Opération villages roumains
Elan de solidarité suite à la révolution en Roumanie.
1. Opération "villages roumains".
Initiée en Belgique en 1988, cette opération a été à l'origine d'un vaste mouvement de protestation contre la politique de "systématisation des villages roumains", consistant en une mise en coupe réglée du monde rural par la destruction de l'habitat traditionnel et le regroupement des villageois dans des cités de type "HLM".
Ce mouvement de protestation a provoqué l'adoption de plusieurs milliers de villages roumains par des communes suisses, françaises, néerlandaises, anglaises et belges, dont la commune de Comblain-au-Pont.
2. La Roumanie et Ceaucescu.
Né le 26 janvier 1918, Nicolae Ceaucescu connaît une jeunesse agitée et fort peu honorable avant de militer dans les rangs du parti communiste et de participer à sa prise de pouvoir, en 1947, avec l'abolition de la monarchie.
En 1946, il épouse Elena Petrescu et sa soif de pouvoir.
Dès 1954, Nicolae est considéré comme le numéro deux du parti dont il devient, en 1965, secrétaire du parti des travailleurs de Roumanie. En 1967, il se fait élire en qualité de président du Conseil d'Etat. Il transforme à partir de cette date, le régime roumain en une autarcie. Dictateur, il institue un véritable culte de la personnalité, se faisant désigner sous les titres de "Conducator" (= guide, führer, duce) et même de "Geniul din Carpati (génie des Carpates).
Une de ses marottes fut de repeupler la Roumanie par une politique nataliste contraignante pour une population connaissant la précarité et des revenus fort modestes. Si la population augmente effectivement, des milliers d'enfants sont abandonnés par leurs familles, incapables de subvenir à leurs besoins et placés dans des orphelinats d'Etat, mal gérés.
Le régime s'effondre après le massacre de manifestants anti-communistes dans la ville de Timisoara, le 17 décembre 1989. Le 21 décembre de cette même année, une manifestation à Bucarest, diffusée en direct, censée confirmer le soutien populaire au régime, se transforme en une démonstration massive de protestation contre le régime. Le lendemain, les manifestants envahissent le bâtiment du Comité central dans lequel Ceaucescu présidait une réunion. Les époux Ceaucescu rejoignent un hélicoptère sur le toit du bâtiment afin de gagner un palais de province et de reconstituer les forces encore fidèles au régime. Selon l'une des versions circulant en Roumanie, le pilote, manquant de carburant, pose l'hélicoptère dans la campagne à proximité d'une ferme. Pourchassé, le couple aurait été rattrapé et enfermé dans une voiture de police dont les occupants suivaient, à la radio, la suite des événements pour deviner dans quel sens le vent allait tourner. Les Ceaucescu sont livrés aux forces armées qui fraternisent spontanément avec les manifestants.
Le 25 décembre 1989, après un procès expéditif de 55 minutes, Nicolae Ceaucescu et Elena Petrescu sont condamnés à mort et fusillés aussitôt dans la base militaire de Targoviste, à 50 km de Bucarest.
Suite à cette chute du régime "Ceaucescu", un vaste élan de solidarité et d'aide d'urgence à la population roumaine traverse l'Europe occidentale, via les animateurs de l'opération "villages roumains", évoquée ci-dessus.
Comblain va prendre sa part.
La nouvelle de la mort du couple Ceaucescu va précipiter les événements. Lors du réveillon de Nouvel an la décision est prise d'envoyer le plus tôt possible un convoi à destination de MINZALESTI, le village roumain que nous avons adopté et de rassembler en un temps record un maximum de colis de vivres, vêtements, matériel scolaire... qu'une équipe de bénévoles triera dès le lendemain dans la salle des fêtes du complexe communal au "Grand Pré"(siège à l'époque de l'administration communale).
Feront partie du voyage : pour Comblain : Georges Bulthuis, Franz Coulée, Lazlo Németh, Godfried Winklehner ; pour Poulseur : Christian Bougard, Benoit et Victor Mathy.
Le village de Minzalesti avait été adopté par notre commune pour sa proximité avec celui choisi par Esneux où le "Karpat Club" de Michel Dewez était très actif dans l'opération "villages roumains"
Le convoi comprend : un véhicule de la firme Schoonbroodt de Battice, un véhicule d'Esneux, un de Stavelot, celui de Comblain, une jeep.
