Les inondations en Ourthe-Amblève
Tour d'horizon des inondations recensées dans la collection des "Echos de Comblain".
Décembre 1849
Au lieu-dit "vieux Rivage" dont les maisons ont été détruites lors du dédoublement de la ligne de chemin de fer. Témoignage de Pierre-Joseph LAURENT de Chanxhe :
"L'an 1849, au mois de décembre, il est tombé une grande quantité de neige que, de mémoire d'homme, on n'en avait jamais tant vu. Le 30 janvier et le 1er février, le dégel s'annonçait par une pluie douce. Le jour de la Purification, l'eau était dans notre maison à 6h du matin et elle croissait toujours. La pluie n'avait pas encore cessé de tomber le soir à 7h; elle arrivait dans notre chambre le dimanche 3 février 1850; à 1h du matin, l'eau était montée jusqu'à la hauteur de 2 pieds dans la chambre".
"Les haies avaient toutes été renversées et les terrains fort endommagés. Jamais pareille inondation n'était arrivée sur l'eau d'Ourthe; Dieu veuille que ce soit la première et la dernière fois".
Décembre 1925
"Nos rivières étaient comme des bras de mer d'une impétuosité et d'une force jamais vues. De nombreuses maisons durent momentanément être abandonnées". On enregistra 60 cm d'eau dans l'église de Chanxhe. Cette crue fut qualifiée de crue séculaire par les experts.
Janvier 1948
Crue brutale de l'Ourthe et de ses affluents : la plus forte hausse depuis 1925.
Février 1952
Inondation complète du bas de la place Leblanc et de la rue des Ecoles durant de longues heures par les eaux du Val et du ravin de Mont.
Février 1956
Chutes de neige suivies de fortes gelées de jour comme de nuit avec des températures constantes avoisinant les moins 20°C. Les troupes du Génie utilisent de la dynamite pour dégager les piles des ponts et permettre à l'eau de s'écouler. Le 1er mars, vers 10h du matin, spectacle grandiose, impressionnant et jamais vu : l'Amblève grossit subitement d façon effrayante, charriant une armée de glaçons, gros comme des tables de dolmens, qui raclent sans pitié les berges, les arbres et les clôtures bordant la rivière. Une bonne partie de ces amas de glace vient envahir les prairies basses du Halleux et surtout du Pont-de-Sçay. On dénombre 101 caves inondées le long de l'Amblève. Le 3 mars, un brise-glace du pont en bois du Pont-de-Sçay est détruit par un gros bloc de glace : par mesure de précaution, l'accès du pont n'est plus permis qu'aux piétons, ainsi qu'aux cyclistes et motocyclistes poussant leur véhicule. Peu après, les eaux décroissent rapidement, laissant sur les lieux une banquise qui donne au site un aspect de région arctique. Sur l'Ourthe, un dégel brusque du 1er au 3 mars provoque, le premier mars, la rupture de la grosse conduite d'eau du Néblon place Neuforge, privant d'eau potable une cinquantaine de communes. Le 3 mars en soirée, Comblain subit l'inondation : d'énormes glaçons, charriés par le courant, s'entassent et se superposent, obstruant le passage d'eau de la fonte, ce qui entraine une montée brutale du niveau de l'Ourthe (à Esneux, en 57 secondes, le niveau monta d'un mètre !).
Avril 1956
La police locale recense les immeubles inondés : ils sont 139 sur le territoire de Comblain dont 33 rez-de-chaussée.
Janvier 1958
96 maisons ont été atteinte par les eaux de crue dont 30 au rez-de-chaussée et dans les caves et 66 au niveau des caves seules.
Janvier 1961
Inondations désastreuses dans les quartiers "habituels" pour les 2 rivières mais aussi beaucoup de dégâts au centre de Comblain par le torrent impétueux du Val.
Mai 1977
Le lundi 16 mai à 18h30, une trombe d'eau s'abat sur la région pendant 2h. Quatre torrents dévalent des hauteurs, charriant des eaux boueuses, se rencontrent sauvagement sur la place Leblanc, y amenant des troncs d'arbres, branchages, détritus de toutes sortes et quantité de pierres emportées comme des fétus de paille.
Juillet 1980
Inondations désastreuses : le 20 : inondation de la place de Comblain par le torrent du Val et les eaux dévalant de Mont; le 21 : routes coupées, les caravanes s'encastrent sous le pont; tout le bassin wallon est affecté.
Février 1984
Fortes pluies et subites inondations les 6, 7 et 8 de ce mois.
Mars 1988
Grosses inondations du 12 au 18 : le 17 : le mur du quai de l'Ourthe (à hauteur du garage Luigi) s'effondre, entrainant dans les flots le garde-corps et une bonne partie de l'accotement asphalté sur environ 25m de long.
Décembre 1991
Inondations surtout importantes dans le bas du village de Comblain-la-Tour.
Décembre 1993
A Comblain, au quai Kepenne, le niveau d'eau est quasi comparable à celui de 1925. Ecroulement, à Comblain-la-Tour, du mur de soutènement de la "maison polonaise" : le niveau atteint par les eaux est proche, voire supérieur à celui de 1926; partout les dégâts sont importants. Le patron de la "Rose Pimprenelle" signale que les eaux qui ont envahi ses deux caves sont à une température proche de 20°C !
Quelques données des services officiels des Voies hydrauliques de Liège.
Hauteur des eaux lors de quelques fortes crues (en période de basses eaux (étiage), l'altitude de la rivière au pont de Comblain est d'environ 96m).
