Un ancien bourgmestre : Joseph Paulus
Résumé d'un entretien qu'il eut avec Alphonse Dehan en 1933.
Il y a eu soixante ans le 3 janvier dernier (ndlr : texte écrit en 1993), M. Joseph Paulus était nommé Bourgmestre de Comblain-au-Pont. Né à Ferrières le 12 août 1884, il exerça son mayorat pendant trente années dans notre commune avant de s'éteindre le 24 août 1963.
"Je reviens justement de Liège où j'ai été prêter serment de bourgmestre". C'est par ces paroles que m'accueille le nouveau responsable de notre commune.
Q. - Avant votre nomination officielle, vous étiez déjà faisant fonction ?
R. - Oui, j'ai commencé mon apprentissage en la matière dès le nouvel an. A vrai dire, je n'y tenais guère, car ces fonctions sont, vous vous en doutez, une source perpétuelle de soucis, de visites, de démarches de toutes sortes.
Q. - Cependant, étant donné votre profession, n'étiez-vous pas le mieux qualifié du groupe majoritaire pour être élu ?
R. - Qui sait ? En tout cas, je puis vous dire que, tout comme moi, mes amis sont pleins de bonne volonté. En ce qui me concerne, je vous dirai aussi que je prends le gouvernail à un moment où la situation générale est grave. Dans notre commune, comme partout ailleurs, les charges sont lourdes, voire même écrasantes. D'autre part, les revenus sont des plus médiocres. Et quand je parle de charges, je cite surtout et principalement le chômage. Songez que la commune compte plus de 450 chômeurs, rien que dans l'industrie de la pierre. A côté de cela, il y a encore un nombre important de métallurgistes et de travailleurs divers. Cette charge de chômage grève lourdement notre budget. Les emprunts à long terme étant impossibles, sous peine d'endetter terriblement les générations futures, il faudrait pour remédier à cette situation que l'on commence bientôt les grands travaux dont on parle toujours et dont la mise à exécution est sans cesse reportée.
Après cette charge écrasante du chômage, dont je viens de vous parler, la commune doit supporter les dépenses ordinaires, c'est-à-dire payer les eaux et l'électricité, rémunérer le personnel communal, entretenir 35 kilomètres de routes empierrées et les chemins de campagne. Soit dit en passant, nous avons trop peu des trois cantonniers actuels. Nos premiers projets concernent la distribution des eaux à Hoyemont ; par la suite, nous veillerons à donner satisfaction à Mont et à Géromont, ainsi qu'à Fraiture qui n'est qu'insuffisamment desservi par les conduites de Sprimont. Une école gardienne s'avère nécessaire à Oneux. L'avant-projet est adopté et l'emprunt contracté ; l'approbation ne tardera sans doute pas. Plus tard, nous verrons comment résoudre la question (si épineuse) de l'éclairage des rues. Comparativement à ces dépenses, nos recettes sont chétives, surtout que la Heid de Géromont (il s'agit d'une carrière) est toujours à louer, ce qui constitue pour nous un manque de revenus de 60.000 frs au bas mot. Quant au marché, il nous rapportera 25.000 frs pour 1933. Telles sont les quelques indications que je puis vous donner pour le moment. Aussitôt que le budget sera établi, venez le consulter tout à votre aise. Vous pourrez alors mieux vous rendre compte de la situation actuelle de notre commune.
J'acquiesce à cette proposition. Et tandis que je fais honneur aux liqueurs que Mlle Paulus vient de nous offrir avec une grâce charmante, j'écoute mon hôte qui me narre, de sa voix calme et posée, sa vie de travail.
J'apprends ainsi que ses débuts professionnels ont eu lieu à la carrière de Hagoheid, alors qu'il n'avait que treize ans à peine. Dans la suite, il a été occupé à Comblain où il a connu celle qui allait devenir sa femme, et dès lors, il s'est fixé définitivement dans notre localité.
C'est en 1921 qu'il a été nommé secrétaire de la centrale des ouvriers de la pierre à Poulseur, et qu'il a troqué le lourd "mat" pour le porte-plume.
Tout comme sa compagne l'avait rendu père, un arrêté royal tout récent l'a rendu maire.
Telle est la très courte histoire de notre bourgmestre, lequel me répète lorsque je prends congé de lui : "Toujours à votre disposition, quand vous voudrez".
Source : ADE, Un ancien bourgmestre : Monsieur Joseph Paulus, Echos de Comblain, janvier 1993, p. 4 et 5.
