Le Pithécanthrope de la Belle-Roche
Serait-il le plus ancien témoin de l'espèce humaine en Belgique ? Texte de septembre 1980.
Ce n'est pas la première fois que des découvertes de vestiges animaux et humains sont faites à la Belle-Roche.
Nous nous permettrons de rappeler les articles que nous avons écrits à ces occasions dans les "Echos".
Découverte d'ossements humains à la carrière de la Belle-Roche ("Echos" de juillet 1958).
Une mine tirée le 11 juin écoulé dans un rocher nouvellement débarrassé des terres superficielles (lieu-dit : "Pèlêye Hé", section cadastrale F, n° 75u), a permis de recueillir, malheureusement épars et fragmentaires, quelques ossements humains parmi lesquels une mâchoire inférieure, un os iliaque, un débris de vertèbre et des portions de radius-cubitus.
La terre recouvrant le sommet du rocher avait une épaisseur ne dépassant pas 50 cm. Les ossements reposaient à plus de 300 m à vol d'oiseau de ceux qui furent découverts en 1921 sur le même versant de Fraiture et au sommet de la falaise de la Belle-Roche. Il est malheureusement impossible de donner la moindre précision sur l'âge du squelette, sa grandeur, son mode d'inhumation, etc...
Puisse le hasard permettre aux ouvriers de découvrir intacts, parmi les éboulis et les blocs de rochers, le crâne et d'autres ossements intéressants !
Les restes osseux qui ont fait l'objet de cet article ont été confiés, par la Direction de la carrière, au Musée de Comblain-au-Pont.
Nouvelle découverte d'ossements humains à la carrière de la Belle-Roche.
De nouveaux ossements humains, malheureusement brisés, comme les précédents, par l'explosion de la mine du 11 juin, ont encore été recueillis à la carrière de la Belle-Roche, au lieu-dit "Pèlêye Hé" à l'endroit même de la première découverte (voir nos "Echos" de juillet écoulé, page 54).
Parmi ces restes osseux, signalons des débris de fémur, de tibias, de péronés, de radius, d'os iliaque et d'apophyse coracoïde.
La découverte d'un second maxillaire inférieur permet de conclure à la présence en cet endroit d'un second squelette humain.
Les ossements ont été confiés, comme les précédents, au Musée de Comblain. ("Echos de septembre 1958).
A la Belle-Roche encore, découverte paléontologique.
L'examen du site où ont été découverts les restes de deux squelettes, a permis de découvrir à quelques mètres en amont, une galerie de grotte qui fut détruite à moitié dans le sens de la longueur par les mines tirées à cet endroit.
Les éboulis comblant cette galerie regorgeaient d'ossements fossilisés (mais souvent brisés) et de dents bien conservées d'ours des cavernes, de lions des cavernes et de cervidés.
Jusqu'à présent, seule la grotte de l'écluse avait livré exclusivement des dents d'ours des cavernes. ("Echos" de septembre 1958).
Nouvelles découvertes sensationnelles à la Belle-Roche.
C'est d nouveau à la suite d'un tir de mine (fin mars 1980) qu'une grotte fossile est apparue au jour. Comme celle que nous avons vue en 1958, elle est complètement remplie de sédiments et constitue un couloir de douze mètres de long et d'un mètre cinquante de hauteur moyenne.
Au sol, une couche de 30 à 60 cm du type fluviatile (galets roulés). Au-dessus, 60 à 80 cm d'argile limoneuse. C'est là qu'on rencontre des ossements d'animaux, souvent fragmentaires et dispersés, donc sans connexion anatomique : restes d'ours des cavernes, de liions, de chevaux, de cervidés.
C'est dans cette couche qu'une équipe de l'Université de Liège (M. J.-M. Cordy), appelé à étudier le site, a découvert, dès fin mars, un premier galet de silex portant les traces évidentes d'une accommodation d'un être intelligent.
Jusqu'à présent, une vingtaine d'outils en silex et en quartz ont été recueillis.
Il faudrait, maintenant, retrouver des traces des hommes qui ont fabriqué et manipulé ces frustes outils, indiquant sans le moindre doute que ces derniers avaient une destination en rapport avec les besoins journaliers et vitaux de ces lointains ancêtres.
Le fait que ces ossements se trouvent mélangés aux outils est la preuve qu'ils datent de la même époque, c'est-à-dire de la "civilisation" basée sur une ébauche rudimentaire de pierres dures devant servir d'outils et d'armes (galets débités).
Ajoutons que la troisième couche protectrice des ossements et outils est un plancher stalagmitique.
Les ossements recueillis et les outils retrouvés datent ainsi, probablement de quelque 500.000 ans avant J.C.
Voilà un site unique en Belgique qui, espérons-le, fera date dans les annales de la préhistoire. On dit même que les pithécanthropes de la Belle-Roche seraient le plus ancien témoignage de l'espèce humaine en Europe (??)
