Le vieux moulin à eau et sa célèbre résurgence.
L'étude qui suit a été réalisée au début de 1947 par Emile Detaille.
A cette époque, chacun sentait que les jours du moulin de Comblain étaient comptés et j'écrivis même ces quelques lignes destinées à figurer sous le titre : "Il est encore de ci de là, des roues qui tournent lentement à l'ombre des vieux murs tout tapissés de lierre et qui chantent une complainte si ancienne, si monotone et si traînante qu'on se demande vraiment ce qui les empêche de mourir..."
Il y a 20 ans que le moulin s'est tu pour toujours.
Il fut jadis et pendant de nombreux siècles, avec la maison forte, l'église, la "brassine", la cour de justice et le pont de la place Neuforge, une des institutions les plus traditionnelles du Moyen-Âge, puis des temps modernes et enfin contemporains.
Pendant les deux guerres les plus terribles de l'histoire, il rendit à nos populations des services qu'actuellement, en temps de paix, il n'est plus possible d'apprécier à leur juste valeur.
Vingt ans se sont passés, mais pour tous ceux qui l'ont connu, il restera "le vieux moulin" car il ne cessera d'évoquer son tic-tac sans fin, le va-et-vient des meuniers tout blancs de farine, les attelages attendant devant l'entrée, le grondement de la lourde grue, le vieux mur couvert de lierre, l'éternelle et fraîche chanson des chutes d'eau, les canards évoluant sur l'eau du réservoir et cette nombreuse volaille encombrant la route. Et ces oies en colère poursuivant les petits et les saisissant de frayeur ! Et cette tasse "officielle" et "publique" posée là sur le bord du bassin attendant traditionnellement d'être utilisée par un passant assoiffé.
Cher vieux moulin, nous ne voulons pas t'oublier sans consacrer à ta mémoire une étude que nous avons voulue aussi agréable et aussi complète que possible !
A. HYDRLOGIE - SPELEOLOGIE.
I. Le ru du moulin.
Au pied du cap escarpé et rocheux sur lequel se silhouettent les ruines de la maison forte de Comblain surgit, masquée par les dépendances de l'ancienne demeure des meuniers, une importante venue d'eau donnant naissance au ru du moulin "li ri dè molin".
II. La résurgence.
Cette venue d'eau est une résurgence ou fausse source, c'est-à-dire que ce que l'on considère comme source n'est, en réalité, que la sortie à l'air libre d'un ruisseau ayant coulé sous terre.
III. D'où vient la résurgence ?
Dans le but de capter de l'eau potable pour la ville de Liège et ses faubourgs, M. Edouard Beaulieu, ingénieur du Service Technique provincial de Liège, avait, vers 1895-96, examiné les sorties d'eau les plus célèbres de la région, à savoir celles de Comblain, de Chanxhe et de Néblon.
Il procéda, peu après, au travail inverse, c'est-à-dire qu'il recherche les points d'absorption d'eau, les endroits où celle-ci disparait dans le sol.
M. Alphonse Dubuisson, garde-champêtre de Comblain fut chargé, avec M. Léon Degrange, cantonnier du même village, de déverser des matières colorantes dans les chantoires (1) de Lizen-lez-Ouffet (2).
Le mercredi 6 janvier 1897, l'eau qui s'y engouffre fut colorée en rouge de 9h30 à 11h du matin ; puis en vert, par de la fluorescéine, de 12h à 13h30.
Le samedi matin, 9 janvier, M. Dubuisson qui, pour attendre les résultats de son expérience, passait les nuits au moulin, vit que le réservoir de celui-ci contenait une eau toute colorée de vert, coloration qu'elle conserva toute la journée. L'eau rougie avait donc dû apparaître et disparaître pendant la nuit.
L'expérience était du plus haut intérêt. Elle prouvait, qu'en conformité avec les dires des vieux du village et avec la tradition, l'eau qui s'engouffre à Lizen est bien celle qui réapparaît au moulin de Comblain.