3. Récit du premier voyage en Roumanie de Comblennois.
(A partir des notes de voyage de G. Bulthuis).
Mardi 2 janvier 1990 :
Camion et véhicules chargent les marchandises à Comblain, Esneux et Stavelot et rejoignent Battice à 17 heures. Le patron de la firme Schoonbroodt ne veut pas laisser partir son camion car, selon les informations recueillies auprès du Ministère compétent, il faut des licences spéciales pour aller en Roumanie. Le patron se laisse cependant fléchir devant la détermination de tous de tenter le voyage et, vers 18h50, le convoi s'ébranle en direction de l'Allemagne où l'entrée s'effectue sans problème particulier.
22h15 : nous faisons le plein à Hockenheim ; 02h00 : nous sommes à Nuremberg.
Mercredi 3 janvier :
05h20 : 720 km parcourus : nous sommes à Bubem à la frontière autrichienne ;
07h30 : nous déjeunons à Linz et à 11h, nous atteignons Vienne ;
12h00 : nous arrivons à la frontière hongroise après avoir effectué 1160 km depuis le départ ; les formalités sont un peu longues ; nous rencontrons des Suisses du Valais qui demandent à nous interviewer, ce que nous acceptons bien volontiers ;
16h00 : nous traversons Budapest ;
18h30 : Nous arrivons à Szolnok, nous nous arrêtons à l'hôtel Pélican où nous décidons de passer la nuit après avoir garé soigneusement nos véhicules ; nous sommes à 1440 km de la Belgique.
Le souper se passe dans la bonne humeur au son de la musique hongroise ; nous sommes optimistes quant à la réussite de notre voyage.
Jeudi 4 janvier :
08h00 : départ par beau temps. Avant la frontière roumaine, nous faisons le plein de tous les véhicules en DM.
13h00 : nous atteignons la frontière roumaine (ici il est 14h). Nous recevons un bon accueil des soldats roumains qui nous parlent de la révolution en cours et des problèmes du moment. Un capitaine, très sympathique, nous aide à remplir les formalités tout en accélérant le contrôle de nos papiers. La curiosité est générale.
Avec Franz, je prends des renseignements auprès de Suisses de Genève qui sont sur le chemin du retour ; ils nous disent leur satisfaction des contacts francs et de l'aide reçue de la part des Roumains.
15h00 : départ en direction de la ville de Axente Sever que Stavelot a adoptée. Les personnes croisées et les enfants nous font le signe de la victoire tandis que des véhicules de notre convoi distribuent de petits cadeaux aux enfants des villages traversés. Nous n'osons pas cependant nous arrêter. Les deux chauffeurs du camion, Benoit et Didier, râlent parce qu'ils n'ont rien à donner.
Nous traversons Oradea et mangeons à la sortie de Cluj Napoca sur une aire de parking.
17h00 : La route devient dangereuse, elle est verglacée, du brouillard réduit notre vitesse à 30 ou 40 km/h ; Didier conduit comme un chef, il nous donne confiance.
19h20 : nous arrivons à Axente Sever par une route droite sans éclairage, sans personne dans la rue. Je fais arrêter le convoi et entre dans une cour où j'ai aperçu un peu de lumière, je frappe à la porte et demande en italien à la dame qui m'ouvre si elle peut nous aider. Elle ne me comprend pas, rentre dans la maison et revient avec son mari qui comprend assez bien mon italien. Après m'avoir versé un verre d'alcool, cet homme part à la recherche de la présidente du village et des conseillers. Une demi-heure plus tard, tout le village est réuni et écoute le représentant de Stavelot préciser qui nous sommes et pourquoi nous sommes là (ces propos sont traduits par une dame qui comprend le français).
Immédiatement, c'est la fête dans leurs regards et vin et alcool nous sont offerts. Sur la demande de Stavelot, une chaîne humaine se forme pour décharger les caisses et les entreposer dans les bureaux de l'administration locale. Devant l'enthousiasme des villageois pour leurs hôtes étrangers, la présidente est obligée d'ouvrir une liste et de désigner les logeurs et les logés.
