Les douze maisons et le four banal
L'origine des "douze maisons" du quai de la Cité relatée par Ninie Dehossay dans les "Echos de Comblain" en janvier 1993.
A une époque déjà lointaine, Comblain-au-Pont disposait d'un moulin banal (= accessible à tous), datant de 1454, et d'une brassine (brasserie) également banale, construite en 1712. Tout utilisateur devait toutefois payer une dîme au seigneur de l'endroit. Pour Comblain, le bénéficiaire de ces redevances n'était autre que le Prince-abbé de Stavelot-Malmedy. L'occupation de notre région par les troupes française, en 1795, mit un terme au paiement de la dîme susdite. Au siècle dernier, le maître des carrières de la Heid Leruth (entrée du tunnel, coté Pont-de-Sçay) avait fait construire, pour ses ouvriers, un groupe de douze petites maisons adossées les unes aux autres. Il y ajouta la construction d'un four banal et le creusement d'un puits assez profond qui desservait les habitants du pâté de maisons en eau potable ou, du moins, susceptible de l'être. En effet, cette excavation était située à une vingtaine de mètres de l'Ourthe. Les personnes qui venaient y puiser l'eau devaient utiliser un long manche en bois qui se terminait par un crochet dans lequel se fixait l'anse du seau. Ce bloc de douze maisons était le seul bâtiment érigé sur "Po d'la" (par-delà l'eau). Les demeures ne comprenaient qu'une pièce et un débarras au rez-de-chaussée et deux chambrettes à l'étage. Toutefois, les contremaîtres disposaient de deux maisons à double capacité.
Pour se rendre au village, les habitants de "Po d'la" devaient utiliser un vétuste pont en bois qui enjambait l'Ourthe du quai des Bateliers (actuelle place Neuforge) à la maison natale de Jean-François de Neufforge, sur l'autre rive. Ce pont rudimentaire fut maintes fois emporté par les crues de la rivière.
Quand le four banal fonctionnait, il se dégageait un délicieux parfum de cuisson dans le petit quartier des douze maisons. Les ménagères s'arrangeaient entre elles pour établir un tour de rôle d'utilisation. Ce n'était que justice car celle qui devait allumer et réchauffer le four le lundi matin, brûlait beaucoup plus de bois pour le porter à la température voulue. Dès la première cuisson terminée, une autre "boulangère" prenait le relais, réchauffait le four puis y glissait ses grosses boules de pâte levée. Cette chaine sociale et solidaire ne se terminait qu'une fois toutes les familles servies. Chacune avait son pain pour une semaine. Quand tartes il y avait, les dispositions étaient prises "po cûre les dorèyes après l'pan" (pour cuire les tartes après le pain), sans devoir utiliser du bois supplémentaire. Vraiment, toutes ces personnes s'entendaient comme frères et soeurs au sein d'une grande famille.
Ma mère (née en 1873) qui s'intéressait beaucoup à l'histoire de sa région rassemblait souvent sa marmaille autour d'elle pour lui conter ce qu'elle avait appris de ses grands-parents qui l'avaient élevée et qui naquirent respectivement en 1828 et 1829. Ils avaient vécu dans l'une de ces douze maisons et devaient y décéder en 1907 et 1908. Ils avaient connu l'époque au cours de laquelle le four banal fonctionna à plein rendement, avant d'être délaissé à tout jamais.
Aux environs de 1920, les petites maisons furent vendues au prix de 3.000 frs chacune; Par contre, les deux maisons doubles coûtèrent 6.000 frs.
Voici la liste des familles qui y habitèrent à cette époque :
Libon - Ruelle, Paulus - Minet, Dehossay - Julémont, Dehan - Colasse, Bougard - Lejeune, Lays - Xhenceval, Philippin - Gustin, Sparmont - Bonmariage, Grasser - Balthazar, Simonet - Masson, Lays - Coulon, Lion - Closset.
La descendance de la plupart des ménages précités habite toujours à Comblain.
