Le pétrolifère

Au début du XXe siècle, existait un dépôt de pétrole au Pont-de-Sçay.

Informations

Vers 1911 (date exacte inconnue), il y eut à Rivage, route de Chanxhe, dans une annexe de la villa 'Les Myosotis", un dépôt de pétrole, benzine, essence et huile.

Les gérants dont on se souvient furent MM. Sonnet, Fabry et Emile Mouvet.

L'endroit était assez mal choisi à cause des inondations qui empêchaient parfois toute circulation (1925). Au surplus, il fut question, en 1926, de donner une assez forte extension aux dépendances de la gare de Rivage. D'après le plan, les voies ferrées devaient se rapprocher dangereusement des dépôts inflammables et il était question d'expropriations. Devant ces projets (qui ne se sont pas réalisés dans la suite), M. Mouvet jugea prudent de quitter Rivage et c'est ainsi qu'il vint s'installer au Pont-de-Sçay dans l'établissement qui existe toujours et qui est situé à l'amorce de la route d'Oneux (section cadastrale E, n° A² 326, Z 326, Y 326 et L 325).

Le nom de "pétrolifère" au Pont-de-Sçay date de cette année 1926 et provient du fait que le pétrole, dont le rôle restait très important pour l'éclairage privé, était fourni par une société appelée "La Pétrolifère Nationale".

La demande d'installation d'un dépôt souterrain de 15.000 litres de pétrole lampant et de 15.000 litres d'essence en bidons à la Députation Permanente de Liège date du 12 septembre 1925.

Cette autorisation demandée par la "Pétrolifère Nationale" fut accordée à Liège le 1er mars 1926.

Par après, la société s'associa à l' "American Petroleum Company" (en abrégé : "A.P.C.") dont le siège était à Anvers, avenue de France, n° 101.

Sous M. Carl Thys, successeur de M. Mouvet, ladite  Compagnie devint la "Standard Oil Company", dont l'abréviation "S.O." est devenue "l'Esso" d'aujourd'hui.

Voici la liste complète des dépositaires-gérants de la pétrolifère du Pont-de-Sçay :

MM. Emile Mouvet (d'août 1926 au 30 avril 1930)

Carl Thys, de Hamoir (du 1er mai 1930 au 30 avril 1936)

François Magis (du 1er mai 1936 au 31 décembre 1954). Fut propriétaire de l'affaire en 1939 et locataire du dépôt.

Joseph Boëhmer (du 5 février 1955 à fin décembre 1960). Fut également propriétaire de l'affaire et locataire du dépôt.

Achille Latour (du 1er janvier 1961 à nos jours). [Ndlr : article rédigé en 1967]. Il a acheté en 1961 la totalité des installations qui, jusqu'alors, avaient appartenu à "Esso".

A l'époque où il était au Pont-de-Sçay, M. Mouvet disposait de trois camions pour le pétrole tirés par un cheval et de trois camions pour l'essence. Le premier de ceux-ci, de récupération de guerre (véhicule allemand de 14-18) était un camion à bidons, tiré par deux chevaux ; le deuxième, mû par un seul cheval, transportait 6 à 7 fûts ; le troisième, automobile, était une camionnette-citerne de 2.500 litres, destinée à alimenter les pompes à essence, dont la marque s'intitulait alors, la "Motocarline".

Le pétrole était en vrac et servait principalement pour l'usage domestique (éclairage et réchauds) ou agricole (tracteurs à pétrole).

L'essence pour automobiles (camion à bidons) était répartie dans des caisses bleues contenant cinq bidons jaunes de 20 litres chacun. Ces bidons avaient la forme parallélépipédique, possédaient un orifice verseur (muni d'un bouchon à visser) et une anse fixée à la surface supérieure.

Furent camionneurs pour M. Mouvet :

a) Pour le service "pétrole" : MM. Albert Dehossay, François Magis et Edouard Lemaire (ce dernier de Barvaux-sur-Ourthe).

b) Pour le service "essence" (3 camions). Il n'y avait qu'u camionneur : M. Edouard Ninane (beau-père de M. Mouvet). Il eut pour successeur M. Jules Bayonet d'Anthisnes.

c) Pour le service "huile" : le camionneur pour l'essence.

d) S'occupait des soins à donner aux chevaux : M. Emile Dumont de Comblain-au-Pont.

