A propos du mot "Halleux".
Pour ceux qui aiment les étymologies.
Lorsque l'on recherche la signification d'un mot, il faut étudier celui-ci dans l'espace et dans le temps.
a) Le mot "Halleux" dans l'espace.
La dénomination "Haleû" qui s'applique à un hameau de notre commune, n'est pas isolée dans la toponymie wallonne. On la rencontre ailleurs dans notre province ainsi que dans le Luxembourg et le Namurois.
Dans la province de Liège :
â haleû, li haleû (au Halleux, le Halleux) à Comblain-au-Pont;
li bwès d'haleû, sur le territoire d'Esneux; lès trîhes dè bwès d'haleû, à Poulseur;
â haleû, à Charneux, dans l'arrondissement de Verviers; è haleû, à Gomzé-Andoumont;
a Halû, à Halleux-lez-Nandrin.
Dans le Luxembourg :
al grande haleû, Grand-Halleux dans l'arrondissement de Bastogne;
al petite haleû, Petit-Halleux près de Grand-Halleux;
aux haleus, Halleux-lez-Marche, terme générique pour "o grand Haleu" (Grand-Halleux) et "o p'tit Haleu" (Petit-Halleux).
Dans la province de Namur :
a Alwè, Halloy-Braibant (lez-Ciney);
a Aljou, Haljou ou Petit-Halloy, hameau proche de Halloy mais situé sur le territoire de Ciney.
A ces termes, nous pourrions peut-être ajouter : al halète (Hollogne-aux-Pierres), è halète (Durbuy), so haleûr (Stembert) et â halê (Arbrefontaine, arrondissement de Bastogne).
b) Le mot "Halleux" dans le temps.
Halleux-Comblain ne nous apparait dans les documents qu'en 1451, sous la graphie phonétique de "Haleu".
Le Docteur Thiry, dans son "Histoire d'Aywaille", tome IV, 2e partie, page 419, mentionne la forme Haleur citée en 1523 au cadastre ancien.
Grand-Halleux est signalé en 1526 sous la forme Halle-le-Viel.
Halleux-lez-Marche nous livre des renseignements plus intéressants. Il apparait en effet déjà en l'an 687 sous la forme Haletum et en 1270, sous les graphies Haloir et Haleur.
c) Que penser de la signification du mot "Halleux" ?
Les renseignements fournis par les deux chapitres précédents nous permettent de tirer plusieurs constatations intéressantes :
1) L'aire de dispersion du mot "Halleux" nous montre que ce toponyme devient de plus en plus fréquent au fur et à mesure que l'on se rapproche de notre frontière orientale. Il y a donc présomption pour une origine germanique.
2) Le "h" initial aspiré qui se maintient intact dans l'Est du pays (haleû) disparait dans le Namurois (alwè). Cette seconde constatation nous indique que le terme d'origine commençait par la lettre et le son "h" (1).
3) le suffixe wallon -eû, -eu, -û, -wè, que nous remarquons dans le toponyme qui nous intéresse, ainsi que la mention haletum de l'an 687, nous apporte un précieux appoint : haletum, haleû, halû, alwè, etc... veulent dire : "lieu planté de..." tout comme oneû (alnetum) veut dire : lieu planté d'aulnes, aunaie ; hèstreû, hêtraie ; fètch'reû, fougeraie, etc.
4) Halleux est un nom de localité ou un simple lieudit.
5) Il a donné naissance à des noms de famille : Halleux, Hallu, Dehalleux, Dehallu, d'Halloy, etc.
6) Il a vu se développer un diminutif : Haljoux.
7) Il est parfois féminin comme nous venons de le voir : nous l'avons vu avec ce genre en 1538 et 1545.
8) Il a servi jadis de nom commun puisque l'on dit encore le Halleux, au Halleux, au Grand-Halleux. Mais le sens que nous cherchons s'est perdu. Que faire pour le retrouver ? Le latin ne fournit aucun terme qui nous permettrait de trouver la solution. Nous devons donc nous adresser au germanique.
d) Les étymons proposés.
1. Halleux voudrait dire : lieu planté de noisetiers (coudraie).
Dans son dictionnaire liégeois-français, Jean Haust explique le mot Halleux au moyen de l'allemand Hasel et du suffixe latin -etum. La forme première du mot aurait donc été Haseletum. Mais cette hypothèse se heurte à une grosse difficulté. En effet, le "s" étymologique se maintient toujours en wallon (schola - li s(i)cole; monasterium - li mostî ; festa - li fiesse) (2) et haletum de l'an 687 ne le possède même pas (3).
2. Halleux désignerait un groupe de buissons épais et serrés.
Nous préférons nous rallier à l'opinion de Hatzfeld (1932) qui fait dériver le français hallier et l'ancien français halot (bûche ou buissons) d'un radical hal qui paraît être d'origine germanique. Et nous dirons comme lui que le halleux de Wallonie est l'équivalent du français hallier. Nos halleux sont en effet situés au bord d'une eau courante donc, chez nous, au pied de versants boisés couverts de taillis et de buissons.
Halleux-Comblain est sur l'Amblève; Halleux-Esneux, sur l'Ourthe ; Halloy, sur le Bocq ; Haljoux, sur le Leignon ; Grand-Halleux, sur la Salm, etc.
Nous ajouterons, pour être complets, que d'aucuns font dériver le mot hallier, attesté au 15e siècle, d'un radical hasla, rameau, d'où l'allemand hasel et le flamand hazel, ce qui nous ramène à la première hypothèse.
En résumé, l'étymologie de Halleux n'est pas nettement établie mais, en tout cas, il faut assigner à cet intéressant toponyme hybride, à radical germanique et à suffixe latin, le sens de lieu où croissent des arbrisseaux.
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(1) Lorsque le liégeois "h" devient "ch" en namurois (ex/ hurer et churè ; mohe et moche) c'est que l'étymon latin ou germanique dont ils dérivent commençait par sc ou sk.
(2) Le "s" étymologique a seulement disparu en wallon dans quelques mots : insula, île ; asinus, âgne ; nestali, nâlî et dans ces cas rares, la voyelle est longue, ce qui n'est pas le cas ici.
(3) Notons également que la coudraie se dit "côreû" en wallon.
Source : Emile Detaille, "Les Echos de Comblain" d'octobre 1953.
