Anomalie administrative.
Article de M. François Dimbourg extrait du n°12 du "Bulletin de Comblain" sorti en février 1937.
La commune de Comblain-au-Pont est, comme chacun le sait, chevauchée sur l'arrondissement administratif de Liège et sur l'arrondissement judiciaire de Huy.
De cette situation bigle résultent, pour la vie civile de nombreux Comblennois, de multiples inconvénients :
1) Lors des élections, c'est à Louveigné que les urnes précieuses achèvent leur voyage, parce que nous faisons partie, au point de vue électoral, du district Fléron - Louveigné.
C'est donc à Louveigné que maints présidents de bureaux comblennois eurent l'occasion de se signaler par leurs connaissances approfondies en matière électorale : la recherche des "quorum".
Aller à Louveigné aux frais des contribuables, avec leur nickel; Louveigné, endroit délectable où il est possible de se coller quelque chose de sérieux derrière la cravate ; non, à proprement parler, ce n'est pas un inconvénient pour tout le monde.
2) Mais lorsqu'il s'agit d'un procès, de modestes torgnoles, d'un droit de passage, d'une bricole, d'un conseil de famille, d'un renseignement, c'est alors la justice de paix à Nandrin qui est compétente et qu'il faut alors entreprendre le pèlerinage à travers les boues du Condroz.
Ou bien, s'il s'agit de choses plus graves, de litiges plus importants ou si la torgnole était en réalité un match de pancrace entre amateurs, c'est alors la magistrature de Huy qui a son mot à dire. Il faut alors risquer le voyage au long cours vers la cité mosane, avec la désolante perspective d'une remise de l'affaire.
De sorte que l'on a pu dire que, dans un procès, les frais de déplacement coûtent plus cher que les frais du procès lui-même ; aussi, l'on hésite avant de se rendre chez "Madame Thémis" comme disait l'un de nos vieux concitoyens.
3) Et s'il nous faut parler des tristes chevaliers sans peur mais avec reproches, qui ont à purger des jours de boîte, c'est à Namur que, depuis la suppression de la prison de Huy, ces honorables se voient octroyer une villégiature aux frais de la collectivité. Et, commodément installés dans la cité de M. le ministre Bovesse, il leur est loisible de fredonner sur l'air connu :"Derrière les verrous de la petite ville".
Ne serait-il pas plus simple qu'ils aillent cacher leur honte dans les cours triangulaires de Saint-Léonard ?
Je suis bien certains que ceux de nos concitoyens qui ont vécu cette regrettable aventure ne peuvent plus dire, après avoir entendu le "crac" de la serrure de la grosse porte qui les a retranchés à temps du nombre des vivants, le fameux dicton : "Vive Namur po tot!"
4) Et voici toute une série de cas qui montre à suffisance combien notre régime est disparate et compliqué :
Pour M. le Procureur du Roi, pour les descentes du Parquet, pour le Greffe Civil et pour le Tribunal de Commerce, pour le Bureau des Hypothèques, le Bureau du Timbre, c'est à Huy qu'il faut s'adresser.
Pour toutes les choses administratives, pour les Comités de Patronage des habitations ouvrières, c'est à Liège, ainsi que pour le Cadastre.
Pour les amendes du Timbre, c'est Huy et Namur, mais pour la taxe professionnelle, c'est Esneux et Liège que cela regarde.
Mais comment donc cela s'est-il produit ? Eh bien ! c'est une vieille histoire qui date de la formation du royaume belge.
Vers l'an 1835, s'ennuyait à Anthisnes, en son orgueilleux manoir, le tout puissant seigneur d'Omalius, membre du Congrès National, à Bruxelles. Mais cela ne pouvait suffire à sa soif de briller glorieusement parmi les personnalités politiques. C'est pourquoi il résolut de se rendre éligible à Liège et, pour ce faire, en un tournemain, il intégra dans l'arrondissement de Liège sa commune d'Anthisnes, et du même coup, comme point de liaison, la commune de Comblain-au-Pont.
M. d'Omalius se fichait, comme de sa première culotte, de tous les ennuis qui devaient en résulter pour nous dans la suite.
Conçoit-on, par exemple, qu'avant la guerre de 1914, lors du tirage au sort, les conscrits de Comblain allaient tirer leur numéro à Esneux, tandis que les conscrits de Poulseur se rendaient à Hamoir pour la même formalité. Est-il trop tard aujourd'hui pour réparer ce malencontreux "fait du prince" ?
Il y a deux solutions possibles :
Ou bien, rattacher Comblain-au-Pont et Anthisnes à l'arrondissement administratif de Huy.
Ou bien, si l'on respecte le voeu des intéressés, rattacher Poulseur, Comblain-au-Pont, Comblain-Fairon et Hamoir à l'arrondissement judiciaire de Liège, canton de Louveigné. Anthisnes ferait partie comme auparavant de l'arrondissement administratif de Huy et Poulseur entrerait dans l'arrondissement administratif de Liège.
Et pourquoi même, l'une des communes de la ligne de l'Ourthe ne deviendrait-elle pas le siège de la Justice de Paix ?
Il est en effet curieux de constater que de Liège à Marche, on ne rencontre pas un seul tribunal de Justice de Paix. On dirait que c'est à dessein que le législateur les a relégués dans des endroits inaccessibles comme Ferrières, Nandrin, Durbuy, Louveigné.
C'est à croire vraiment que le législateur dans sa haute sagesse, ou celle qu'on lui prête, a voulu faire réfléchir et écoeurer les citoyens animés trop vite d'ardeurs procédurières.
La conclusion c'est que notre commune de Comblain-au-Pont, centre ferroviaire très important, pourvue d'une belle gendarmerie, la plus populeuse de la contrée, devrait normalement devenir le siège d'un tribunal de Justice de Paix, et l'on réparerait ainsi une injustice dont nous sommes victimes depuis un siècle.
Nous rappelons que cet article était écrit en 1937.
Source : "Les Echos de Comblain", février 1952.
