Mont inaugure une plaque commémorative à ses enfants victimes de la guerre 1940-45
Cette plaque commémorative fut apposée devant la Chapelle le 11 août 1946.
PAHAUT Laurent, né à My le 24 juillet 1918, 2e cyclistes frontières, tombé à Vilvoorde le 16 mai 1940.
HUBERT René, né à Neerwinden le 7 août 1914, 8e génie, tombé à Genk le 17 octobre 1940.
DUBOIS Louis, né à Comblain-au-Pont le 9 décembre 1917, 12e de ligne, tombé à Thisnes le 12 mai 1940.
MOERMANS Maurice, né à Ouffet le 10 juin 1908, 42e de ligne, tombé à Meulebeek le 26 mai 1940.
SIMON Emile, né à Comblain-au-Pont le 13 juin 1883, tombé à Beugnies (France) le 16 mai 1940 au cours de l'exode.
Sous l'égide d'un doux soleil se sont déroulées, le 11 août à Mont, au milieu d'un grand concours de peuple où l'on reconnaissait des délégations de tous nos villages, la magnifique cérémonie de l'inauguration d'une plaque commémorative en l'honneur des victimes de la localité.
Les autorités et groupes invités au cortège se concentrèrent vers 9h15 à la Maison du Peuple. Le départ pour la chapelle eut lieu à 9h45, dans l'ordre suivant :
1) gendarmerie ; 2) écoliers de Mont ; 3) demoiselles portant des fleurs ; 4) prisonniers de guerre ; 5) Administration communale ; 6) groupements patriotiques ; 7) foule des participants.
A 10 h commença, en plein air face à la chapelle qui n'aurait pu contenir tous les assistants, une grand-messe diffusée à laquelle la chorale de l'église Saint-Martin prêtait son concours.
Des chaises étaient réservées aux parents des disparus, aux autorités civiles et militaires et aux délégués des différentes associations représentées. L'autel, aux côtés duquel des gendarmes montaient une garde d'honneur, était pavoisé aux couleurs belges et alliées.
Après le chant de l'évangile, M. le curé de Comblain adressa quelques paroles aux parents éplorés et à l'assistance recueillie. "Par leur manque de charité chrétienne, dit-il, en substance, les hommes seuls sont responsables des guerres". Evoquant ensuite les horreurs du cataclysme dont nous nous relevons péniblement, l'officiant, après avoir stigmatisé les lâchetés de ceux qui collaborèrent avec l'ennemi ou recherchèrent des profits personnels, montra le côté sublime de la guerre : les dévouements incessants, l'aide apportée à la Patrie par la résistance et avant tout, la beauté du devoir simplement accompli par le soldat sur la ligne de feu alors qu'il savait la force de l'ennemi et l'issue du combat. Comme le Christ, les chers disparus dont nous honorons la mémoire sont morts pour nous. Ils ont fait le sacrifice suprême. Puisse ce dernier, uni à celui de la messe, leur valoir la couronne des élus et sauver la Patrie.
Au cours de la messe, de magnifiques chants furent exécutés : 1) L' "Ave Maria" de Schubert, par Mlle Georgette Bodeux ; 2) Le "Panis Angelicus" de César Franck, par M. Roger Parmentier ; 3) "Le Crucifix" de Fauré, par Mlle Elisa Vanholzaet et M. René Bernard ; 4) "O Patrie", par M. Jules Castermans, de même le "Sanctus" et le "Benedictus" ; 5) "Ceux qui pieusement..." de Mawet, par Mlle G. Bodeux.
A l'issue de la messe, des photos-souvenirs furent remises aux parents des victimes.
M. Georges Reich prononça ensuite un discours au nom de la population de Mont. Après avoir retracé l'atmosphère angoissante du début de mai 40 et rappelé l'horreur des dix-huit jours au front et sur les chemins de l'exode, après avoir aussi magnifié le sacrifice de ceux dont les noms resteront gravés dans la pierre et dans les coeurs, il remercia la population du village pour sa générosité qui a permis d'ériger ce mémorial, il demanda aux Montois d'accorder une pensée pieuse aux disparus chaque fois qu'ils passeraient devant le monument.
Le drapeau belge voilant la pierre tomba. La sonnerie "Aux Champs" retentit, les emblèmes patriotiques s'inclinèrent et le prêtre procéda à la bénédiction de la plaque, tandis que les élèves de Mont entonnaient "La Brabançonne".
Puis ce fut le tour de M. Alphonse Dalem qui, au nom des prisonniers, évoqua brièvement la vie des victimes et traça un parallèle entre l'ultime vision des mourants et celle qui cinq ans durant tenailla l'esprit des prisonniers : l'image douce et chérie de tous ceux qu'on aime ; le souvenir du vieux village natal avec ses maisons archaïques, son campanile à la cloche au son clair, ses venelles tortueuses et sa population affable.
Les demoiselles, toutes de blanc habillées, vinrent ensuite fleurir le monument. Après quoi, M. Paulus, bourgmestre de Comblain, associa aux disparus ceux du service de renseignements et d'actions qui avaient juré de faire triompher une cause juste et sacrée. Eux aussi sont tombés pour la Patrie et leur mémorial a été scellé de même (le samedi 15 juin écoulé) dans le mur de cette chapelle. M. le bourgmestre fit alors l'appel des morts dont les noms figurent sur les deux plaques et la foule émue répéta leur nom tout haut et en choeur, exaltant ainsi leur sacrifice et leur mémoire et prenant l'engagement solennel de ne jamais les oublier.
"Je voudrais, continua M. le bourgmestre, que ces monuments soient constamment fleuris non seulement par les parents et amis mais surtout par la jeunesse des écoles.
Il était midi quand un cortège vraiment impressionnant traversa Mont et descendit à Comblain où le mémorial 1914-18, apposé sur la façade de la Maison communale, fut abondamment fleuri, ainsi que le monument de la Grand'Place.
Au cimetière du Thier Pirard, quelques paroles de reconnaissance et d'adieu furent adressées aux morts des deux guerres et en particulier aux Montois victimes du cataclysme de 40. M. Fenot adressa à ces derniers ces phrases pathétiques : "Camarades de Mont, nous voici tous autour de vos tombes. Nous venons vous dire "Merci!" pour votre sacrifice qui n'a pas été consommé en vain et que nous n'oublierons jamais. Votre gloire est désormais immortelle et ne le cède en rien à celle des héros des Thermopyles".
Toutes les tombes des victimes de la guerre, y compris celles des résistants russes et celles, symboliques des aviateurs anglais, furent fleuries à profusion par les demoiselles.
Puis chacun se retira avec la certitude d'avoir fait beaucoup de bien à l'âme des défunts et d'avoir apporté un baume à la douleur des parents.
On a rarement vu à Comblain une cérémonie patriotique aussi émouvante et aussi bien réussie. Le Comité organisateur n'a pas oublié que le sacrifice de ses camarades montois n'était pas isolé : qu'il fallait au contraire y associer non seulement tous les morts de la commune, de la Belgique et des pays alliés, mais aussi tous nos héros de 1914-18. Aussi n'a-t-il récolté que d'unanimes éloges.
Source : Emile DETAILLE, Mont inaugure une plaque commémorative à ses enfants victimes de la guerre 1940-45, Echos de Comblain, n°6, septembre 1946.