C'est à 23h que je gagne ma famille d'accueil où m'attend un repas frugal mais je devrai attendre 4h du matin pour m'allonger quelques heures après avoir répondu à un flot de questions.
Vendredi 5 janvier :
Après le déjeuner et le rassemblement de toute notre équipe, après les embrassades et les promesses de s'écrire, nous reprenons la route à 10h en direction de Brasov.
Premier gros problème : batterie et embrayage du camion sont gelés (il a fait entre -20 et -25° pendant la nuit). Si le dépannage de la batterie sera rapide, le camion va rouler toute la journée sans embrayage. Le camion d'Esneux voit son mazout geler à plusieurs reprises et nous décidons d'aller de l'avant vers Brasov avec le semi-remorque.
15h30 : arrivée à Brasov après 2074 km ; nous y retrouvons les Esneutois et partons ensemble vers l'hôtel des Carpathes pour nous réchauffer, boire du café, téléphoner à nos familles et changer de l'argent. Ensuite, je prends place dans une voiture de police qui guide notre convoi pour traverser la ville rapidement. Ces policiers nous indiquent la route à suivre pour gagner Minzalesti par une départementale. En chemin, le conducteur d'un camion que nous croisons nous déconseille de poursuivre car le semi ne passera pas.
Didier (chauffeur du semi) embarque dans la jeep avec son chauffeur pour une reconnaissance. A l'entrée d'un chemin forestier, ils sont arrêtés par des soldats (?) armés et menaçants. Ils exigent passeports, cigarettes, vêtements, argent. Heureusement, Didier a sur lui des "lei" que je lui ai donnés et a le réflexe de signaler aux tontons macoutes que le camion est à quelques kilomètres plus bas avec la police. Cela calme ces seigneurs de la guerre et la jeep peut faire demi-tour.
Nous décidons de reprendre l'itinéraire que nous avions prévu et nous arrivons à Buzäu vers 200h, il fait -13°.
Le premier hôtel aperçu nous paraissait douteux, nous décidons d'aller à l'administration de la ville. De nombreux soldats, fort nerveux, ceinturent l'hôtel de ville et nous en interdisent l'entrée, il y a aussi des chars. Retour aux véhicules pour expliquer la situation et nous décidons d'une nouvelle tentative, Franz et moi. Elle réussit et nous sommes introduits dans la salle du conseil. Après une heure de discussion, les autorités comprennent notre action humanitaire. Ces gens sont émus et heureux de nous aider à trouver un hôtel convenable et un repas froid.
A notre demande, ils téléphonent à Minzalesti et nous apprennent qu'un semi-remorque hollandais a déchargé une cargaison dans notre village d'adoption. Déçus mais heureux de l'accueil, nous décidons de déposer tous les médicaments à l'hôpital de la ville et nous partons nous reposer.
Samedi 6 janvier :
Tandis que Lazlo et Godfried aident au montage des chaînes sur le camion, nous prenons la route de Bisoca, route étroite, sinueuse mais... le paysage est superbe. Depuis Brasov, on se croirait en Sibérie.
Village de deux mille habitants, Bisoca vit encore comme on vivait chez nous, il y a 100 ou 150 ans. Je repars en direction du camion pour lui déconseiller de monter à Bisoca. A la demande de Didier et à sa grande joie, nous décidons de distribuer à Sarulesti, village oublié par l'aide internationale, des livres, des friandises, des boissons tandis que Michel Dewez cherchait de plus petits véhicules pour atteindre Bisoca.
Avec les chauffeurs du bahut, nous décidons de gagner Minzalesti, but de notre voyage. Arrivés sur place, nous cherchons la mairie et, grâce à Stela, directrice d'école parlant l'italien, nous pouvons communiquer avec le maire, lequel nous raconte qu'en effet un camion de la Croix-Rouge hollandaise a tout déchargé chez eux. Il nous propose de déposer le restant de notre stock à l'orphelinat de Beceni où vivent deux cents enfants de 2 à 6 ans, victimes de la politique démographique forcée de Ceaucescu. Nous retournons d'abord à Sarulesti afin de trier les caisses, celles prévues pour l'hôpital du Buzau, celles pour Bisoca et Sarulesti puis nous gagnons l'orphelinat. Quelle tristesse ! Quelle abomination !
