Les vignobles de Comblain

Les vignobles de Comblain

George Laport écrit en août 1936 dans "Les Echos de Comblain", (repris par Ninie Dehossay en mars 2004).

Informations

Au Moyen Age, la vigne était très cultivée en Belgique.

Des documents authentiques permettent de constater que le Pays de Liège, le Brabant et une partie de l'actuelle province d'Anvers possédaient des vignobles florissants. Ils donnaient un vin apprécié et de bonne qualité.

En 1820, l'Académie de Belgique posa à l'un de ses concours les questions suivantes : "Quel était autrefois, dans ce pays, l'état de ses vignobles ? Quelles sont les causes qui ont fait abandonner cette culture ? Les causes sont-elles physiques et de nature à éloigner tout moyen de la rétablir avec succès ?".

Mr ANDOOR répondit à ce questionnaire et reçut une médaille d'encouragement. D'après ce chercheur, les vignobles disparurent au XVIe siècle. Leur destruction n'était pas d'ordre physique mais d'ordre moral; c'était la conséquence d'un état politique très troublé dans nos provinces aux XVe et XVIe siècles.

Seule, la vigne subsiste au Pays de Liège dans les vallées de la Meuse, de Vivegnis à Huy. Selon l'historien POLAIN au XVIe siècle, les clos produisaient annuellement 800 feuillettes. D'après COURTOIS, la superficie des vignobles était de 85 hectares en 1804 et de 125 hectares en 1825. Elle tombe à 33 hectares 41 ares en 1882.

Comblain-au-Pont a eu un vignoble. Il a laissé son nom à l'endroit où il était implanté : "quai des Vignobles". Son existence a été signalée au XVIIIe siècle et le docteur BOVY en a parlé dans son célèbre ouvrage "Promenades historiques au Pays de Liège", lors de son passage chez nous en 1837. Mais il a dû y avoir d'autres clos. A l'abri des Roches Noires, existe un lieu-dit "La Vigne".

Au-dessus de la gare de Liotte, le versant s'appelle la "heid des Vignoulles" que nous pouvons traduire par "coteau des petites vignes". Il est probable que les habitants du hameau de Liotte, disparu lors de l'établissement de la ligne de chemin de fer, cultivaient la treille en ces lieux.

En 1903, Mr ORBAN, de Quarreux, ayant observé qu'en Bourgogne, les ceps vivaient dans des terrains calcareux et ressemblaient à ceux qui existent aux abords du Halleux, demanda à mon père de tenter un essai. Mr ORBAN commanda en Bourgogne, des vignes qui furent plantées au lieu-dit "Sur les coucous". Les plantes reprirent très bien mais ne produisirent que de maigres grappes de raisins. Cette tentative n'eut pas de suite.

Vers 1908/1909, sur les conseils de Mr GENONCEAUX, de Huy, Mr Antoine PAHAUT, cultivateur à Mont, planta deux cents ceps sur le flanc Est du versant de Saint-Martin. Comme il résidait à une certaine distance de sa plantation, il chargea Mr Antoine JADIN, facteur des Postes, l'entretien du clos. Les résultats furent excellents. Les grappes atteignaient 20 à 250 gr. En 1914, des paniers de raisins furent envoyés à Liège et distribués dans les hôpitaux pour les soldats blessés.

A partir de 1915, le vignoble fut négligé et périclita rapidement.

Tels sont, à Comblain-au-Pont, les différents souvenirs qui se rapportent à la vigne.

Source : Ninie DEHOSSAY dans "les Echos de Comblain", mars 2004 reprend  un écrit de George LAPORT dans le même journal en août 1936.

Les variétés de vignes cultivées jadis à Comblain

Il est d'abord utile de rappeler les lieux-dits plantés de vignes.

A Comblain-centre, il y avait la falaise dite "rochers du vignoble" aux parois desquels étaient fixées des "hôtes vègnes". Nombreux sont encore les clous qui en témoignent.

Les autres vignobles étaient constitués de vignes basses, de "bassès vègnes", ayant comme tuteurs des échalas appelés alors des "passês".

A Comblain-centre, il y avait le lieu-dit "èl vègne", situé entre les Roches-Noires, le sentier desdites roches, le bosquet du parc Saint-Martin et le sentier qui mène au Chession. Nous ignorons son étendue, elle ne devait pas être conséquente.

