Le troisième tronçon (non réalisé) du canal de l'Ourthe

Le troisième tronçon (non réalisé) du canal de l'Ourthe

Nos carrières de grès et de petit granit. Nos minières de fer en 1857.

Informations

Ces quelques lignes en hommage à M. Robert Dalem d'Esneux, auteur, avec André Nélissen, de la belle étude intitulée : "Mille ans de navigation sur l'Ourthe et ses affluents". (Editions J. Petitpas, Bomal-sur-Ourthe 1973).

Le premier tronçon du canal, commencé à Rivage-en-Pot, en 1847 et terminé à Chênée en 1854 fut suivi par celui allant de Chênée à Comblain, entamé en 1853 et fini en 1857.

La "Grande Compagnie du Luxembourg" concessionnaire de l'ouvrage pensait bien réaliser un troisième tronçon. Elle s'informa sur les possibilités d'activité et de rendement de celui-ci, témoins quelques documents anonymes, écrits par différents scribes et réunis dans une feuille double.

Nous donnons ci-après la teneur de ces papiers, combien précieux, touchant nos carrières de grès et de petit granit ainsi que nos mines de fer à ciel ouvert ou souterraines.

Etant inclus dans la même farde, nous pouvons raisonnablement admettre qu'ils datent de 1857 (dernière date citée) et ont été directement sollicités par la société qui avait réalisé le canal de l'Ourthe de Rivage-en-Pot à Comblain.

1. Carrière de petit granit, située à Mont, commune de Comblain-au-Pont, appartenant à M. Mathieu Franck (1).

Le nombre d'ouvriers occupés actuellement à cette carrière est comme suit :

4 rocheteurs,

3 épinceurs,

4 manoeuvres et bardeurs,

15 tailleurs de pierre, moyennement.

On confectionne environ 40 mètres cubes par mois, représentant une valeur de 2.000 à 2.500 francs.

On exploiterait plus du double, si les moyens de transports étaient assurés d'une manière régulière.

Le papier à lettre bleu pâle, sur lequel figurent les renseignements susdits porte en relief, dans le coin supérieur gauche :

Mathieu Franck

Ingénieur civil

Liège

Cette carrière a débuté par la partie gauche, en montant vers le village. Cette portion fut, bien plus tard, appelée "li marmite" à cause de sa configuration.

Lorsque commencèrent les travaux à cet endroit, il fallut d'abord, comme pour toutes les exploitations de pierres, procéder à des "d'hoviètes", littéralement : des "découvertes", consistant à mettre à nu la surface supérieure du rocher. Ces travaux furent "confiés" à des femmes qui transportèrent sur des brouettes, les terres reposant sur la partie supérieure du roc.

Ces femmes, soumises à un travail si rude, gagnaient seulement cinquante centimes par jour. Nous ignorons le nombre d'heures quotidiennes qu'elles effectuaient mais elles étaient certainement, et de beaucoup, supérieures aux huit heures qui furent si durement acquises, bien plus tard.

(D'après les souvenirs de M. Félix Degrange de Mont, que nous remercions cordialement).

2. Monsieur Mention occupe en ce moment à ses carrières de Comblain-au-Pont :

Hez Leruth : 60 hommes

Havée Madeleine : 50 hommes.

Dans le cas où le canal se ferait, ces chiffres pourraient aisément être doublés.

Année ordinaire : nous confectionnons 1.200 mètres cubes, pierre de taille - 400 mille pavés, granit.

3. MM. Scion et Malemprée, à la carrière de Géromont, à l'amont de Comblain-au-Pont, ont actuellement pour ouvrir la carrière 25 ouvriers. Si la navigation devenait régulière, ils pourraient en employer 100 qui feraient par an un million de pavés. Le poids moyen étant de 10.000 kg par 1.000 pavés.

Note : il s'agit ici de grès.

4. Fabrication de pavés aux carrières de Géromont et Heid Keppenne, du 30 septembre 1855 au 30 septembre 1856.

6.475 bordures. 3° Ech. - poids 30.000 kg les 1.000 p.

9.073 bordures 4° Ech. - Poids 22.500 kg les 1.000 p.

6.480 bordures 5° Ech. - Poids 15.000 kg les 1.000 p.

59.475 pavés 2° Ech. - poids 1.500 kg les 1.000 p.

137.238 pavés 3° Ech. - poids 10.000 kg les 1.000 p.

174.608 pavés 4° Ech. - poids 7.500 kg les 1.000 p.

221.575 pavés 5° Ech. - poids 5.000 kg les 1.000 p.

59.700 pavés 1/2 Ech. - poids 4.000 kg les 1.000 p.

Desaive sur Comblain-au-Pont, 16 carrières à pavés occupant 47 ouvriers pour le moment; dans un mois, il y en aura un tiers de plus.

Destiné, dans sa carrière en granit, 7 ouvriers.

Renard, dans sa carrière en granit, 9 ouvriers.

Flagothier et Compagnie dans leur carrière en pierre de granit, 23 ouvriers.

Note : nous n'avons pas pu identifier ces carrières.

A la Préalle, la société Cockerill et l'Espérance occupent pour le moment 45 ouvriers mineurs.

Note : il s'agit du bâtiment et du lieu-dit appelé : "l'ouhène", c'est-à-dire "l'usine".

L'exploitation était souterraine. Le tunnel conduisait de la dite "ouhène" au site d'extraction de Géromont-mines, fut construit par la société "Cockerill" elle-même. Le tunnel porte la date du 9 avril 1852.

Avant cette construction, le minerai de fer était amené à la surface en remontant des bures. Il était amené aux lavoirs de Comblain au moyen de charrettes.

Sur Xhoris et Comblain-la-Tour, 55 ouvriers mineurs.

Note : Extraction du minerai de fer à ciel ouvert.

Du 1er juillet 1856 au 30 juin 1857, la société John Cockerill et celle des charbonnage et Hauts Fourneaux de l'Espérance, à Seraing, ont reçu ensemble 4.800 chars de minerai de fer des dépôts de Comblain-la-Tour et de la Préalle.

Ces minerais pèsent en moyenne 1.800 kg par char de minerai, soit 9.540.000 kg.

Note : Nous ne savons pas où se trouvait le dépôt de Comblain-la-Tour. Celui de la Préalle était à "l'ouhène". Le minerai était transporté par "bètchète", rustique bateau des "Oûtelîs" ou bateliers de l'Ourthe.

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(1) Il s'agit de la carrière appelée en wallon : "li pièrîre dè Mont", située un peu en contre-bas de la siroperie Leclercq et du chemin dénommé "li vôye dè moûnî".

Source : Les Echos de Comblain, décembre 1984.

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