Que signifie le mot "Géromont" ?
Le mot "Géromont" n'a, pour ainsi dire, subi aucune modification orthographique depuis le jour où les documents stavelotains parvenus jusqu'à nous, nous le font connaître en 1451.
A part le "Géroumont" du 23 juillet 1507, et compte tenu de quelques "Gérômont" ou "Géraumont" parfois rencontrés sur des cartes de géographie modernes ou sous la plume de personnes étrangères à l'endroit, la forme "Géromont" nous apparaît comme ayant traversé victorieusement plus d'un demi millénaire.
Pour étudier rationnellement les lieux-dits, il faut, répétons-le encore, les examiner dans l'espace et dans le temps, se baser sur la prononciation dialectale locale et ne pas rejeter, de prime abord, les graphies fantaisistes des scribes, car souvent elles apportent, malgré tout, une aide précieuse et même parfois définitive pour l'établissement de la signification primitive d'un mot.
1. Géromont dans l'espace géographique.
L'aire de dispersion du mot qui nous intéresse est des plus restreintes. Au fait, il semble n'exister que deux "Géromont" : l'un dans notre commune et l'autre, dans le territoire de Malmedy.
Il s'agit donc d'un toponyme fort rare et, par conséquent d'autant plus digne d'intérêt (1).
2. "Géromont dans le temps".
Les premières mentions que nous avons pu recueillir touchant Géromont-Comblain et Géromont-Malmedy datent densiblement de la même époque. Celui-ci est cité en 1423 et le nôtre en 1451.
3. Appellations dialectales locales.
Dans les deux communes, Géromont se dit "Djèrômont".
Seule la préposition qui accompagne le mot varie. chez nous, on dit è Djèrômont, et, le plus souvent, par contraction, è Dj'rômont. A Malmedy, on dit uniquement a Djèrômont.
Ajoutons pour être complets, que les Géromontois sont dits, en wallon des Djèrômontîs ou des Dj'rômontîs et les Géromontoises, des Djèrômont'rèsses ou des Dj'rômont'rèsses.
Ces termes cachent parfois une nuance de plaisanterie ou de dénigrement comme cela a lieu, en général, pour tous les villages où les habitants ont un gentilé.
Comme nous l'avons déjà dit plus haut, nous devons baser notre étude sur la prononciation patoise. En effet, le mot francisé, Géromont, contient un o qui a la même valeur que le o de roche, soc, bol et ne tient, par là, aucun compte du son ô de Djèrômont.
Tout le problème consiste ainsi à rechercher la signification du mot Djèrô, car le sens du mot "mont" parle de lui-même et n'échappe à personne. Les "monts" de notre Wallonie sont de fortes collines tout simplement. Un jour jour, sur l'une d'elles située près de Comblain, une fermier du nom de Djèrô construisit un petit domaine agricole dont la dénomination devint "Djèrômont", "le mont de Djèrô" et s'appliqua ultérieurement au village qui se forma à l'alentour.
D'où provient le mot "Djèrô" ?
Il provient sans nul doute, d'un prénom fort ancien et disparu depuis longtemps.
Gérard serait-il à l'origine du premier terme ? Tout comme Bernard qui se disait Bièn'hâ et Bièrnâ, en vieux wallon, tout comme Evrard qui avait abouti à Evrâ et comme tous ces prénoms germaniques, terminés à l'époque par -hard, Gérard a abouti à Djèrâ et aurait donné Djèrâmont, ce qui est contraire à la prononciation dialectale locale et à toutes les graphies rencontrées.
Géréon aurait donné naissance à Djèrèyon ou à Djèriyon et à Djèrèyon-mont.
Géron, forme diminutive de tous les prénoms terminés par -ger, comme Oger (devenu Ogéron), Notger (Notgéron), Béranger (Bérengeron), puis, réduits à la finale Géron, aurait engendré Géron-mont.
Girard se serait présenté sous la forme Djirâ et aurait donné Djirâmont.
Jérôme serait, de son côté, devenu normalement Djèrôme et nous aurait livré Djèrôme-mont où nous aurions entendu deux m.
Il ne nous reste plus qu'à examiner Gérald et sa variante Gérold (2).
Il est acquit par la science, que les noms d'origine germanique dont le second terme était -wald ont aboutit à -old ou -olt ; à ô, au (et même on et eu finalement). Ainsi Bernwald, devenu Bernold, donne Bièrnhô-hé, à Dolhain ; Deorowald devenu Derold, aboutit à Dèrô-mont, à Grand-Halleux.