Un document du Musée (notaire Aegidius H. Hardy) cite le 8 juillet 1782 "certaine pièce de terre extante en la vigne au lieu de Comblain".

Un autre acte notarial du 26 juin 1886 (document de M. Emile Luxen, de Comblain) parle des lieux-dits "saint martin et vigne".

La "vigne" est comprise dans la section cadastrale D (du plan Popp) et inclus les parcelles n° 962, 963, 964, 965, 966, 967a, 974, 975, 988, etc...

Le troisième vignoble porte encore un nom wallon, mais pourvu d'un diminutif indiquant sans aucun doute qu'il s'agit d'une culture de la vigne sur une étendue restreinte. Ce lieu-dit se disait indifféremment è vignou ou so l'vignou ou so l' vignoûle. Situation cadastrale : section E, n° 285, 286, 287, 288, 289, 290 et 295. Etendue exacte inconnue. Un lieu-dit allant jusqu'au ravin de la Belle-Roche et situé en contre-haut des vignes s'appelle encore "èl hé dè vignou". Situation : rive droite de l'Amblève, versant de Fraiture faisant face à la rue d'Aywaille, vers le bas de la côte, à droite du chemin de Liotte au dit Fraiture.

Pour être complets, signalons le dernier petit vignoble de la rue des Roches entre la colline et le chemin du "Troté-Bouhon". Il semble avoir été créé vers 1910 et avoir constitué un essai de réintroduction de la vigne à Comblain sous les auspices d'une société ou d'un organisme provincial. En 1914, ce vignoble a disparu après que les grappes eussent été données à un hôpital liégeois où étaient hébergés des soldats belges blessés.

Les variétés cultivées à Comblain sont mentionnées par le docteur Richard Courtois dans son livre intitulé : "Recherches sur la statistique physique, agricole et médicale de la province de Liège" (tome II, page 39. Edition 1828) :

"... Il y en a une petite plantation déjà ancienne sous Comblain-au-Pont, au bord de l'Ourthe. Elle présente quatre variétés principales, à savoir : 

1) le petit gris ou muscat blanc Duhamel nouv h (=?) ;

2) le petit morillon noir ou hâtif Duhamel ;

3) le gros morillon noir ou Saint-Laurent et

4) le chasselas blanc ou musqué et le chasselas doré ou de Bar-sur-Aube, moins répandu".

Suivent diverses considérations sur le mode de culture, et cette appréciation :

"Les vins récoltés sont en général de médiocre qualité, et ont un goût de terroir très prononcé ; mais dans les bonnes années, ceux de Huy tiennent le milieu entre les vins de Champagne et le petit Bourgogne. Ils ne se conservent en général que peur d'années, mais il y a des exceptions à faire. Ils entrent dans le commerce la première année, et ils se consomment en entier sur les lieux. Le produit est très inconstant, soit pour ce que les chaleurs sont insuffisantes pour amener le raisin à maturité, ou que les gelées du printemps sont trop tardives, ou celles d'automne trop précoces. Il n'est pas rare de voir une continuité d'années pendant lesquelles les vignerons ne peuvent obtenir aucune récolte.

Le produit d'une année moyenne sur sept est de 45 à 50 pots par verge (435 c 84) ; le prix moyen est de 25,5 cents le pot. Les frais d'entretien et de culture s'élèvent très haut de sorte que le bonnier tapporte à peu près cent francs aux environs de Liège..."

Il nous est impossible de dire depuis quand il y a eu des vignobles à Comblain.

Dans des notes que nous avons consignées à propos de Pierre Huart, seigneur de Grimbiéville t de Hébronval et sire officier du ban de Comblen, nous lisons : 

"en 1647 et en 1653, la poisse (= la pêche) sur l'Ourthe (entre Logne et Poulseur) fut accensée (= louée) au Sieur Huart, pour 80 florins" et "en 1651, le vignoble du mayeur Huart fut visité par des maraudeurs".

La vigne était donc déjà en honneur à Comblain à la date ci-dessus. Et certainement bien antérieurement.

Source : Emile DETAILLE,  Les variétés de vignes cultivées jadis à Comblain, Echos de Comblain, septembre 1985, p. 1 et 2.

Géolocalisation
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