La siroperie de Mont.

Histoire de la siroperie de Mont relatée par Emile Detaille suite à un entretien avec le propriétaire Emile LECLERCQ dans "Les Echos de Comblain" en 1956, complétée par Ivan Rasquin en août 2003.

Informations

Situation géographique :

Le long de la grand route, à l'extrémité Est du village de Mont, le bâtiment construit, en 1905 par le père d'Emile, est fait de pierres chaulées, briques et blocs de béton et se dresse à flanc de coteau dans un écrin de verdure. La siroperie a débuté sa fabrication en 1907.

Avec son père, Emile fabriquait déjà du sirop à Tohogne, leur village d'origine.

Des volutes de vapeurs grises s'échappent par les ouvertures du toit, créées pour aérer le local. Une odeur agréable de fruits cuits se répand aux alentours. Une bonne senteur que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.

Une quantité innombrable de caisses de pommes et de poires recouvrent la grande cour devant l'habitation, la remise et parfois même l'accotement de la route, en plus de la pulpe déposée dans le jardin attenant à la siroperie.

L'enseigne au-dessus de la porte nous fixe sur l'utilisation de ce bâtiment.

Marie :

Je vous relate une suite me communiquée le 30 juin 2003 par Marie LECLERCQ-PREVOT, épouse d'Emile.

"Emile a débuté avec son papa en 1923. Mariée en 1940, l'ai débuté à la siroperie en 1941.

Notre fille Josée nous a rejoint dans l'entreprise dès la fin de ses études en 1958.

Veuve en 1981, je continue avec Josée, à faire vivre cette entreprise familiale, au grand bonheur des amateurs de ce sirop unique.

Nous avons terminé la saison 1989. Fini la siroperie !

J'ai revendu les cuves à Mr NYSSEN, un siropier d'Aubel. "Siroperie artisanale d'Aubel", avec qui nous avons gardé de bons contacts; je garde ici un dépôt de son sirop. Que ferais-je ans la bonne odeur de ce produit que j'ai manipulé durant ... 48 ans.

Le bâtiment a été vendu à mon fils Fernand qui y a installé son atelier de menuiserie".

Le matériel de la siroperie :

Il faut pousser le nez à l'intérieur pour voir que le sirop y est toujours fait "à l'ancienne".

Un matériel datant d'un autre temps attire l'attention.

Tout doit être en cuivre rouge, seul métal à résister aux acides des fruits.

La première cuve a une épaisseur de 2 mm pour les parois et de 8 mm pour le fond, sa contenance est de 13 hectolitres 64, pour une hauteur de 90 cm et un diamètre de 1m40.

La deuxième est de même type, mais d'une contenance de 11 hl 81. De même hauteur et d'un diamètre de 1m30.

Deux foyers en sous-sol, tout en briques réfractaires pour les foyers et en briques ordinaires pour les cheminées, d'une hauteur d'environ 2m, se terminant  par des buses d'Eternit de 30 cm de côté, surmontées d'un chapeau en tôle. Les grilles des foyers sont, comme il se doit, en fonte.

Le combustible est, en premier, un bon fagot pour l'allumage, ensuite le feu est tenu par des briquettes du charbonnage de Wérister. Des briquettes de 31 x19 x13 cm, pour un poids de 9kg500.

En moyenne 350 kg de ce combustible sont utilisés journellement, donc 37 briquettes, au prix de 7.590 frs la tonne, rendu, plus 6% de T.V.A., en 1985. Les briquettes sont entreposées dans une cave extérieure au bâtiment, et découpées pour pouvoir les introduire dans les foyers.

Une presse hydraulique d'une puissance de 200 kg / cm², actionnée par un moteur de 2 CV, d'une longueur de 1m10 x90 cm et de 80 cm de hauteur. L'encadrement est fait de lattes en bois très dur et le fond  est incliné vers la citerne, de 93 x 89 x 73 cm.

Un refroidisseur consiste en un bac incliné, déposé sur une table à roulettes, d'une contenance de 150 kg de sirop. De là, une tuyauterie amène le jus de fruits vers les cuves.

Quelques accessoires trônent çà et là. Un mélangeur fait d'un manche en bois et d'une plaque en cuivre à l'extrémité. Des seaux d'une contenance de 12 litres, une louche pour remplir les seaux, une écumoire, une assiette, une cuillère et un tuyau de caoutchouc utilisés au remplissage des récipients définitifs.

Les contenants :

Des boîtes en carton paraffiné ou "Monos" d'une contenance de 450 gr, que l'on achetait 1,50 frs, les 900 gr à 2,50 frs.