Pour être complet, signalons qu'un déversement de paille et une série de coloration faits à la chantoire de Vien-lez-Anthisnes (3) n'avaient donné aucun résultat sur la résurgence ni sur aucune sortie d'eau de la région. Nous ne savons toutefois pas si ces expériences sont concluantes et définitives, c'est-à-dire si elles ont été effectuées lors des régimes divers subis par le site d'absorption.
Toutefois, en 1936, M. Wasseige, pisciculteur à Comblain, fut chargé d'observer si l'eau du moulin allait charrier de la paille déversée dans cette même chantoire de Vien. Le résultat fut de nouveau négatif. On croit généralement, à Comblain, qu'une partie de l'eau de Vien réapparaît au lieudit "è brigâton", route de Poulseur. Qui tentera l'expérience une fois de plus ?
IV. Tracé du cours d'eau souterrain.
il est malaisé de tracer le cours souterrain de notre ruisseau. Il est toutefois certain qu'il suit la direction des bancs viséens. Mais, où sont les méandres, les siphons, les obstacles, les endroits où l'eau est fort large ou fort étroite, ceux où elle s'écoule à peine et ceux où elle se presse le plus ?
Des radiesthésistes ont prétendu que le ru coule exactement sous le vallon sec de Comblain, dénommé "li vâ" et que, lors d'orages ou de fonte précipitées de neiges abondantes, deux ruisseaux coulent l'un au-dessus de l'autre ; que le ru passe ensuite à la bifurcation de l'avenue des écoles (actuellement rue des Grottes) et du bout du chemin dit "li rowe" (la rue), entre la maison Crespin et l'hôtel de ville, puis sous l'angle de la maison Vve Paul-Sion (actuellement habitée par M. Emile Dumont). D'autres baguettisants affirment que le ru souterrain passe "â cazêre" et se dirige vers Saint-Martin.
Il est normal et plus scientifique d'admettre que le chapelet des "doûves" ou dolines qui jalonnent le plateau condruzien de Lizen à Comblain, indique par des affaissements continuels du sol, l'endroit où l'eau souterraine coule et entraîne ce qu'elle reçoit des dites dolines.
Jusqu'à présent, aucun ruisseau important n'a été repéré au fond de la chantoire ou abîme de Comblain et, si nos souvenirs sont exacts, M. Fraipont, professeur à l'Université de Liège émettait l'opinion que le ruisseau qui doit se trouver dans la grotte de Comblain, est à un niveau plus bas que celui de l'Ourthe. Cette hypothèse hardie et surprenante est pourtant très acceptable car, lors de la reconstruction du pont du tram ( après la guerre de 40-45), les ouvriers ont éprouvé des difficultés pour assujettir les piles parce qu'un ruisseau souterrain se jette dans l'Ourthe à cet endroit en débouchant par le fond du lit de la rivière.
En tous cas, quel que soit le tracé du cours du ruisseau ayant actionné le moulin de Comblain, il passe sous le massif rocheux de Saint-Martin et il serait curieux de savoir si, au temps des châteaux forts, un puits ne fut pas creusé pour assurer à la place forte, en cas de siège, le ravitaillement en eau potable que l'ennemi n'aurait pu empêcher.
V. Vitesse de l'eau.
Le résultat acquis par le déversement de fluorescéine à Lisen montrait qu'il avait fallu environ 65 heures à l'eau verdie pour arriver à Comblain-au-Pont et que son acheminement représentait à vol d'oiseau, mais toutefois dans le sens de la direction des bancs viséens (qui est le sens certain de la direction du ruisseau) une vitesse moyenne de 123 mètres à l'heure.
Ajoutons pour information que l'engouffrement des eaux de Lisen s'effectue à plus de 100 mètres au-dessus du point de jaillissement de la fausse source du moulin de Comblain.
VI. Longueur du ruisseau.
Il faut distinguer trois phases :
a) Première partie : COURS A L'AIR LIBRE.
