La fête à Mont

La fête foraine et les cramignons au sortir de la guerre de 1940-45.

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Dans un article publié par un "toutes-boîtes" régional, j'ai eu le grand plaisir de lire que certains habitants du sympathique village de Mont-Comblain tentaient de réinstaurer un esprit festif qui avait disparu depuis pas mal d'années et qui prévalait lors de la fête au village, à savoir le 2ème dimanche de septembre. J'aurais aimé constater "de visu" la concrétisation de ces très louables intentions mais, hélas, la date coïncidait avec celle de mon séjour alsacien.

Toutefois, pêcheur convaincu de puis ma prime jeunesse, j'ai lancé mon nylon de ci de là pour ferrer les renseignements qui m'étaient indispensables. Et j'ai appris des tas de choses dont je vais vous conter les principales. Mille regrets si vous les connaissiez déjà.

L'initiateur de ce renouveau n'est autre que Fabien Lallemand, fils d'Albert, mieux connu "de mon temps" sous le sobriquet  de "BOUNAME". Fabien et son néo-comité ont réussi le tour de force de ramener, au coeur même du village, un petit carrousel, un stand de tir, un autre réservé à la pêche aux canards plus un chapiteau (nous sommes en Belgique, non ?).

Ajoutez-y l'incontournable barbecue et les indispensables buvettes.

Seuls les cramignons que l'on projetait de relancer ne se sont pas manifestés mais il n'empêche que cette petite fête foraine a fait vibrer les cordes sensibles des amateurs de folklore et de tradition. Le vendredi soir, les moules-frites avaient été à l'honneur lors de la réception (payante) mise sur pied par le Comité du R. MONT F.C. Bref, c'est là un  début très encourageant et je souhaite à fabien LALLEMAND et à ses troupes une totale réussite pour septembre 2003.

Quant aux cramignons, je me permets d'y revenir avec une certaine nostalgie pour en avoir vécu entre les années 46 et 50.

Attention ! Il s'agit de participations actives.  Il y en eut bien avant et, sûrement, bien après.

A l'époque, le petit carrousel se nichait dans l'angle supérieur de la petite cour triangulaire située devant l'ancienne Union Coopérative mais je ne puis préciser où s'installaient les autres attractions. Nous ne connaissions pas encore les buvettes montables (et donc démontables) et c'est sans la raison pour laquelle les cramignons allaient bon train.

Les endroits pour faire "le plein" étaient de bons gros bâtiments bien solides que je vous cite pêle-mêle : le café de la Coop, tenu par POYON et son épouse Marie, la maison COLLINET et ses escaliers abrupts, la ferme MOTKIN, l'école communale de mon oncle Fernand GAVAGE et de ma tante Germaine et peut-être d'autres que j'oublie. De plus et exceptionnellement pour le jour de la fête, de braves particuliers hélaient le cramignon qui stoppait pile pour s'enfiler quelques pèkèts. (C'est bien connu, les cramignons doivent zigzaguer).

Et ainsi, filles et garçons, se tenant par la main, serpentaient dans rues et ruelles jusqu'au prochain point de chute (sens figuré). Voilà pourquoi ce folklore s'incrusta longtemps dans le village. Se rendant d'un endroit à l'autre en chantant, les participants étaient "forcés" de parcourir une bonne partie de la localité.

C'était gai, c'était simple, c'était entraînant, c'était "à l'oeil" en certains endroits et c'était bon pour la santé (mais moins pour le foie).

Pour sortir un peu du contexte, je me rappelle cette mémorable soirée passée lors d'un bal dans la petite salle de la Coop. L'orchestre avait mis fin à nos ébats à 3h pile et nous étions une bonne vingtaine à en redemander. Rien n'y fit mais Laurent PAHAUT, prenant l'initiative de poursuivre les festivités, me pointa du doigt. "Robert va tchanter et nos alans fé crâmignon". Impossible de refuser quoi que ce soit à Laurent.

Le cercle aussitôt formé, toutes mains serrées, se mit en route. Dans la plus pure des improvisations éthyliques, des bribes de chansons et de très nombreux "la la la" remplacèrent lamentablement l'orchestre mais on ne dansait plus en couple. Le cramignon de fin d'après-midi avait repris ses droits.

Laurent PAHAUT, le maître de cérémonie, donnait le signal du "break" et tout le monde s'entassait aux environs du petit comptoir, le visage rouge comme une crête de coq et la respiration courte. Au lieu de tourner la manivelle d'un "graphophone", Laurent anesthésiait mes cordes vocales par moult gorgées de pèkèt. Dois-je ajouter que le lendemain, j'avais le verbe court.

En conclusion, je m'adresserai à Fabien et à son groupe que je soutiens moralement dans leurs efforts. En décentralisant, pour un temps à déterminer, les endroits de "rafraîchissement", peut-être serait-il possible de retrouver le mécanisme folklorique du cramignon. C'est tout le mal que je leur souhaite.

Source : R. MARTIN, La fête à Mont, Echos de Comblain, novembre 2002, p.83.

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