1980 1984 1988 1991 1925
Pont Comblain-la-Tour 107,53 107,50 107,48 107,65 108,07
Pont Comblain-au-Pont 101,65 102 101 101,76 102,49
Pont-de-Sçay 100,26 100,12 99,88 100,23 100,71
Pont de Chanxhe 96,01 96,40 96,42 96,66 97,48
Av Ourthe Poulseur - - 94,25 94,54 95,56
Une rumeur persistante lors des inondations dans la vallée de l'Ourthe : "Le barrage de Nisramont a lâché ses eaux".
Ce barrage est un barrage-réservoir (eau alimentaire) fixe. Une fois rempli, il ne peut que laisser passer par ses pertuis situés au-dessus de son mur déversoir, toute nouvelle arrivée d'eau provenant de l'amont.
Les travaux entrepris sur le cours de nos rivières.
En 1958, les Services provinciaux nettoient et consolident les berges de l'Amblève. Un dragage soigneux est réalisé au confluent de nos deux rivières et une petite île est enlevée à hauteur de l'école communale du Pont-de-Sçay.
En 1988, l'entreprise Legros d'Anthisnes répare le mur de soutènement, le garde-corps et l'accotement du quai de l'Ourthe.
Des barrages mobiles, faciltant l'évacuation du débit de crue, sont construits à Laroche-en-Ardenne, Barvaux, Hotton, Tilff, Colonster, Streupas et les Grosses-Battes.
Des digues anti-crues protègent certains quartiers très menacés par les eaux à Barvaux, Durbuy, Esneux notamment.
Des opérations de dragage du lit de la rivière ont lieu aux endroits bien connus (ex : pont de Comblain-la-Tour) où les matériaux charriés s'accumulent au fil du temps et forment de véritables bouchons dans le lit mineur.
A Comblain-centre, l'île, située dans le méandre du quai de l'Ourthe, est entièrement évacué de la rivière qu'elle partageait en deux chenaux étroits.
Une solution définitive (?) envisagée.
Il s'agissait de la création de réservoirs de crues : le projet prévoyait la construction de deux réservoirs d'une capacité de 10 millions de m³ chacun à réaliser en amont du barrage de Nisramont, l'un sur l'Ourthe occidentale et l'autre sur l'Ourthe orientale et d'un troisième en amont de Durbuy capable lui aussi de contenir jusqu'à 10 millions de m³ en période de crue.
La Division des barrages de l'Est, auteur des premières études des sites et des volumes d'eau à capter en fonction des mesures pluviométriques, a vu son projet capoter suite aux oppositions rencontrées essentiellement au niveau d'associations dont la préoccupation première n'avait rien à voir avec la sauvegarde de la qualité de vie des riverains de l'Ourthe.
"On peut rêver d'une rivière sauvage et libre telle que fut l'Ourthe aux temps reculés, quand elle pouvait tout à son gré étaler largement ses eaux dans une vallée inoccupée.
La présence, à notre époque, de lieux habités, villes et villages et de toute infrastructure routière et ferroviaire, impose des concessions".
"Sous l'amour de la nature, la haine n'est pas négligeable".
Les travaux à Comblain.
A. Le bassin d'orage.
Pour pallier les graves inconvénients provoqués par les orages s'abattant sur le plateau de Géromont, le Conseil communal vote la construction d'un bassin de rétention des eaux de pluie dans le Val, ancien lieu de passage du tram vicinal Comblain-Ouffet. Les travaux débuteront le 13 avril 1991. Depuis cette date, le bassin a eu l'occasion de se remplir à plusieurs reprises sans éviter toutefois tous les débordements sur la place. Le rendement de cet ouvrage, associé à la construction d'un nouvel égouttage, rue de Mont et place Leblanc, s'est grandement amélioré.
B. Le mur anti-crues.
Le système comportera une protection fixe disposée le long de la rivière en amont et en aval du pont du vicinal. La longueur de cette protection sera de 655m (160m en amont, 495m en aval du pont). Ce mur sera fondé sur un rideau de palplanches métalliques battues (enfoncées) jusqu'au niveau de la roche.
La hauteur hors sol maximale sera limitée à 110 cm par rapport au niveau du terrain côté habitations.
Aux endroits critiques (là où les habitations ne seront pas suffisamment protégées par le système anti-crues), une structure amovible temporaire pourra être mise en place pour augmenter la hauteur de protection. La récolte des eaux infiltrées se fera par un drain disposé le long de la protection fixe. En période de hautes eaux, les eaux drainées seront dirigées vers la station de pompage avant d'être rejetées en aval de l'ouvrage dans la rivière.
Une maçonnerie de moellons de pierre naturelle recouvrira toutes les parties visibles de l'ouvrage et la face supérieure sera couverte par ne pierre bleue.
La station de pompage des eaux claires et celle des eaux usées seront complètement enterrées. Le bâtiment technique sera réalisé dans l'ancienne maison d'habitation située près du parc à conteneurs.
Dans le projet, les arbres abattus pour permettre la réalisation des travaux seront remplacés par une plantation d'arbres à haute tige feuillus d'essence locale : plantation d'une centaine de pièces le long de la voirie entre les nouvelles place de parking et à proximité du bâtiment technique et masquant la clôture en treillis de protection du site.
Les riverains ne sont pas oubliés : 60 places de parking dont 3 pour personnes à mobilité réduite seront réalisées notamment entre la voirie et le mur anti-crues.
Source : Les Echos de Comblain, avril et mai 2011.
