Les Congolais
Article paru dans le NATIONAL ILLUSTRE du 18 mars 1894 sous le titre : 7 Mars 1894 : funeste bagarre à Comblain-au-Pont.
Mercredi 7 mars, la gendarmerie d'Aywaille, appelée à Comblain-au-Pont pour maintenir l'ordre, a dû faire usage de ses armes. Un home fut tué et plusieurs personnes blessées.
Les causes de ce mécontentement qui ont provoqué ces troubles proviennent de ce que le Conseil communal refusait d'adopter l'école libre d'Oneux et d'augmenter le traitement de l'instituteur.
Mercredi donc, le Conseil communal se réunissait de nouveau pour discuter de cette question. Tous les partisans de l'instituteur se trouvaient là, attendant la décision du Conseil. Celui-ci par 4 voix contre 4, confirma sa décision antérieure. Dès que le résultat du vote fut connu, des protestations violentes partirent de la foule qui attendit la sortie du bourgmestre de la maison communale et, quand ce dernier apparut, il fut accueilli par des huées.
Le bourgmestre s'empressa de rentrer chez lui; la foule irritée le suivit en poussant des clameurs et continua à manifester devant son habitation. Là se trouvaient deux gendarmes de la brigade d'Aywaille que le bourgmestre avait requis en prévision des troubles qui pouvaient se produire.
Le bourgmestre donna à la foule l'ordre de se retirer, elle n'obéit pas. Les gendarmes intervinrent alors et firent usage de leurs armes.
Plusieurs coups de feu tirés auxquels répondirent des cris d'épouvante et de douleur. Monsieur Dalem, mécanicien, marié et père de famille, avait été tué : une balle lui avait traversé la poitrine et était sortie dans le dos.
Deux ouvriers carriers, nommés Boehmer et Simon, furent blessés; le premier a reçu une balle dans la main et on a dû lui amputer un doigt; l'autre a la cuisse traversée par une balle, son état est grave.
L'école d'Oneux à cette époque :
Elle est une école "adoptable libre" subsidiée par l'Etat et par la commune.
Elle comprend une école de garçons avec un instituteur pour les six classes; Au moment des faits, elle est tenue par Monsieur Jules MEAN en qualité d'instituteur intérimaire (du 2 octobre 1892 au 31 décembre 1894), nommé ensuite à ce poste qu'il occupera jusqu'au 15 mars 1897.
L'école des filles comprend aussi une seule classe et est dirigée pour les six années jusqu'en 1905 par Madame veuve MEAN.
La fusion de ces deux écoles en une école primaire communale mixte aura lieu à la date de parution d'un Arrêté Royal le 24 avril 1967.
Les protagonistes de ce drame :
Le bourgmestre Célestin HORNAY (1888 à 1896).
Le curé d'Oneux : abbé A. THIERNESSE (1877 à avril 1894).
La victime : Adolphe Joseph DALEM, maréchal-ferrant, âgé de 37 ans et six mois, décédé le 7 mars 1894 à 18h.
Une version un peu différente est rapportée par les auteurs de la brochure "Quelques éléments de l'histoire d'Oneux et de Hoyemont" parue il y a une dizaine d'années.
Au village d'Oneux, un instituteur, appelé Monsieur Méan, assurait un intérim depuis deux ans.
Lorsqu'il fallut procéder à une nomination, Monsieur Grignard qui habitait rue de l'Egalité, posa également sa candidature.
Ce fut ce dernier qui obtint le plus de voix et occupa l'emploi, à la fureur des habitants d'Oneux qui souhaitaient garder Monsieur Méan.
Les villageois décidèrent alors de venir manifester leur mécontentement à Comblain. Ils descendirent en grand nombre par le Thier Pirard et occupèrent le quai de l'Ourthe près de l'actuelle rue de Gendarmerie.
Les habitants de Comblain, intrigués et curieux, se joignirent à eux et la manifestation devint houleuse.
Ceci se passait sous le mayorat de Célestin Hornay. Celui-ci ne parvenant pas à calmer la foule, fit appel à la maréchaussée d'Aywaille qui arriva armée de fusils.
Tou à coup, un gendarme mit la troupe des manifestants en joue ; Adolphe Dalem, maréchal-ferrant de la place Leblanc, voulut détourner l'arme en baissant le canon et s'écria : "Tin' va nin tirer hein sûr'mint ?"
Au même instant, un collègue du gendarme, croyant qu'il voulait désarmer son ami, fit feu sur Dalem qui reçut le coup en pleine poitrine et s'écroula, mort.
La foule consternée se retira en silence : les Comblennois honteux d'avoir été témoins d'une telle tragédie et les Oneutois plus honteux encore d'en avoir été les instigateurs. Le dimanche suivant, le curé d'Oneux évoqua l'évènement dans son homélie et dit à ses paroissiens : "Vous êtes pis que des Congolais !"
C'est ainsi que le surnom de "Congolais" demeura aux habitants d'Oneux pendant de nombreuses années.
Sources : NATIONAL ILLUSTRE du 12 mars 1894 et Cyrille Tahay dans "Les Echos de Comblain" de février 2009.