Le ru sourd à 2 km à l'est-nord-est de Warzée et non loin d'Ellemelle. Dès qu'il atteint le bord du massif calcaire qui se prolonge jusqu'à Comblain-au-Pont, c'est-à-dire le viséen, ses eaux commencent à se subdiviser et à s'amoindrir. Des fissures, des effondrements et des avens absorbent une certaine quantité de son eau. Bientôt, ce qu'il reste du ruisseau s'engouffre totalement dans une chantoire, longue de 15 mètres et profonde, au plus bas de l'entonnoir, d'environ 40,5 mètres. Le ru ne tarit jamais, mais faiblit parfois considérablement.
En temps de crues, la chantoire absorbante déborde et confie le trop-plein à 11 autres avens. En cas d'insuffisance de ceux-ci c'est un vallon sec, parsemé, lui aussi, de petits points d'absorption, qui recueille les eaux. Tous ces phénomènes géologiques sont dus à l'action millénaire des eaux dans le calcaire viséen qui se prête tout spécialement à l'érosion et à la fissuration.
Dans la première partie de son cours, le ruisseau, alors appelé "ri d'Lîzin", ru de Lisen, a parcouru près de 2 km.
b) Deuxième partie : COURS SOUS TERRE.
Le ruisseau engouffré réapparaît au moulin de Comblain après un cours souterrain de 8 km. Ce chiffre, qui représente les 8/10 du cours total, est établi en se basant sur le sens de la direction des bancs viséens, sens certain de l'écoulement des eaux du ruisseau vers l'est, c'est-à-dire vers Comblain et la vallée de l'Ourthe.
c) Troisième partie : REAPPARITION A L'AIR LIBRE.
A sa sortie du pied du rocher de Saint-Martin, la résurgence coule sous une dépendance de l'ancienne maison des meuniers, puis, sous la route, sur laquelle un de ses bras s'épanchait jadis presqu'en permanence, et actuellement encore, à certaines époques. De même, en temps de crue, l'eau du réservoir s'échappe en partie du mur qui le contient (4).
Ici, il faut détruire une croyance presque générale et suivant laquelle, l'eau du moulin sourd naturellement au milieu du réservoir.
Avant l'installation du moulin, il est certain que le ruisseau s'échappait du rocher par une issue visible et située à peu près au niveau actuel du ru dès qu'il quitte ce qui fut le moulin. Pour donner à la roue la possibilité de tourner, il fallait amener l'eau à un niveau suffisamment élevé pour lui permettre de se déverser dans les auges. De là, la nécessité de créer un barrage pour faire monter l'eau. On a donc obligé le ru à remplir le réservoir. Lorsque l'on ouvre les vannes pour nettoyer cet étang, on constate mieux que le ruisseau est prisonnier du barrage et on s'aperçoit alors aussi que le bras qui coule sous la route disparaît complètement ou presque.
Disons, en passant, quelques mots sur ce pittoresque bassin récepteur. Au temps du vieux moulin et jusque vers 1950, ses bords étaient occupés par une végétation aquatique tandis que sur le miroir liquide glissaient les traditionnels canards qui faisaient la joie des petits et même des grands.
L'étang, de même que le ru, recevait de temps à autre, la visite de cincles aquatiques appelés chez nous : blankès faces ou mâvis d'èwe. Ces oiseaux chanteurs de la grosseur du merle ou de la grive ont une livrée havane et un beau plastron blanc. Nous en avons déjà vu plonger malgré notre présence au bord de l'étang. Il était curieux de voir ces oiseaux se promener au fond de l'eau pour y chercher de la nourriture.
L'eau s'échappe du réservoir par 4 ouvertures réglées par des vannes. Celle de gauche, c'est-à-dire la plus voisine du moulin était destinée à la roue hydraulique. Sa compagne de droite, utilisée lorsqu'on moulait le grain en utilisant les deux roues (ce qui se disait en wallon : roter a deûs rowes, reçut en 1934 l'embouchure d'une conduite venant capter l'eau fraîche pour des vivres à truites situés à quelques cent mètres vers l'aval (élevage de truites de M. Félicien Wasseige).
