois autres fiefs  de Poulseur relevaient de la cour féodale de Stavelot. L'un était l'avouerie du "Sart-desseur-Poulseur", le deuxième consistait en la seigneurie de "Poulseur-sous-Rahier", nom donné à partir du XVIe siècle à Poulseur. Cette seigneurie appartint successivement :

- à Henri le Polain d'Alleur, dit de Waroux, époux en 1370 d'une arrière-petite-fille du chevalier Eustache 1er de Many; à Denis Corbeau, sire de Poulseur (1418);

- à Gérard de Montfort de Bulant, puis à Jean de Soheit, à Gérard Soheit (mort en 1526), à Gilles de Rahier (décédé en 1617), ensuite aux de Crisgnée puis aux Wal. Ces deux dernières familles détenaient également la haute avouerie d'Anthisnes. Le troisième fief, seigneurie de "Poulseur-sous-Renardstein" ou "seigneurie de Reinardstein" ou encore "Seineurie de Renastienne" doit son nom à un château stavelotain situé à Weismes, près de St-Vith et appelé Renardstein.

Ce morcellement est tel que les intérêts du duc de Limbourg, du comte de Luxembourg, du duc du Brabant, de l'abbé de Stavelot-Malmedy et de l'évêque de Liège se rencontrent (ou se confrontent) à Poulseur.

2. Histoire du château "alle Cruppe".

Ce serait Eustache II de Many qui aurait fait élever le château entre 1275 et 1302. Il voulait sans doute se construire une demeure sûre en ces temps troublés et répondre aux désirs du comte de Luxembourg de s'attacher une famille et de se créer, sur la basse Ourthe, un pied-à-terre fortifié. Le sire de Poulseur fournissait le terrain, le site et le comte les sommes d'argent nécessaires à la construction proprement dite.

Le comte Henri de Luxembourg avait comme conseiller et secrétaire à l'époque, Gilles, un frère cadet d'Eustache II. On peut supposer que Gilles aura parlé de son frère et du site inexpugnable qu'il possédait sur la "Cruppe" de Poulseur. Ce château à construire serait une des parades luxembourgeoises sur l'Ourthe inférieure, aux velléités de conquêtes de seigneuries entreprises dans la région par le duc de Brabant (seigneuries de Sprimont, Anthisnes, Esneux notamment).

En 1302, Eustache II de Many, sire de Poulseur, fait savoir "qu'il a repries en fief lige et rendable de Henri, comte de Luxembourg et de Laroche, marquis d'Arlon, son château dit alle Cruppe "desour Poussoir" (par sa ferme du Many, Eustache demeurait homme lige du duc de Limbourg et donc du duc de Brabant !)"

A partir de 1364, ferme et château ont séparés, la ferme "limbourgeoise" passe aux Fooz et le château "luxembourgeois"  est aliéné, à partir de 1388, au profit de la cour féodale de Stavelot et passe aux Weismes-Renardstein.

Les propriétaires suivants seront :

Jean de Weismes (1388), cité comme sire de Poulseur; Jean II, son neveu;

Jean de Zivel (par son mariage avec une fille du premier), dit sire de Renardstein;

Adrien, bâtard de Nassau;

Henri de Nassau;

Les comtes de Metternich;

Les de Loneux;

Les Van Zuylen.

Le démantèlement du domaine suivit de peu la déchéance militaire. La ferme gardera toute sa valeur jusqu'à nos jours tandis que le château, privé de sa ferme, périclita inexorablement. Les familles se le passèrent de main en main, comme n cadeau empoisonné, son entretien grevant les budgets. Les transformations "civiles" subies ne le sauveront pas de la ruine, le site étant impraticable.

3. Le château.

A. Le site

Poulseur commande la tête occidentale d'un gué sur une voie romaine. Cette situation a dû intéresser les militaires de toutes les époques.

Entre les deux branches du V formé par la route d'Anthisnes et la rue du Vieux Château, se situe un éperon rocheux de quelque trente mètres de haut formant un promontoire triangulaire légèrement incliné dont les côtés mensurent  respectivement 29, 39 et 49 mètres.

B. La tour.

C'est un donjon d'habitation de section quasi carrée de 9,65 sur 9m dont la hauteur actuelle est de l'ordre de 19,50 m. La muraille est directement posée sur le roc. L'épaisseur des murs varie de 1,85 à 2,15m et comprend deux parements de grès dur enserrant le coeur de la muraille constitué de déchets de carrière noyés dans un mortier blanc, résistant.

Les encadrements des baies sont en calcaire dur mosan et les anglées en grès et calcaire. Tous les encadrements primitifs possèdent un jour rectangulaire et des volets extérieurs formés par deux vantaux plus hauts que larges.