M. Carl Thys de Hamoir, successeur de M. Mouvet, disposa d'une camionnette automobile pour les transports rapides de fûts d'essence, de pétrole et de gasoil.

L'essence pour le ravitaillement des pompes fut livrée par cette même camionnette qui, pour ce service, était munie d'une citerne de 1.000 litres, citerne amovible qu'on pouvait donc enlever suivant les nécessités des transports à effectuer.

M. Thys disposait aussi de deux camions à traction chevaline (deux chevaux par camion) pour faire les tournées dans les localités desservies en pétrole lampant. Ces camions étaient munis chacun d'une cloche en laiton invitant les clients à se présenter au camion avec leur "djusse al pétrole", de forme cylindrique pouvant contenir cinq litres (1).

Au cours de ces premières années à la pétrolifère, M. Carl Thys disposa d'un cinquième cheval pour le transport de produits amenés par wagons-citernes et déchargés à la gare de Comblain-au-Pont. Ledit transport s'effectua au moyen d'un camion-bac, plat, dont la charge était ensuite déversée dans les réservoirs du dépôt.

Comme personnel, M. Thys disposa d'un chauffeur pour les transports rapides, de deux camionneurs pour la vente de pétrole en détail et d'un homme de cour qui cumulait les services de magasinier, d'homme d'écurie et de camionneur déchargeant les wagons-citernes.

Vers 1935, l'arrivage des wagons-citernes en gare de Comblain fut supprimé et le dépôt du Pont-de-Sçay fut approvisionné par les camions-citernes de 5.000 litres venant du dépôt de Sclessin.

La zone desservie par MM. Mouvet et Thys comprenait les communes suivantes : Comblain-au-Pont, Comblain-Fairon, Anthisnes, Ouffet, Hamoir, Filot, Ville-My, Xhoris, Harzé, Ernonheid, Werbomont, Aywaille, Sougné-Remouchamps, Chevron, Louveigné, Dolembreux, Poulseur, Sprimont, Esneux, Rouvreux. Nous en oublions peut-être...

M. Carl Thys se souvient des prix qui étaient pratiquées lorsqu'il était à la pétrolifère. Les voici : essence ordinaire : 3fr. le litre ; la "super" : 3fr.45 ; le pétrole lampant : 2fr.10 ; le pétrole pour tracteurs : 1fr.70 ; le gasoil (moteurs) : 1fr.50 ; le fuel-oil : 1fr. ; l'huile pour moteurs : 7fr.50 ; les graisses : 6fr.

M. François Magis succéda à M. Thys. Il n'était pas nouveau dans le métier car depuis 1925, il était camionneur à la pétrolifère de Rivage.

Il a dirigé celle du Pont-de-Sçay pendant les années désastreuses de la guerre 1940-45, époque où le commerce était de bien peu de rapport. Il a possédé un cheval jusqu'en 1942. Fin 1945, il a acheté le premier gros camion automobile de la pétrolifère.

M. Magis a vendu de l'essence, de l'huile et surtout du pétrole, mais la vogue de celui-ci avait terriblement diminué en 1939 (2). Quant au mazout qui fit son apparition en 1927, il n'a fait qu'étendre son emprise.

M. Reynilde Petit, du Halleux, a travaillé à la pétrolifère pour ledit M. Magis.

M. Joseph Boëhmer reprit la succession de M. Magis et disposa du camion de son prédécesseur. Il a vendu uniquement des produits "Esso" : mazout (gas-oil, fuel-oil), de l'essence, du pétrole et des huiles.

M. Achille Latour, le propriétaire-exploitant actuel, continue son métier de la même façon que M. Boëhmer, précité.
Nous remercions cordialement Mme Pirlot-Mouvet, MM. Carl Thys, François Magis, Joseph Boëhmer et Achille Latour dont l'obligeance nous a permis s'écrire le présent historique.

Nous tenions à évoquer "la" pétrole et notre pétrolifère parce qu'ils rappellent une page importante de notre histoire domestique, sociale et économique.

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(1) Ces camions hippomobiles munis d'une cloche existaient déjà évidemment sous M. Mouvet.

(2) Les camions transportant exclusivement du pétrole lampant ont d'ailleurs cessé leurs tournées à cette époque.

Source : Emile DETAILLE, Al pétrolifère (Pont-de-Sçay), Echos de Comblain, septembre 1967, p. 65 et 66.

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