Le Raideux

Le Raideux

Suite à la découverte, en 1946, des vestiges d'une villa romaine, Emile Detaille nous retrace l'histoire du Raideux.

Informations

On ne connait rien, jusqu'à présent, des origines du Raideux. On ignore également tout de son étymologie, laquelle a été déclarée énigmatique par nos grands philologues Feller et Haust.

Le site et la fertilité du plateau ont attiré l'homme dès la période préhistorique. M. Armand Grignard, ancien instituteur et moi-même y avons relevé de nombreux silex néolithiques, en général plus gros que partout ailleurs dans la commune.

La villa romaine dont je viens de révéler l'existence au Raideux ne me permet pas de livrer maintenant une documentation de valeur. Attendons les révélations d'un avenir que nous espérons proche.

La première mention du Raideux se rencontre dans un acte rédigé à Malmedy, le 2 mai 1588 et renouvelé en 1597 et 1606. Elle nous apprend que les prieur et couvent du Monastère de Malmedy donnent en accense ou location à Jean de Wybren (lisez Wibrin), leur cense et bouverie du Raideux avec la grosse dîme du Mont et leurs appartenances, pour un terme de 9 ans, à commencer le 1er mai 1588, moyennant 136 muids d'épeautre, mesure de Comblain, à livrer à Fraiture ou à la demeure du céarier. (Le céarier était un employé de la mayeurie chargé de percevoir le cens ou redevance des roturiers envers leur seigneur pour le fonds : terres, immeubles, etc.).

Une tradition rapporte qu'en 1632, lors de la reconstruction (certains parlent d'un incendie partiel) ou de l'aménagement d'un corps de logis, une taque de cheminée portant le millésime ci-dessus, fut appliquée au fond du nouvel âtre. Des Montois gardent le souvenir de ce contre-coeur de fonte qui représente les armoiries de l'abbaye de Saint-Hubert et qui, de nos jours, orne une des salles du château de Colonster, propriété de M. le baron Van Zuylen, possesseur du Raideux.

A l'époque de la révolution française chez nous (1794), le domaine du Raideux était toujours dans les mains des moines de Malmedy. Certains d'entre eux devaient s'y trouver en tournée ou en repos au moment de l'approche des sans-culottes, car la tradition veut que les oûtelîs ou bateliers de l'Ourthe les aient cachés dans la cale de leur barque et conduits à Liège d'où ils auront gagné des régions plus sûres, comme l'Allemagne, terre suzeraine.

L'administration française confisqua la ferme et la décréta bien national. Elle ne trouva d'abord aucun acquéreur parce que les temps étaient troubles et parce qu'on ne croyait pas à une victoire définitive des Français. On craignait, au surplus, le retour des moines et leurs représailles possibles.

Finalement elle échut, pour 400 assignats (dit-on), au père de M. Pierre Mottard, d'origine liégeoise. (On sait encore que M. Pierre Mottard était mineur et sa femme "botteresse"). S'il faut en juger d'après un vieux plan de feu M. Herman, de Comblain, la superficie du domaine agricole ne dépassait pas autrefois sept hectares. A l'heure actuelle, elle constitue un vaste bloc compact de cent huit hectares.

Avec ses bâtiments en calcaire, disposés en carré autour d'une vaste cour à laquelle on accède par un monumental portail armorié, la ferme du Raideux, assise sur un vaste plateau fertile, est typiquement condruzienne. Le portail arbore les armes de Malmedy : d'or, au basilic de sable sur un tertre de sinople. Elles perpétuent le souvenir du dragon dompté par saint Quirin, patron de Malmedy. Sur le bord supérieur de l'écu repose, au centre, une mitre qui indique que les propriétaires étaient des abbés mitrés. Cette mitre est encadrée d'une crosse et d'une épée passant en sautoir derrière le blason. La crosse symbolise l'autorité spirituelle des détenteurs, tandis que l'épée représente les pouvoirs judiciaire, militaire et politique de  ceux-ci.

M. Armand Grignard se rappelait encore que dans sa jeunesse on gardait à Mont le souvenir d'une ancienne servante du Raideux. Après le passage des sans-culottes, elle perdit sa place et vint s'installer à Mont. Bien souvent, prise de nostalgie, elle venait sur le pas de sa porte et,  toute attristée, regardait dans la direction de la grosse ferme, hochant lentement la tête en marmottant naïvement : "Et pus ! èt pont ! ès pâs !" (hélas ! ils ne sont plus là !), paroles qui ne furent pas oubliées. Il n'en fallut pas davantage pour que la possession malmédienne valût au Raideux le titre faux et pompeux de monastère qu'il semble avoir conservé de nos jours.

Que dire encore du Raideux, sinon de rappeler que son plateau est célèbre par ses "douves" (aiguigeois ou avens en formation) et par les grottes ou l'abîme qui sont la grandiose attraction de Comblain. D'ajouter aussi que le ruisseau souterrain venant de Lizin-lez-Ouffet et sortant du roc du moulin de Comblain passe sous la campagne et que deux auteurs, MM. Achille Grégoire et F. Hallet, ont consacré au Raideux une "étude agronomique" parue dans le "Bulletin de l'Agriculture", tome XXII, pages 611 à 651, année 1896.

Quant aux propriétaires du Raideux, les voici dans l'ordre : 1) les moines de Malmedy, qui selon toute vraisemblance ont bâti la ferme et succédé somme toute comme exploitant du plateau au propriétaire de la villa romaine; 2) l'Etat français; 3) le père de M. Pierre Mottard; 4) M. Pierre Mottard; 5) M. Gustave Delonneux, banquier à Huy, qui avait épousé la fille du précédent; 6) M. le baron Van Zuylen, attaché d'ambassade, qui a épousé la fille de M. Delonneux dont les deux fils sont décédés.

Sources : Emile Detaille dans "Les Echos de Comblain" d'octobre 1948, d'après : Recueil des Chartes de l'Abbaye de Stavelot-Malmedy, par MM. Halkin et Roland; M. A. Grignard, M. Fernand Grégoire-Gillard; renseignements divers de plusieurs Montois.

Géolocalisation
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