Rappelez-vous les images bouleversantes vues à la TV de ces orphelinats roumains et de ces enfants mal nourris et à peine habillés ! Nous les avons vus !
A 18h30, nous sommes de retour à Minzalesti où la population nous attend pour nous loger et nous nourrir. Franz et moi, nous nous retrouvons dans la famille de Stela (notre traductrice), laquelle nous décrit la vie du village, les problèmes rencontrés, les 10 km par jour qu'elle effectue à pied pour gagner son école où il n'y a pour les enfants ni cahier, ni bic, ni tout autre matériel scolaire. Nous lui promettons de lui faire parvenir un minimum (promesse tenue lors du second voyage en Roumanie).
Dimanche 7 janvier :
Le rassemblement des troupes est prévu à 9 heures pour prendre le chemin du retour. Nous sommes là à l'heure mais le véhicule de Christian n'est pas encore arrivé pour nous reprendre : Christian devait traverser la rivière (il n'y a pas de pont !) et il est resté bloqué par la glace. Les gens sont venus le dépanner et nous partons seulement vers 10 heures.
Embrassades, accolades et départ émouvant.
Nous partons pour Buzäu mais, en cours de route, nous décidons ensemble de pousser jusqu'à Bucarest où nous sommes heureux d'arriver sains et saufs car la route est terriblement verglacée.
Par hasard, je vois un nom de rue qui m'interpelle (S.O.S. Colentina) : c'est la rue où habite Simon CIOMAC dont nous avions fait la connaissance mon épouse et moi, en 1974, lors d'un voyage touristique en Roumanie. Sur la route de Bucarest à Costanza, nous avions chargé un couple d'auto-stoppeurs avec lequel nous avions sympathisé au cours du voyage ; depuis lors, nous avions entretenu une correspondance régulière avec ce couple de Roumains. Je frappe à la porte, un monsieur barbu ouvre celle-ci et je lui demande si je suis en présence de Simon Ciomac. Il me dit oui sans me reconnaître et j'enchaîne en disant : "je suis Georges". Il me dévisage, hésite, ouvre des yeux comme des soucoupes, se jette dans mes bras et me fait entrer. Les Ciomac vivent dans des conditions épouvantables, me disent qu'ils n'ont plus un sou et que leur travail n'est plus payé depuis des mois. Je dépose les petites choses que j'ai dans les mains, leur dit que j'ai très peu de temps à leur consacrer mais que je souhaite les présenter à mes amis.
Homme très cultivé, Simon nous donne alors, devant la caméra tenue par Franz, une interview extraordinaire sur les conditions de vie en Roumanie. Il me dit ensuite qu'il vient de vivre deux miracles en peu de temps : la révolution et mon arrivée.
Rapidement, nous sommes entourés de pas mal de personnes qui voudraient nous parler et nous remercier d'être là.
Désolés de les abandonner si vite, nous partons vers le centre de Bucarest, nous demandons le chemin à un passant qui propose de monter dans notre véhicule et nous dirige vers la villa de Ceaucescu au centre-ville. Grâce au document officiel de la commune de Comblain, nous réussissons à visiter la propriété : un réel coup de chance ! Notre guide nous montre ensuite la fameuse avenue réservée à la gloire du socialisme roumain. C'est tout bonnement débile et incroyable, indescriptible aussi. Quelle mégalomanie ! Néron et Hitler réunis !
Nous observons aussi les bâtiments détruits par la révolution en marche, l'armée sur pied de guerre et la population déposant des bougies là où il y a eu des morts notamment lorsque des chars sont entrés dans la foule.
Nous repartons enfin vers Ploesti, célèbre pour ses champs de pétrole et Brasov où nous espérons arriver à une heure raisonnable pour nous loger, manger et trouver du fuel. A peine arrivés, Franz, par un pur hasard, s'entretient avec un belge du nord qui connaît l'opération "villages roumains" de la partie néerlandophone et nous envoie à l'université où, après discussion, nous obtenons logement, souper et mazout sur le compte de l'association flamande : merci beaucoup !