Des boîtes métalliques, vernies or à l'intérieur : les 450 gr à 3 frs, les 900 gr à 4 frs, les 5 kg à 15 frs et les 11 kg à 25 frs. (Les prix donnés datent de 1985).

Les journées de travail à la siroperie :

Un travail qui demande beaucoup de méthode et de minutie.

Levées à 3h30 pour commencer à allumer le feu pour la première cuve à 4h et mettre le contenu de la deuxième cuve dans la presse;

La première cuve commence à cuire le jus vers 6h30. Le jus de la deuxième coule de la presse dans la citerne et sera reversé dans la cuve pour y être recuit. Il est dès lors 8h.

Donc, les fruits sont cuits une première fois pour ensuite être pressés afin de ne garder que le jus qui, lui, sera recuit et donnera le sirop.

La première cuve sous feu, la seconde sous presse, il est temps de manger un bout, tout en jetant un oeil sur l'ensemble.

Nous nettoyons la presse pour la débarrasser de sa pulpe, environ 10 à 12 mannes seront enlevées et sorties du bâtiment, nous en gardons 3 mannes à l'intérieur. Il est 9h ; nous déjeunons avant de mélanger pendant plus d'une heure le sirop qui cuit, afin qu'il n'adhère pas au fond de la cuve.

Comme on le fait pour la confiture, on puise un peu de sirop que l'on pose sur une assiette, il refroidit, ce qui permet de constater s'il est "à point". Il est bon à être sorti de sa cuve. A l'aide d'une louche, il est transvasé dans des seaux pour être versé dans le refroidisseur. Le sirop, une fois refroidi, est mis en pots. La cuve est nettoyée pour être de nouveau remplie de jus pour la cuisson suivante. On couvre le feu de pulpes. Il est 10h30, la deuxième cuve va être bonne à mélanger durant une bonne heure. Il est enfin l'heure de diner et de prendre un peu de repos. Pas vraiment le temps de chômer, il y a toujours un oeil qui traîne du côté des cuves et des foyers à recharger; pas question de rater une cuisson. Le travail reprend dans le même esprit jusqu'à 19h. Alors les fruits raffinent toute la nuit pour être mis sous presse le lendemain matin.

Un roulement s'effectue en continu, une cuve cuit des fruits pendant que l'autre cuit le jus sorti de la presse. Le jus cuit à point est ainsi transformé en sirop et versé dans leur récipient. La cuve est nettoyée et le cycle reprend.

Le travail à la siroperie ne s'arrête pas là, il y a le déchargement des camions de charbon venus de Wérister et de fruits, principalement achetés dans la région de Saint-Trond et de Verlaine en Hesbaye.

Pour une cuisson de bon sirop, il me faut, pour 200 kg de pommes, 550 kg de poires.

Après le souper, il me reste encore un peu de force pour faire la comptabilité. Il est 10h30 quand je me mets au lit; je dois me lever le lendemain à l'aube.

Des particuliers m'apportent leurs fruits, principalement des pommes que je presse en sirop ou en jus destiné à faire du cidre.

Pour 100 kg de fruits et quelques francs, ils reçoivent 12 kg de sirops.

La période de travaille s'étale de la mi-septembre à la fin octobre ou  la mi-novembre, voire de fin août au 20 décembre car cela dépend des fruits !

Qui, de notre génération, n'a pas poussé la lourde brouette "à planches" remplies de pommes jusque chez Emile et n'est pas renté à la maison avec ses pots de grès contenant le précieux sirop et d'en "plaquer" nos tartines ou de remplir les trous des galets que nous avait préparés maman.

Récapitulatif :

Pour 1.600 kg de fruits crus par jour, on extrait 1.200 litres de jus. Pour cela, il faut entre 400 et 450 kg de charbon.

Les fruits viennent  par camions de 10 tonnes; il faut environ 3h pour le déchargement.

Le charbon nous vient de Wérister par briquettes, ensuite par boulets, plus légers à manipuler.

Les récipients en carton sont fabriqués en France, mais achetés à Bruxelles.

Les boîtes métalliques sont fabriquées à Beyne.

Le sirop est vendu dans les magasins de la région, sur les marchés publics, à des particuliers qui viennent de Belgique et de l'étranger.

Le prix de ce sirop (toujours en référence de 1985)

Pour 450 gr = 53 frs, 900 gr = 100 frs, 5 kg avec vidange (boîte métallique) = 500 frs et en vrac à 95 frs le kg.

Sources: Emile Detaille, "Les Echos de Comblain", 1956 et Ivan Rasquin, "Les Echos de Comblain", août 2003.

Géolocalisation
50.48330608942723 ; 5.566399097442628