Le journal de la République

Le journal de la République

Comme il se devait, le premier numéro du journal "La République" parut le 14 juillet 1946.

Informations

Offrant quatre pages de lecture, ce mensuel d'un format 27,5 cm sur 36 cm était édité par le maïeur. Le prix de l'abonnement annuel était de 25 frs. On pouvait se procurer un exemplaire à la librairie Dumont, rue de Liotte, ainsi que chez Arthur Gillard et Lucile Renard, place Leblanc. Il était envoyé gracieusement à chaque jeune du Pont-de-Sçay qui accomplissait son service militaire.

Le journal fera connaitre la vie de la République, ses projets, ses réalisations. Le sport, une chronique médicale, des poèmes en wallon, l'état civil y trouveront chaque mois leur place.

Vu le coût élevé de son impression et estimant qu'il valait mieux voir petit et tenir que de voir trop grand et mourir, le comité de rédaction décida, dès le début de l'année 1947, de réduire le mensuel dans son format. Il fut, de plus, dactylographié, mais sa première page fut encadrée des trois couleurs de la République : le rouge, le jaune et le vert.

"Plaisir et philanthropie" , telle était la devise républicaine.

Le 21 juillet 1946, une délégation du gouvernement de la République se rendit à la gare des Guillemins pour accueillir des petits poulbots de Toulouse. Composée du président, du maïeur et de plusieurs jeunes républicaines costumées. Dès l'arrivée du train venant de Paris, les petits Français descendirent des voitures qui leur avaient été réservées. Un cortège d'une centaine d'enfants, précédés des personnes responsables, traverse Liège pour se rendre à l'Hôtel de Ville où les organisateurs confièrent les mioches aux parrains.

Les 21 jeunes Toulousains, quatorze garçons et sept filles, confiés à la République, prirent place dans l'autocar "Le Pic Napoléon" de M. Edmond Dejean. Dans la soirée, sur la place de la République du Pont-de-Sçay, la foule se pressa ; chacun voulut voir les poulbots. Il fallut procéder à un tirage au sort pour contenter les familles d'accueil car la plupart d'entre elles avaient demandé une fille. Pour l'accueil de ces enfants déshérités qui séjournèrent six semaines, la République avait agi par l'intermédiaire des Amitiés belgo-françaises d'Ourthe-Amblève.

On fit une chanson de cet événement pathétique.

En voici un extrait :

"Vochal vinou dè fin fond d'èl France

Mwert nâhis, èstènés, çoula s'comprind

Les poulbots qui nos brâves citwèyins,

leslâmes às oûyes, divins leus brèsses

On s't akeûyi (ces pâves pitis)

Po l'zi d'né n' pârt di leus carèsses

Crèyez'm, is sèront turtos bin sognis,

Tot les républicains ont l'coûr so l'min

Nosse grande soûr n'èle rouvèy-rèt nin

El Walonrèye, èl est todi l'bin-v-nowe !"

Le premier anniversaire

Les festivités à l'occasion du premier anniversaire  de la fondation de la République commencèrent le samedi 29 mars 1947 par un souper à l'Hôtel Mouvet, à Rivage. Le coût de la participation était fixé à cent francs par personne, y compris le transport aller-retour en autocar.

Le lendemain après le Te Deum chanté en présence de membres du gouvernement et du Conseil communal, eut lieu l'inauguration d'une pierre en granit apposée sur un mur de la chapelle, en hommage de reconnaissance aux morts des deux guerres. Les discours furent prononcés par les maïeurs des Républiques libres du Pont-de-Sçay et de Renory, ainsi que par le bourgmestre Joseph Paulus, de Comblain-au-Pont.

Après que Mathieu Naveau eut découvert la plaque, oeuvre due au ciseau de M. Julien Maréchal, l'abbé Georges Massion procéda à la bénédiction. Le président Ernest Noël ainsi qu'un représentant de l'Administration communale de Comblain-au-Pontet de Renory fleurirent le monument.

Pour faciliter le dépôt de gerbes de fleurs, le comité s'était servi d'une ferraille qu'il avait peinte aux couleurs républicaines. 24h après l'inauguration, une plainte avait été déposée contre la République, celle-ci s'étant permis, sans autorisation, d'aller chercher un morceau de fer appartenant au Service des Ponts et Chaussées. Cette dénonciation n'était qu'une simple mesquinerie.

Dans l'après-midi, une foule nombreuse se rendit sur la place de la République où, pour la première fois, "Le spirou républicain" fut chanté par celui qui le composa, à savoir Alphonse Thomas, "li millionère" (1). Cette chanson dont voici le refrain, récolta un succès fou quand jeunes et vieux se pressèrent le soir vers la salle Gilles pour y danser;

"Â Pont-d'Sçay, on s'plait bin

On potche, on rèye èt z'y tchante-t-on tot l'timps

Et chaskeun fèt dè bin

E noss' Pont-d'Sçay républicain !"