Cette tour a six niveaux :

Niveau zéro : un rez-de-chaussée éclairé par deux soupiraux prenant le jour dans la cour intérieure;

Niveau 1 : on l'atteint par un escalier extérieur en bois débouchant sur un palier également en bois, on franchit une lourde porte en chêne à vantail unique et à barre de sécurité puis le porche intra mural profond d'environ deux mètres.

Deux fenêtres sur les façades nord-ouest et nord-est éclairent cette pièce. Celle du nord-ouest donnait sur l'escalier extérieur et la cour tandis que celle du nord-est regardait en direction du chemin de ronde.

On distingue une cheminée à hotte flanquée de deux placards mais il n'y a pas de trace d'évier. Contre la paroi sud-est s'appuyait l'escalier droit en bois  menant au niveau 2 et sous lui débouchait celui montant du rez-de-chaussée, tous deux obturés par des trappes.

Il semblerait également qu'une passerelle amovible partait du palier et rejoignait le chemin de ronde de l'enceinte.

Cet étage servait tout à la fois de cuisine mais aussi de hall d'admission au donjon.

Niveau 2 : constitue l'étage privé, résidentiel avec une cheminée identique à celle du niveau 1 et quatre fenêtres, une sur chaque face. Trois de celles-ci possèdent une banquette en pierre. Il n'y a pas de volets intérieurs.

Niveau 3 : sert de séjour nocturne, possède quatre fenêtres dépourvues de banquettes. Les conduits de cheminée des niveaux inférieurs devaient chauffer légèrement cet étage. La façade sud-ouest, outre une fenêtre, supporte une latrine extérieure en pierre accrochée par deux rangs de trois corbeaux (1) superposés. Cette latrine se déverse via un tuyau droit en dehors de l'enceinte sur le versant du fossé.

Niveau 4 : est plus complexe; il comporte une fenêtre rectangulaire et une plus ou moins carrée sur sa face nord-ouest, une sur la face sud-ouest, deux sur la face sud-est et une sur la face nord-est.

C'est l'étage réservé à la défense. Il est essentiellement formé d'un crénelage entrecoupé de merlons (2). Les parois nord-ouest (face d'entrée du donjon) et sud-est (côté assaillant éventuel) sont défendues par deux créneaux (3) alors que les autres parois n'en possèdent qu'un seul.

Niveau 5 : il fut réalisé à une époque ultérieure indéterminée lorsque les créneaux sont devenus inefficaces. Certains de ceux-ci furent bouchés, d'autres transformés en fenêtre. Les conduits de cheminée furent consolidés et surélevés. Cet étage supplémentaire était éclairé par trois fenêtres rectangulaires.

Il est à remarquer que les fenêtres d'un même niveau ne sont pas percées à la même hauteur et, sur une même façade du donjon, elles ne se superposent pas, évitant ainsi les déforcements verticaux des parois. Quant à la toiture, elle était à deux pans faiblement inclinés et cachés derrière les merlons et les créneaux. La couverture était assurée par des plaques de schiste percées seulement par le conduit des cheminées et par une trappe d'accès protégeant ainsi de l'incendie les étages inférieurs du donjon.

C. L'enceinte.

Elle a un tracé polygonal et délimite une superficie d'environ  300 m². Sa partie sud-est s'engrène au donjon qui envahit largement la cour intérieure. Le mur du rempart  est épais de 1,25 à 1,45 m. Mur crénelé dont la hauteur, mesurée aux merlons, variait de 6 à 8m. Un chemin de ronde en bois reposait probablement en partie sur le mur et sans doute sur une rangée intérieure de poteaux de chêne pouvant délimiter des annexes. Ce chemin était accessible par une échelle depuis la cour et également par la passerelle au départ du palier d'entrée du donjon. Des traces d'archères (4) dans les merlons sont décelées dans le mur sud-ouest. Le chemin de ronde a disparu au cours des transformations modernes. Une latrine édifiée en pierre surplombait le fossé et desservait ce chemin (découverte de plusieurs corbeaux en place).

Cette enceinte rudimentaire était desservie par une garnison peu nombreuse mais efficace grâce à l'âpreté du site.

(Extrait d'une étude effectuée par le docteur William UBREGTS publiée par le Centre belge d'histoire rurale : publication n° 48 Louvain 1975).

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(1) Corbeau : grosse pierre, pièce de bois ou de métal en saillie sur le parement d'un mur pour supporter une poutre ou toute autre charge.

(2) Merlon : partie pleine d'un parapet  entre deux créneaux.

(3) Créneau : ouverture pratiquée dans un mur pour tirer à couvert sur l'assaillant.

(4) Archère : ouverture pratiquée dans une muraille pout tirer à l'arc ou à l'arbalète.

Source : Cyrille Tahay, "Les Echos de Comblain" mars, avril, mai 2006.

Géolocalisation
50.508773393800325 ; 5.579080442468865