Les accoucheuses

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Le mot "sage-femme" apparaît en vieux français au XVe siècle. Dans notre patois wallon, nous disons "ine sèdje-dame".

Les deux qualificatifs "sage" et "sèdje" ne signifie nullement : "obéissante, tranquille ou gentille". Ces mots veulent dire : "qui a la connaissance juste de son métier".

Voici, d'après les Comblennois d'un certain âge, les accoucheuses qui semblent avoir été chez nous les dernières d'un corps de métier qui remonte pourtant à notre commune "maman Eve", femme d'Adam.

Eloy Odile, épouse de Trine Alphonse. Née à Durbuy le 10 juin 1860. Décédée à Comblain, le 27 septembre 1919. Habitait rue du Thier Pirard, 3. En cas d'urgence, son mari la véhiculait dans une voiturette hippomobile s'ouvrant à l'arrière.

Maon (Maria-) Célina,  née à Poulseur le 11 mai 1874. Avait épousé M. Harsin, commissaire au chemin de fer. Habitait route d'Aywaille, 16. Décédée le 15 mars 1950.

? Octavie,  née à Heyd le 5 avril 1879. Habitait au quai du Vignoble, 20. Partit pour Lierneux le 23 juillet 1930. Revint à Comblain le 13 décembre 1934. Quitta la localité pour Wandre, le 23 mars 1935. Elle avait épousé Victor Lerusse. D'où son nom habituel : Tavîye Lèrûsse. Si nos souvenirs sont exacts, on lisait chez elle, sur une plaque en cuivre : "Mme Lerusse, accoucheuse - Applique ventouses" 

Lardot Elisa, née à Tohogne, le 25 décembre 1896. Avait épousé Henin Auguste. Résidait quai Kepenne, 4. Elle est décédée le 28 août 1941.

Lejeune Marie, née à Harzé le 26 juillet 1909. Veuve de Dalem Adolphe. Diplômée en 1930. Après avoir exercé son métier dans la commune d'Aywaille, est venue s'installer à Comblain, rue de la Ferme. Elle a rendu ses services aux Comblennoises de 1936 à 1979 (30 septembre).

Vincent Fernande, née à Smuid (prov. de Luxembourg), le 3 mai 1916. Epousé Simon Léon. Etait installée rue de Liotte, 18, depuis le 8 février 1972. A quitté Comblain le 14 avril 1977 pour s'installer à Clavier.

Marie, "li sèdje-dame", a été l'ultime à abandonner son métier. A l'heure actuelle, il n'y a plus d'accoucheuse, ni dans nos Comblain ni à Poulseur.

Mme Denise Terwagne, de Comblain-la-Tour a exercé sa tâche à Comblain-Fairon de 1940 à 1950; puis à la clinique Saint-Joseph Jusqu'en 1961 et, enfin, à l'hôpital d'Ougrée jusqu'en 1979. Elle a pris sa retraiite le 28 février 1979 (40 ans de services).

Les futures mamans ont pris l'habitude irréversible (?) de se diriger directement vers les cliniques et les maternités.

Nous terminerons cet article en disant un mot d'une fort ancienne accoucheuse de Comblain dont nous avons retrouvé le nom dans un obituaire local qui reprend des données des XVe, XVI, XVII, et XVIIIe siècles :

Comme moraon (1) de Laurens Bandache et de Maroije (2), sage dame de Coblen (3). Item de Johan, son père, sa mère et de Maroije, sa seure. A quel effect (4) led Laurent, l'an XVc et XL, le Ve jour du moy de Maije at laissé ung petit jardin a ung Vestij (5) de Comblen, ioindant d'ung costé au Doijar (6) dud Vestij, et de l'autre, au chemin roijalle (7) ou bien a la hierdavoije (8) (folio 23, verso).

Note : nous avons cité tout le chapitre parce qu'il contient des mots qui ne font plus partie de notre vocabulaire et des noms de lieux-dits qui ne sont plus identifiables.

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Explications : (1) abréviation de : Commémoration. - (2) Maroije : wallon : Marôye = Marie. - (3) Coblen = Comblen = Comblain-au-Pont; - (4)A quel effect = dans le but duquel, à l'intention duquel. - (5) Vestij = curé. - (6) Wallon : Doyâre, français : douaire, au sens de "bien d'église". - (7) Chemin royal, mention courante sous l'ancien régime. Elle n'a rien à voir avec "roi" (croyons-nous). Il s'agit de voies qui avaient ne certaine importance. De nos jours, nous dirions volontiers : une grand-route. - (8) Hièrdavoye, wallon : Hièrdâ-vôye = voie herdale, chemin emprunté traditionnellement par la "hède" ou "hiède" (= le troupeau commun) et donc, aussi, par le herdier (wallon : hèrdî).

Savoir où était ce "doyar", ce "chemin royalle" et cette "Hierdavoye" est une question à laquelle on ne parviendra pas avant longtemps à donner la réponse.

Source :Emile Detaille, "Les Echos de Comblain", juin 1984.

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