Or, Gerwald a abouti, lui aussi à Gérald, Gérold, Géraud et même Giraud.
En conclusion, Géromont-Djèrômont peut provenir de Gérald, Gérold devenus en wallon Djèrô.
En réalité, s'il n'y a que deux Géromont en Wallonie, on doit constater que le prénom Djèrô-Gérô est très abondant dans les lieux-dits.
Nous le retrouvons en pays flamand dans Grammont qui a été faussement traduit par Geraardsbergen ou "mont de Gérard".
Grammont se disait en effet Geraldi montensi en 1068 et nous le trouvons sous la forme Géraumont en 1202.
Géronsart, commune de Jambes (Namur) était Geroldi sartum en 1141.
Gérouville dans le Luxembourg était Girulsart en 1230.
Nous trouvons également Géralfalize et Gérôvoie à Bellevaux (pr. de Liège) ; Géraucourt est cité en 1313 à Buzet (Hainaut) ; Giraubrou se situe à Wavre (Brabant) et Gérôpont en 1278.
Il est enfin, un dernier nom de personne d'origine germanique duquel Géromont a pu tirer son premier élément. C'est Gero qui devait aussi, normalement, aboutir à Djèrô.
La seule objection que l'on puisse soulever ici c'est que Gero est très rare, disons même isolé, et semble avoir disparu de bonne heure. Nous tenions quand même à le signaler.
En résumé, malgré les citations tardives de notre hameau, nous pouvons établir de façon quasi certaine, que Géromont devrait se dire en français Gérômont et qu'il signifie "le mont d'un nommé Géraud-Djèrô".
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(1) Edgard Renard, dans son étude sur "Géron" et Jonruelle" (Liège, 1936, chez Vaillant-Carmanne) signe un troisième Géromont dans la commune de Lierneux. Renseignements pris auprès de MM. Joisten, notaire ; Dumoulin, secrétaire communal ; Lejeune, géomètre du cadastre et Andrianne, licencié en philosophie et lettres, ainsi qu'auprès de nombreux habitants, il n'existe, à Lierneux, aucun endroit appelé Géromont ou Djèrômont, mais seulement deux toponymes qui lui ressemblent, à savoir è rômont et è groûmont.
Nous exprimons nos remerciements aux personnes ci-dessus nommées, qui ont bien voulu nous aider à tirer ce point au clair.
(2) Nous constatons que le "Recueil des Chartes de l'Abbaye de Stavelot-Malmedy (Halkin et Roland, tome 1er, allant de l'an 644 à l'an 1200) que -ald varie constamment avec -old. En voici quelques exemples : Liutpald, Liutpold ; Hubald, Hubold ; Hildebald, Hildebold ; Reimbaldus, Reimboldus ; Rotaldus, Rothuldus ; Wibaldus, Wiboldus ; Tiebald, Tietboldus, etc...
SUPPLEMENT
"Djèrô" était évidemment le nom d'un wallon, mais ce mot s'était dit "Gerwald" à l'origine, c'est-à-dire à l'époque des invasions franques.
Si nous examinons maintenant le mot Gerwald lui-même, nous constatons qu'il a d'abord signifié "forêt triangulaire".
"Ger" est le radical qui se retrouve dans le français "giron" et dans le wallon "djèron", ce dernier, souvent rencontré en toponymie où il désigne une terrain triangulaire (synonyme = ine îpe, terrain ayant la forme triangulaire d'une herse).
Il nous serait malaisé de donner une idée de l'antiquité de Géromont. Nous venons de le dire : les documents anciens nous font défaut, mais cela ne veut nullement dire que la localité soit récente. Bien au contraire ! Par le fait même que l'on dit "Géromont" et non "le mont de Géro", nous pouvons affirmer que le village s'est formé pendant le Haut Moyen-Âge, c'est-à-dire au cours des premiers siècles qui ont suivi les invasions des Germains. C'est sous l'influence directe de ces derniers que se sont formés de très nombreux nom de lieux composés de deux éléments dont le premier est déterminant (= du fermier Géro) et, le second, le déterminé (=ici, la colline où il construisit sa métairie).
Source : Emile Detaille, "Les Echos de Comblain", mai 1968.