Enfin, les deux vannes de droite avaient pour office de laisser échapper le trop plein qui, naguère encore, se déversait en une cascatelle bruyante et blanche comme neige, lançant à l'entour une bruine permanente qui attirait les gosses.
Ainsi naissent deux ruisseaux qui, regrettant leur séparation, se réunissent déjà quelques mètres plus loin.
Encore 150 mètres environ et puis notre limpide cours d'eau apporte son tribut à la rivière d'Ourthe. Depuis sa réapparition à l'air libre et jusqu'à son embouchure, il n'a guère parcouru que 170 mètres. Pourtant une industrie locale s'est établie jadis sur ce bref parcours. Nous en parlerons ultérieurement.
Au total, la longueur du ruisseau atteint donc un peu plus de 10 km.
VII. Débit de la résurgence.
Les pluies, les orages, la fonte des neiges ont démontré la grande variabilité du débit. Dans son étude de 1896, l'ingénieur Beaulieu apporte, à ce sujet, des renseignements précis :
En 1893, année exceptionnellement sèche, des jaugeages furent effectués et donnèrent les résultats suivants :
a) Le 15 mars, un maximum de 193,75 litres par seconde, soit 16.740 m³ en 24 heures.
b) Du 25 août au 25 septembre, minimum absolu de 122,27 litres par seconde, soit 10.564 m³ en 24 heures.
Conclusion tirée de a) et de b) : le débit de la venue d'eau peut donc diminuer de près d'un tiers (6.176 m³) en l'espace de 24 heures, ce qui est énorme.
c) Six jours après de fortes pluies, le débit par seconde s'est élevé de 138,67 litres à 143,20 litres soit 4,53 litres par seconde, ce qui majorait le débit de 391,39 m³ par jour.
d) Sept jours après, le débit était retombé à 136,08 litres par seconde.
e) Le débit le plus élevé s'étend de la mi-octobre à la fin d'avril. Le débit le plus faible et l'étiage se situe entre le 15 août et la fin de septembre.
Les plus grandes sécheresses n'ont jamais tari la venue d'eau de Comblain et cet avantage a été mis à profit par les fermiers des environs, chaque fois que les conditions hydrologiques défavorables les y ont contraint. Ceci n'est plus aussi vrai aujourd'hui que jadis. Mais avant l'établissement des conduites d'eau alimentaire à Comblain (1932), Mont (1938) et Géromont (1939), les fontaines publiques étaient, par arrêté communal, fermées en temps de fortes sécheresses et le précieux élément, donné parcimonieusement pour l'usage exclusif des humains.
Les sources et les rus des campagnes étant taris, que fallait-il faire pour le bétail altéré par la soif et obligé de séjourner dans des pâtures où les abreuvoirs étaient vides ? C'était alors que l'eau de la résurgence de Comblain devenait une providence pour les fermiers qui descendaient en petites caravanes vers le réservoir généreux du moulin et remontaient vers les hameaux (Mont et Géromont surtout) avec leurs gros tonneaux traditionnels montés sur roues.
VIII. Température de l'eau.
Le 9 mars 1909, Messieurs Van den Broeck, Martel et Rahir relevaient 10°C.
Le 7 avril de la même année, la température de l'eau était de 9,9°C
Le lundi 26 juillet 1943, le thermomètre plongé à 19h30 dans le réservoir à l'endroit même où, près de la route, l'eau réapparaît au soleil, se stabilisa après 5 minutes à la graduation de +10°C. (cette semaine-là, la température extérieure avait été particulièrement accablante).
Le mardi 3 août 1943, une nouvelle expérience faite à 18h30, nous amena à constater 10°C après 5 minutes d'immersion.
La température de l'eau à l'endroit de sa résurgence n'a jamais été en dessous de zéro et, selon l'expression de chez nous, "l'eau y fume en hiver". (L'èwe foumèye).
En 1948, à la mi-juillet, M. Félicien Wasseige, pisciculteur captant l'eau au réservoir du moulin, constata encore que l'eau avait 10°C à cet endroit et 11° dans le dernier de ses 14 étangs à truites.