Nous faisons également connaissance de Djury (Georges), étudiant ingénieur qui nous accompagne partout jusqu'au lendemain midi. Il est d'une grande gentillesse mais... cela ne l'a pas empêché de se battre contre la "Securitate".
Lundi 8 janvier :
Nous retournons à l'université où le responsable se bat, trois heures durant, pour nous trouver du fuel. C'est fait vers 12 heures et nous partons enfin vers Sibiu, Arad et la frontière. Nous arrivons à Seghed (Hongrie) vers 19 heures. Nous prenons le temps de souper et de réserver un hôtel à Budapest où nous arrivons vers 0h30, la tension se relâche, c'est la récréation !
Mardi 9 janvier :
La matinée est réservée à la visite de la ville pour certains et à l'interview d'un cameraman hongrois (Attila) pour Franz et moi. Nous sommes très bien reçus par ce monsieur, cousin de Lazlo, membre de notre groupe ; nous le quittons vers 15 heures car nous voulons rentrer non-stop chez nous (tout le monde a le temps long). Vers 21 heures, nous nous arrêtons en Autriche chez le frère de Godfried, autre membre de notre groupe, où nous soupons. Nous les quittons vers 0h30 et nous roulons pratiquement sans arrêt jusqu'à Comblain où nous arrivons le mercredi 10 janvier à 11h30. Nous avons effectué environ 5.000 km.
Nous sommes déphasés pour quelques temps !
Récit de voyage Georges Bulthuis.
Source : C.T. C'était il y a vingt ans, Echos de Comblain, décembre 2009, p. 89 et 90, janvier 2010, p. 6et 7 et février 2010, p. 11, 12 et 13.
Eté 1990 : second voyage :
Un second voyage est organisé vers la Roumanie avec, cette fois, des marchandises conformes aux besoins des Roumains rencontrés. Le déplacement se fera via la Yougoslavie encore en paix à cette date. Le semi-remorque Langevin et son chauffeur, Mr Constant LERHO, seront accompagnés de voitures privées et d'une équipe de Comblennois dont une moitié a participé au voyage de janvier.
Grâce à Mr Bougard, les caves de l'Université de Liège ont été "pillées" et du matériel scientifique devenu obsolète pour les étudiants liégeois est embarqué à destination de l'Université de Brasov où les cours de physique se donnaient avec la description du matériel nécessaire aux expériences via des catalogues, faute d'instruments.
A Minzalesti, nous apportons du matériel scolaire, des chaussures, des friandises,... Les autorités locales enfermeront provisoirement nos colis dans un local dans l'attente d'une décision unanime concernant le mode de distribution des marchandises aux habitants. Quant à nous, nous sommes invités à distribuer nous-mêmes le matériel scolaire dans les écoles. Chaque enfant passe devant nos tables garnies et reçoit cahiers, bics, gommes, crayons, orange... de la manière la plus équitable possible. Les enseignants se partageront des encyclopédies, chacun emportant un volume ou deux tirés de collections complètes !
La famille CIOMAC de Bucarest nous fera le plaisir de nous rejoindre à Minzalesti. Le soir, nous irons tous ensemble au restaurant, logeurs et Comblennois mélangés, à nos frais évidemment !
Les conditions de voyage ont été tout autres par rapport à celles rencontrées durant le mois de janvier et la détente de l'atmosphère est très perceptible.
Quelques anecdotes pour terminer ce long récit : je me souviens de notre stupéfaction lorsque, sur l'autoroute conduisant à Bucarest, un char à foin tiré par un cheval traverse la voie pratiquement sous notre nez ! Ou encore, lors d'un déplacement au crépuscule, après avoir franchi le sommet d'une côte, nous tombons sur un chariot zigzagant sur la route ou bien ces véhicules faisant fonctionner leurs phares par intermittence pour prolonger la vie des ampoules, celles de rechange étant introuvables. Il en était de même pour les essuie-glaces que le conducteur, en cas de pluie remettait précipitamment en place sur le pare-brise. C'était assez comique de voir ces voitures arrêtées à n'importe quel endroit de la chaussée pour permettre aux conducteurs de replacer les essuie-glaces.
Source : C.T., C'était il y a vingt ans, Echos de Comblain, mars 2010, p. 19 et 20.