A l'occasion de ce premier anniversaire, le gouvernement décerna le titre de citoyen d'honneur à plusieurs personnes pour services rendus ou pour actes de courage et de dévouement : Mme Voué, M. et Mme Collas et leur fille, MM. Alphonse Dehan, Armand Bihet, Gaston Paligot, Marcel Bouffa, le bourgmestre Joseph Paulus et bien d'autres encore.

La République a son héros

Le dimanche 11 mai 1947, jour de la fête locale, un tragique accident se produisit vers 17h sur la route de Poulseur, à 500m du Pont-de-Sçay.

Une voiture transportant quatre personnes tombait à l'eau. Tous les occupants périrent. Au moment de l'accident passait M. Richard Brisbois, garagiste, âgé de 24 ans, qui se distingua en voulant sauver les victimes.

Il fit la une du journal "La République" sous le titre "un héros de chez nous".

A son courageux citoyen, l'Administration communale de Comblain-au-Pont adressa une lettre que voici :

"L'Administration communale vous exprime ses sentiments d'admiration pour l'acte si noble et si courageux que vous avez posé en plongeant deux fois dans l'eau trouble de l'Ourthe, le dimanche onze mai, pour retirer de la rivière deux des victimes de la noyade de ce jour. Un geste semblable exige des qualités morales peu communes dont vous pouvez être fier. Le Collège des bourgmestre et échevins, en sa séance d'hier, a décidé de vous proposer une distinction honorifique qui sera le symbole de la beauté et de la noblesse de votre acte de dévouement. En attendant qu'elle vous soit accordée, nous vous réitérons nos plus vives félicitations et vous prions d'agréer...

(s) J. Paulus - M. Bouffa."

Le 9 août 1947, une date mémorable pour les républicains

En la salle Gilles se réunissaient des délégués de l'Espérance F.C. Oneux, des responsables de la République ainsi que M. Ramioul, président de Tilleur, club de division d'honneur, et du comité provincial liégeois de l'Union belge de football. Il fut décidé que le vieux club des "rouge et bleu", qui, depuis plusieurs années, était à la traine, disputerait le prochain championnat sur le terrain situé près de la chapelle du Pont-de-Sçay.

Un nouveau comité composé des personnes ci-après fut formé : Jules Remy (président), Mathieu Philippin (vice-président), Joseph Gavage (secrétaire), Jules Piroton (trésorier), Louis Barthe, Jean Collard, Fernand Deleuze et Edgard Rousselle (commissaires).

Mme Olga Chabot fut choisie comme présidente du club des supporters.

Jeunes et moins jeunes ne sont pas oubliés

L'année 1947 touche à sa fin. Octave Xhaard, le père du docteur, capture à la Belle-Roche un brochet de six kilos. La revue "C'est ça l'comble hein ?", de Lucien Henin et Clément Bonhomme fait salle comble à chaque représentation.

Accueilli le jour de sa fête par des membres du gouvernement, saint Nicolas distribua, en la salle Gilles, des cadeaux à plus de 150 enfants âgés de 0 à 14 ans et vivant sur le territoire de la République. Un clown, venu de Seraing, amusa follement petits et grands. Le Lendemain, un goûter avec animation musicale fut offert aux personnes de grand âge.

"O, joli coin de terre

Que j'admire et que j'aime

Pour m'amuser et me distraire

Pont-de-Sçay en République

Est bien administré.

Les étrangers sans réplique

L'ont déjà constaté.

Président, ministres et maïeur

N'ont qu'une volonté :

Propager le bien, la charité, le bonheur."

La République entame sa troisième année d'existence

1948, c'est l'année de la reconstruction du pont de Liotte par la firme Galère et Collin. C'est aussi une année bissextile, car le 29 février eut lieu, au café "Au Phare", le premier "crochet" organisé par la République au profit de ses oeuvres.

L'orchestre Brisbois, père et fils, se fit entendre, accompagné de Jean Vilenne au piano.

Chaque concurrent se produisit deux fois pour permettre au public d'apprécier et de voter. Après moults palabres, Antoine Deweer, de Hamoir, remporta le premier prix, suivi respectivement de Roger Triplot, Louis Aubry, Gasparine Thomas, Françoise Graindorge et Jean Malemprée.

René Renard, tenancier du café "Belle Vue" à Comblain-au-Pont, très connu pour sa voix de baryton, s'était présenté hors concours.

Vive la République Libre du Pont-de-Sçay

En avril 1948, le journal ne compte plus que deux feuilles.

L'article figurant en première page a pour titre : "Rumeurs". Il y est écrit que les affaires sont calmes, que l'argent se fait plus rare et qu'il ne faut pas fatiguer inutilement la population.

Qui va doucement va longtemps. Et ceux qui espéraient voir un jour se désagréger la République se sont singulièrement trompés, mais nous les excusons, poursuit l'auteur, car il arrive à tout le monde de se tromper ou de porter un mauvais jugement.

Mais, au fil du temps, chacun finit par comprendre que la République Libre du Pont-de-Sçay appartenait déjà au passé.

Deux bonnes années de folie républicaine, inoubliables pour ceux qui les ont vécues.

Source : Pol Remy dans "Les Echos de Comblain" d'avril à juin 1996.

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