Essai de reconstitution du paysage avant la naissance du village

Essai de reconstitution du paysage avant la naissance du village

A quoi pouvait ressembler le Pont-de-Sçay vers 1860 ?

Informations

La plaine du confluent est une immense prairie sauvage où coulent paisiblement l'Ourthe et l'Amblève. Cette embouche est un vrai désert. Il ne s'y trouve pas une seule maison. On n'aperçoit que Liotte et Douxflamme, la scierie de la Belle-Roche et la demeure en face de la croix Foccroule (vis-à-vis de la maison occupée par M. Collas et naguère par M. Nisin).

Une fermière de Douxflamme envoie dans ces herbages, sur le dos d'un cheval, sa petite fille qui chasse devant elle le bétail familial. Il n'existe, en effet, aucun chemin dans les parages. Si, il y a, sur la rive gauche de l'Amblève, le chemin de halage suivi par les dj'volîs ou conducteurs de chevaux de bateliers. Ce halage qui côtoie la rivière, pourrait, avec de la bonne volonté, s'appeler la... route d'Aywaille.

Liotte existe déjà, composée de Li basse Liyote qui subsiste toujours et de Li haute Liyote qui s'élève à l'emplacement actuel de la gare désaffectée et de la maison toute voisine (ancien lieu-dit : â pré Magrite).

Lors de sa démolition pour l'établissement de la voie ferrée (1882-1886), la haute Liotte se composait de 5 habitations et de leurs appendices. Elles étaient occupées par les familles Philippin, Pire, Jaspers, Dupont et Cousin.

Devant la haute Liotte passe le chemin menant à la  vieille scierie de la Belle-Roche, tandis qu'un sentier, aujourd'hui disparu, s'amorce derrière les cinq demeures précitées et monte en oblique vers la localité perchée de Fraiture.

Le long de l'Ourthe, nous avons, vers Comblain, la route de "la Vignoble", très étroite, qui longe la falaise come de nos jours et se perd au-delà du Rivage en direction de Liège. Le pont de bois (celui qui va laisser son nom au Pont-de-Sçay dans quelques temps) s'amorce en face de la croix Foccroule (donc un peu en amont du pont actuel et un peu en aval de la gare). Il a une longueur de plus de 100 mètres, une largeur de 2m à 2 m 50 et est de biais. Il est bien construit et muni d'un garde-corps. Il se compose de deux tronçons : le premier, le plus court, part de la rive droite de l'Ourthe. Il a plus de 2 m de hauteur et surplombe un bras disparu de la rivière et une prairie. Lorsqu'il se termine, il faut descendre trois marches, hautes chacune d'environ 15 cm avant d'atteindre le véritable pont jeté au-dessus de l'eau à 1m50 de hauteur.

A cette époque, le danger des crues est moindre qu'à l'heure actuelle car l'Ourthe déverse son trop-plein dans son bras; le lit du cours d'eau est aussi immensément large et la rivière est nettoyée et draguée chaque année, au mois de mai, par les oût'lîs ou bateliers de l'Ourthe, qui procèdent aussi à cette époque à la révision de leurs "bètchètes" et pontons.

C'est ce qui explique aussi qu'au hirôdèdje (époque de la débâcle des glaçons) rares sont les avaries que subit le pont.

On est certain de l'emplacement primitif de cet ouvrage. M. Hubert Lultz, en travaillant à l'établissement au chemin de fer vicinal, en a retrouvé de gros "pilots d'fâwe" restés en terre.

L'Ourthe et l'Amblève ont le même cours qu'actuellement, seulement, "âs hôtes êwes" (en période de crue), l'Ourthe déverse son excédent, comme nous l'avons vu ci-dessus, dans un lit secondaire (riprind ine vîhe couse (reprend un vieux cours, comme dit mon témoin) qui baigne le pied de la Heid Leruth, celui des rotches d'ès pitins, passe derrière l'endroit de la gare de Comblain, coule contre l'échine rocheuse séparant les deux vallées, pousse en direction de la haute Liotte, mais se ressaisit brusquement à mi-chemin à peine et s'épandant parallèlement à l'Amblève, va retrouver l'Ourthe un peu avant le confluent.

Revenons à nos routes... le voyageur qui a quitté Comblain arrive par la route longeant le Vignoble et menant à Liège. Il abandonne cette voie et s'engage sur le petit pont de bois construit par Mossay.

Environ 100m plus loin, une piste se détache de la voie qu'il suit et va longer la rive gauche de l'Amblève avant de la gravir en zigzag, à quelque 200m de la chapelle actuelle. C'est le raidillon - pardon ! - la route d'Oneux (en passant par la Fouarge) où des chevaux ahanent sous des charges disposées sur leur dos.

Le chemin principal tourne bientôt à gauche ; le voyageur s'est engagé "èl vôye dè cou dè colê" (qui existe toujours en contre-bas de la rue de Liotte). Devant le pédestrian se trouve maintenant le passage d'eau de Liotte où, sur le ton traditionnel, il va crier : "à l'êwe !" pour faire venir la personne à qui incombe le transbordement.

Devant Liotte passe le chemin venant de scierie de la Belle-Roche et menant à Douxflamme et à Rivage, mais notre voyageur qui se rend à Fraiture emprunte la sente passant derrière les cinq maisons de la Haute Liotte et montant en oblique dans la côte de Fraiture.

Notons en passant que la vieille route reliant cette localité à Rivage suit le bord inférieur du plateau puis descend à hauteur de l'endroit où s'élève actuellement la gare de Rivage, alors occupé par les maisons suivantes : cinse Mourô, les mohons d'a Dâlèm, Lèrût' èt Stavô.

Fin de la rétrospective.

Source : LE PONT-DE-SCAY. Essai de reconstruction du paysage avant la naissance du village (vers 1860), Echos de Comblain, juin 2007, p. 38 et 39.

Géolocalisation
50.47984819341523 ; 5.591011047363282