Bonne chance aux chercheurs !
Vigoureuse protestation.
La presse écrite et la presse orale (radio et télévision) ont annoncé d'importantes découvertes paléontologiques et préhistoriques dans une grotte fossile de la Belle-Roche, grotte qi a été mentionnée sous l'appellation vague et fausse de "grotte de Sprimont", ce qui, au surplus, prête à confusion.
Tout comme beaucoup de Comblennois qui m'ont fait part de leur déception, voire de leur amertume ou de leur indignation, je m'insurge personnellement contre la dénomination qui a été donnée à ce site archéologique où, en 1958 (c'était bien dans la commune de Comblain) j'ai recueilli, le premier, un certain nombre de reliques provenant aussi d'une grotte fossile toute proche, si pas en communication alors avec celle que l'on fouille actuellement avec le succès qu'on connaît et auquel j'applaudis.
Les préhominiens ayant séjourné au sommet de ladite falaise sont là depuis 500.000 ans (plus presque 2.000) et ont été longtemps de vrais "Comblennois" géographiquement, historiquement et ethnologiquement. Ce n'est pas parce que, lors des fusions de communes toutes récentes on a, par basse politique, sans l'avis de personne et sans le moindre motif valable, arraché Fraiture à Comblain pour un "Anschluss" à Sprimont, que ces ténébreux mais vénérables ancêtres sont devenus des Sprimontois à part entière et exclusive. Ils sont, comme beaucoup, victimes d'une "annexion".
Par probité scientifique et soucis de la vérité, il conviendrait, dans les nouveaux feuillets des annales de la préhistoire, de parler du site et des découvertes de la Belle-Roche en stipulant la primauté de leur caractère comblennois durant une période remarquablement longue et le fait que les premières révélations de cet endroit datent d'une époque où il faisait partie intégrante de Comblain-au-Pont.
Je n'aurais jamais pensé que la fusion des communes aurait conduit à une contestation à propos de découvertes archéologiques, mais j'estime que la présente mise au point était nécessaire.
Source : Emile DETILLE, le Pithécanthrope de la Belle-Roche, Echos de Comblain, n°9, septembre 1980, p. 1 et 2.
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Nouvelles découvertes en 1982.
A la Belle-Roche
Nouvelles découvertes de M. J.-M. Cordy. Un crâne complet de jaguar européen ; 2 petites vertèbres d'un serpent ; des restes de petits rongeurs qui paraissent très primitifs ; des indices osseux d'un rhinocéros et d'un bovidé non encore déterminé.
L'outillage lithique des hommes de la Belle-Roche a livré quatre nouveaux galets (quartz, quartzite) sommairement "aménagés".
Ces nouvelles exhumations font croire que les "témoins" lithiques et osseux pourraient remonter à plus de 500.000 ans avant J.C.
Grotte dénommée "li trawêye rotche"
Elle est située également sur la rive droite de l'Amblève, face au Halleux. M. Michel Toussaint qui y a pratiqué une fouille complète a recueilli quelques cinquante silex de facture aurignacienne (âge donné par le carbone 14 : 23.000 ans).
Trô Djadot
Les travaux de dégagement de cette caverne connue depuis peu et les fouilles du début se poursuivent par E. Detaille et A. Jadot. MM. Michel Toussaint et Jacques Dubois s'intéressent à nos recherches et ont eu la gentillesse d'aménager un toit et une gouttière pour permettre la poursuite du travail en cas de mauvais temps. Nous les remercions de tout coeur.
Quant à M. Cordy, il s'est fait un plaisir d'accepter l'identification des nombreux ossements que nous avons trouvés dans cette grotte. Il nous communique déjà les premiers renseignements de son analyse :
1) Ossements d'animaux. - Jusqu'à présent, pas de faune glaciaire. Le "trou" a été habité par de nombreux blaireaux (tèssons) qui y ont drainé leurs proies. Peu de renards, des lièvres, des lapins, des chats, des hérissons. Des os de bovidés et de caprinés, "chapardés" par les carnassiers susdits, etc. Le tout, en surface ou à peu de profondeur dans le limon.
2) Ossements humains. - Un humérus presque complet, un calcanéum (os du talon), une extrémité proximale de fémur et deux phalanges appartiennent à un jeune enfant qui aurait vécu, soit au néolithique (âge de la pierre polie) soit pendant la protohistoire (âge du fer) et aurait été inhumé en pleine terre. Ces ossements recueillis en des endroits divers semblent indiquer que les os du petit squelette n'étaient plus dans leur distribution anatomique. L'humérus a été trouvé dans du limon de la terrasse de la grotte, à quelque soixante centimètres de profondeur et à trois mètres de l'entrée de la voûte.
Toute notre gratitude à M. Cordy.
Source : Emile DETAILLE, Fouilles archéologiques à Comblain et environs, Echos de Comblain, n°10, octobre 1982, p. 1.