IX. L'eau de la résurgence est-elle potable ?
Pendant longtemps, elle a été considérée comme telle et de très nombreux villageois sont toujours venus chercher "au moulin" leur traditionnelle réserve d'eau potable. Parmi les us de notre localité, signalons ici l'existence de "la tasse du moulin", "li jatte d'â molin", posée en permanence sur une dalle, au bord de l'eau ou sur une tablette du mur du réservoir. C'était une tasse, à vrai dire "publique", mise complaisamment par les meuniers de Comblain à la disposition des passants.
Malheureusement, l'eau de la résurgence est suspecte et présente un danger permanent de fièvre typhoïde.
En mai 1941, M. l'Inspecteur de l'hygiène fit planter au bord du réservoir un écriteau ainsi conçu : "Eau non potable / Défense de s'en / servir pour / l'alimentation / humaine".
Au moment même où je prenais note du texte de cette défense, le 25 août 1942, vers le soir, un brave Comblennois venait nonobstant cet avis, puiser dans l'eau du ruisseau, sa cruche quotidienne d'eau potable. "N'a mây nouc qu'a stu malâde â beûr di ciste êwe-ci" me répondit-il calmement.
Pour se convaincre du danger permanent de l'eau du moulin, il suffit simplement de remonter le cours du ruisseau :
a) Les couches viséennes sur lesquelles était construit le cimetière de Saint-Martin sont tellement redressées aux abords de la fausse source qu'elles sont à vrai dire verticales et présentent un léger plongement vers la résurgence. Ce danger alla toutefois en décroissant lorsque le cimetière du village fut désaffecté. (Le premier enterrement au Thier Pirard eut lieu le 31 mars 1936.)
b) Toutes les infiltrations de l'ouest, c'est-à-dire celles qui s'opèrent et, par la chantoire de Comblain, distante, en ligne droite de 650 mètres du moulin et par les "doûves" (dolines ou aiguigeois) du Raideux, et par toutes celles qui sont en relation avec le parcours souterrain du ruisseau, se mêlant à celui-ci.
Les géologues ont, en effet, établi que la résurgence du moulin se trouve, elle aussi, juste dans les mêmes bancs et à la même distance du contact de l'assise viséenne supérieure (le fait a une grande importance spéléologique sur laquelle nous reviendrons).
c) Du reste, les expériences à la fluorescéine ont démontré plus clairement encore que tout l'ouest de la résurgence jusque Lizen-chantoire, draine ses eaux vers Comblain par l'entremise du ruisseau souterrain.
d) La variabilité du débit et l'action rapide qu'ont sur ce dernier les chutes pluviales ajoutent encore à la suspicion quant à la potabilité de l'eau (5). Et pourtant un premier projet de captage fut élaboré en janvier 1893 en faveur d'une partie de la ville de Liège et de 11 communes faubouriennes.
X. Premier projet de captage de l'eau du moulin de Comblain
Deux analyses : l'une, chimique ; l'autre, bactériologique, donnèrent des résultats favorables au projet de l'ingénieur Beaulieu.
La prise d'eau en vue de l'analyse chimique fut faite le 26 octobre 1892 et seulement examinée le 15 novembre.
Quant à l'analyse bactériologique, elle eut lieu le7 décembre 1892.
Heureusement, le deuxième projet de Beaulieu fait en 1896 pour 14 communes fut rejeté définitivement par suite de la coloration à la fluorescéine constatée le 9 janvier 1897 et dont nous avons parlé.
Cette expérience concluante venait à temps pour condamner les deux seules analyses faites en 1892 et qui allaient livrer à des milliers d'habitants une eau des plus suspectes et dont des séries d'analyses auraient dû préalablement être faites aux différentes époques de l'année.
XI. La station de pompage de Comblain.
Nous l'annoncions dans nos "Echos" de mars 1960, page 23.
Le but visé était d'augmenter la réserve d'eau potable en captant une partie de l'eau de la résurgence du moulin et en la refoulant en un endroit déterminé vers les hauteurs de Comblain.
