Le vieux Comblen
A propos du greffier HARDY
Vous tous, Comblennois, vous connaissez bien cette vieille et respectable demeure, actuellement dénommée "maison ROUFFIGNON" qui fut, au siècle dernier, la très réputée hôtellerie de Madame Arnoldine NINANE dont parle BOVY dans ses "Promenades historiques au pays de l'Ourthe et de l'Amblève". A l'origine, cette construction était d'aspect plus modeste et sa toiture était faite de herbains (ardoises grossières).
Peut-être avez-vous remarqué les pierres de taille particulièrement sculptées et ouvragées, formant le frontispice de la porte de droite. Il s'y trouve l'inscription suivante : HARDY, greffier de COMBLEN en 1700. Les armoiries de la famille figurent en-dessous ; elles sont composées d'un issant, trois merlettes ou cannettes et trois quintefeuilles. S'agit-il d'armoiries parlantes ou d'armoiries de fantaisie ?
La question est soumise à la sagacité de tous ceux qui aiment à converser du passé avec les vieilles pierres.
Peut-être ce greffier HARDY possédait-il ses lettres de noblesse ? Devons-nous, d'autre part, faire un rapprochement fâcheux avec ce greffier HARDY dont le procès scandaleux défraya la chronique de l'époque et dans lequel il était accusé d'avoir distribué de la fausse monnaie.
Cette action judiciaire débuta en 1729 sur un fait bien insignifiant et occupa les annales de la justice jusqu'en 1792, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la principauté de Stavelot-Malmedy, lors de l'arrivée des sans-culottes. Voici les faits : le greffier HARDY avait prêté cent écus à l'échevin PAHEAU et les lui réclamait instamment.
PAHEAU faisait des difficultés pour les lui rendre, alléguant qu'il avait reçu de la fausse monnaie.
Mais laissons parler les pièces officielles de l'époque (Orthographe de l'époque).
"Briefve représentation du fait.
Un bruit s'étant répandu dans le pays de STAVELOT en l'an 1729 qu'on y débitait de la fausse monnaie, et notamment dans le comté de LOGNE, son Altesse Sérénissime prince dudit pays afin de reconnaître la vérité de ce bruit et "le faire cesser députât vers le mois d'août dudit an, Monsieur DAVID un de ses conseiller et officier à MALMENDY pour venir prendre les informations" convenables et les poursuivre comme officier pardavant la haute cour dudit MALMENDY qui est le juge compettent au haut crime, ayant à cet affect authorisé trois eschevins de ladite cour pour se rendre au lieu de COMBLEN dans "ledit comté de LOGNE, y tenir lesdites informations et porter an icelles" jugements à trois qu'ils trouveraient être justice contre les inculpez... etc.
Articles de décharges pour Jean HARDY prisonier au château de STAVELOT.
- Dirat témoins n'avoir receu aucun escus ny autre argent faux de Jean HARDY prisonier.
- Diront témoins que la lendemain de la Saint-Joseph 1729 ils étaient à la brassine banale de COMBLAIN AU PONT en présence de Jean HARDY et l'eschevin PAHEAU.
- Que lors ledit HARDY attaquat par parollas l'eschevin PAHEAU au sujet de 24 escus que ce dernier prétandait avoir receu dudit prisonier et qui doibvent être faux.
- Qu'entre les discours arrivez antre eux, ledit HARDY dit à PAHEAU n'est-il pas vrai que le vous ai prêté cent escus en espèces suivantes scavoir une pistolla et demy, un escu aux L.L. (je suppose escu aux lions) et trois escalins, quatre cahottes et demi ou roulleaux en escalins de dix escus chaque et le reste an escus à la croix, etc...
Et maintenant attendons un historiographe pour écrire la biographie du greffier HARDY et pour apporter un peu de lumière sur cette histoire ténébreuse à laquelle furent mêlés divers manants du vieux COMBLEN.
Source : Ninie DEHOSSAY, Le vieux Comblen, Echos de Comblain, mai 2001, p.39 et 40.
