L'inauguration du premier parc national de Belgique

L'inauguration du premier parc national de Belgique

Le dimanche 14 avril 1946 a eu lieu à Comblain-au-Pont la cérémonie officielle de l'inauguration du parc national des Roches-Noires.

Informations

Une dizaine de membres du S.I.T. local, des représentants du Musée et M. Bouffa, secrétaire communal attendaient dès 11heures, devant la gare de Rivage, Messieurs les délégués d' "Ardenne er Gaume".

Quelle ne fut pas la surprise de tous de voir déboucher de la station, non seulement les personnalités attendues, mais aussi un nombreux contingent d' "Ardenne et Gaume", un peloton de marcheurs du "Vieux Liège" et des groupes divers : universitaires, entomologistes liégeois, "Amis de la Fagne", etc.

Parmi les hôtes de marque qui rehaussaient la cérémonie, signalons M. le Commissaire Holloye, représentant M. le Gouverneur de la Province, empêché, MM. Bouillenne et Cosyn, respectivement Président et Secrétaire d' "Ardenne et Gaume", M. Delannoy, Président du "Vieux Liège" et des professeurs de l'Université Wallonne : MM. Verlinden, Leplat, Vandervael, etc.

Le cortège, groupant près de cent trente participants où la jeunesse des deux sexes était bien représentée, se mit en route pour Comblain.

Dès cet instant, le succès de la journée s'avéra complet : soleil radieux, ciel serein, brise légère, affluence nombreuse et alerte, cadre magnifique du paysage comblennois paré de sa claire robe printanière.

L'accès du village se fit par la rive droite de l'Ourthe, ce qui permit aux visiteurs d'admirer, non seulement le charme rustique et le pittoresque du bourg, mais aussi de voir se profiler dans le lointain, comme une toile de fond, les murailles des Roches-Noires et tout le parc national.

Au pont du tram, les personnalités du cortège furent reçues par l'Administration communale au grand complet. Puis, les visiteurs dont le nombre s'était accru d'une cinquantaine de Comblennois, traversèrent la Grand'Place, gravirent le raidillon de Saint-Martin et admirèrent du parc communal, le panorama grandiose de Comblain. De là, aux Roches-Noires, il n'y avait plus qu'un pas.

Bientôt, près de cent septante cinq personnes se trouvèrent au pied de la falaise, rassemblés autour du ruban symbolique placé par M. Deloge, garde particulier du parc.

Deux allocutions furent prononcées ; l'une par M. Le Bourgmestre Paulus, l'autre par M. le Professeur d'Université R. Bouillenne.

M. le Bourgmestre expliqua comment, sollicité de "sortir" un petit speech de circonstance, il s'accouda à sa table de travail et se mit à songer à son sujet... Tout à coup, il se sentit transporté en imagination jusqu'aux Roches-Noires où il vit des fées et des farfadets exécuter de folles danses accompagnées de chants d'allégresse. Il leur demanda le motif d'une joie aussi exubérante et ils répondirent : "Nous les fées, nous sommes les fleurs rares des Roches-Noires, - Et nous les farfadets, les insectes et autres bestioles qui avons toujours eu ces lieux comme habitat. avec ,os amis les "Lutons" vivant dans les anfractuosités de ces roches dolomitiques, nous venons la main ans la main, crier toute notre reconnaissance à "Ardenne et Gaume" de nous avoir sauvés".

Ce petit discours, si original et tout empreint de simplicité et de poésie champêtre, fut suivi d'une salve d'applaudissements tandis que les fleurettes faisaient des révérences et qu'une escadrille d'insectes paradaient dans le ciel des Roches-Noires...

M. Bouillenne prit à son tour la parole et, dans un discours très captivant, fit l'historique du parc national. Il évoqua le jour où, du sommet de ces murailles cyclopéennes, il pensa, qu'elles allaient disparaître à jamais. Il rappela l'idée que lui suggéra notre secrétaire communal de tenter la grandiose entreprise de réunir les fonds nécessaires pour acheter les Roches. Il retraça les pourparlers combien faciles et pleins de compréhension engagés avec la famille Senny, propriétaire de l'endroit. Il fit l'éloge de Mme Herman et de ses enfants qui ont permis aux promoteurs d'agrandir le parc national de façon très notoire. M. Bouillenne remercia enfin très sincèrement tous ceux qui ont versé leur quote-part à "Ardenne et Gaume" pour lui permettre d'acquérir le dit domaine.

Le président montra que les Roches-Noires, objet de fierté d' "A. et G;", étaient vraiment le sanctuaire où viendraient se recueillir géologues, botanistes et entomologistes.

Abordant le côté pittoresque, l'orateur montra que dans la diversité des choses qui tente les touristes, les beautés naturelles et les coins restés sauvages finissent toujours par provoquer et sauver le tourisme. A Comblain, déjà si favorisé à ce point de vue, échoit donc aujourd'hui un grand honneur, puisque désormais un site de toute beauté est sauvé en devenant parc national, le tout premier de Belgique.

"Nous en sommes aussi heureux que vous autres, Comblennois", ajouta l'orateur.

Ce discours, très applaudi, fut suivi du geste symbolique de l'inauguration. Un petit garçon, hésitant, les ciseaux en main, coupa le ruban que maintenait sa grande soeur.

Un dernier mot du président pour inviter les visiteurs à ne rien profaner dans le sanctuaire des Roches-Noires et les participant s'égaillèrent, qui dans les prés, qui dans les taillis, qui sur les crêtes rocheuses, qui en bordure du sentier. Un pique-nique, dont le charme était perdu depuis longtemps, commença en plein air.

Par après un mot d'ordre fut lancé à tout le monde : "Rendez-vous aux grottes à 3 heures !", où chacun put admirer d'autres merveilles locales.

Vers 16h30, les autorités officielles accompagnant les participants furent reçues à l'hôtel de ville par les autorités communales et le S.I.T.

La journée du 14 avril fera date dans les annales de notre village.

Source : Emile DETAILLE, l'inauguration du premier parc national de Belgique, Echos de Comblain, n°2, mai 1946.

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