Dans notre numéro suivant (avril, n°4, page 29) nous signalons que la "Compagnie Intercommunale des Eaux" avait entrepris d'importants travaux dans le quartier du moulin.
Et nous disions ce qui suit :
"La Compagnie des Eaux, pour remédier au fléchissement du rendement de la source du Néblon et pourvoir à l'alimentation des populations du bassin industriel de Liège, a décidé de capter une partie de la source du moulin. L'eau sera amenée à une installation de filtration pour la purification et, ensuite, refoulée vers la crête voisine des Roches-Noires d'où, par sa propre pression, elle s'intégrera dans les tuyaux d'adduction des eaux, au-delà du point haut de coupe-pression établi dans le tunnel qui conduit les tuyaux vers la route de Poulseur. Ces installations doivent être établies en un temps record".
Ajoutons pour terminer, que la station de filtration et de refoulement a fonctionné le 1er juillet 1960 ("Echos" d'août 1960, page 64).
Ainsi donc, l'eau du moulin sert actuellement, en cas de besoin, à la population liégeoise et environnante, e qui fait qu'en réalité, le projet établi jadis par Beaulieu a simplement été repris, entouré de toutes les garanties possibles touchant la potabilité de l'eau.
NOS SOURCES : MM. Armand Grignard, Emile Delgombe et Fernand Delgombe. L'administration communale d'Ouffet.
Livres consultés : "Les cavernes et les rivières souterraines de Belgique", par E. Van den Broeck, E.-A. Martel et E. Rahier (Bruxelles).
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(1) Beaucoup - et le "dictionnaire liégeois" de Jean Haust est dans ce cas - emploient ce mot au masculin et écrivent "chantoir". Mais e terme wallon "tchantwère" qui est la base ayant servi à la francisation de ce mot est partout féminin d'après notre enquête à Comblain, Xhoris, Kin, Anthisnes, Ouffet, Andrimont etc... On dit en effet "al tchantwère, èl tchantwère ; li tchantwère èst dandjereûse ; èle èst catchèye par dès bouhons", etc...
Ce joli vocable de notre patois désigne, dans la région calcaire, toute fissure, excavation ou gouffre naturel dû au travail millénaire des eaux lesquelles provoquent des érosions, effondrements et abîmes où elles se perdent en murmurant leur claire chanson. (D'où "tchantwère" ?)
(2) Prononcez "lî-zin". D'aucuns écrivent d'ailleurs Lizin (mot devenu nom de famille).
(3) Pronocez Viyin et Antine.
(4) Des travaux en vue de remédier à cet état de choses furent encore entrepris en août 1942 et terminés le samedi 12 septembre. A cette occasion, une large ouverture avait été pratiquée dans le mur du réservoir, tout près du déversoir. L'étang, "li vèvî dè molin", était, pour ainsi dire, mis à sec. On n'y voyait plus qu'un court chenal se dirigeant vers la trouée d'écoulement momentanée. Grâce à ces travaux, on put se rendre compte de visu que l'eau sourd un peu de partout et non uniquement par le centre géométrique du réservoir. Cette eau de l'étang fait en sorte que, par sa poussée du bas vers le haut, le "vèvî" ne se comble jamais même par le limon des eaux pluviales les plus fortes.
le 19 septembre 1942, nous apprenions que les travaux précités n'avaient pas atteint leur objectif. Et depuis lors, l'eau coule encore de temps à autres sur la route.
(5) Avant 1940, nous confiait feu Fernand Delgombe, dernier meunier de Comblain, "l'êwe ni mahîve mây", l'eau ne se troublait jamais. Depuis cette année-là, le ruisseau a commencé à charrier du limon lors des pluies fortes ou continuelles et lors de la fonte des neiges. Depuis cette date, également, le débit a commencé à diminuer. (Renseignements notés le 3 juillet 1964).
Source : Emile Detaille, "Les Echos de Comblain" de janvier à mai 1967.
