Le Service scolaire itinérant du Musée de Comblain-au-Pont

Le Service scolaire itinérant du Musée de Comblain-au-Pont

Texte de M. Marc Blandiaux, inspecteur cantonal primaire, paru en 1956.

Informations

Le 26 novembre 1954, fut inauguré le Service scolaire itinérant du Musée de Comblain-au-Pont.

Nous voudrions présenter cette innovation, montrer l'intérêt qu'elle provoque et les résultats qu'elle permet d'entrevoir.

Le Musée de Comblain-au-Pont est doté de collections nombreuses et riches, dont celles de son fondateur, feu M. Armand Grognard, ancien chef d'école à Oneux. Un comité extrêmement actif le dirige suivant les prescriptions statutaires qui veulent en faire un instrument d'éducation.

Bien avant la dernière guerre, M. L'inspecteur principal Monseur, alors chargé du canton scolaire d'Aywaille, étudia la possibilité d'en faire un musée cantonal.  Sans les hostilités qui ensanglantèrent l'Europe en 1940 et les années de l'occupation du territoire par les armées ennemies, il aurait réalisé ce projet. Il a ouvert la voie et nous avons reçu d'emblée un accueil compréhensif.

La jeunesse s'intéresse généralement peu aux musées; elle n'a d'ailleurs pas les yeux tournés vers le passé, mais bien vers l'avenir. Les éducateurs ont la responsabilité de former cette jeunesse, de lui faire connaitre et aimer son sol natal, de la conduire dans un passé sur lequel s'est bâti le présent et se fonde l'avenir.

Le Musée de Comblain-au-Pont, comme bon nombre d'institutions de l'espèce, aurait pu conserver une forme passive; ses dirigeants lui ont, au contraire, assigné un rôle actif : au lieu d'attendre les visiteurs, il prend le chemin des écoles. Nous nous réjouissons de cette décision et en félicitons chaleureusement ses auteurs.

Cette séance doit être marquée d'une pierre blanche, dans un canton où cependant la pratique des méthodes modernes d'éducation ne date pas d'hier !

Séance mémorable par le nombre et la qualité des personnalités réunies. M. l'Inspecteur général Lecrenier présidait, assisté de MM. Donnay, inspecteur principal et Monseur, inspecteur principal honoraire. On notait la présence de M. le Bourgmestre de Comblain-au-Pont, de plusieurs échevins des communes voisines, de Mme Laport, présidente du Musée et de nombreux membres de son comité, de personnes appartenant à la famille Grignard. Le personnel enseignant communal, au grand complet, avait tenu à y assister.

MM. les reporters de la Télévision, invités avec les représentants de la presse, enregistrèrent les discours et manoeuvrèrent les caméras ; ils donnèrent à l'institution nouvelle un retentissement qui nous valut un courrier copieux où les marques d'approbation ne nous furent point ménagées. Que nos correspondants trouvent ici l'expression de notre gratitude.

Au cours de cette réunion, un hommage solennel fut rendu à ce maître d'élite que fut M. Grignard Armand, et à M. Georges Laport, premier président du Musée et folkloriste éminent, qui ne revint pas des bagnes d'Outre-Rhin, deux hommes si différents par le caractère et les occupations, animés d'un même amour de la jeunesse, et qui demeurent, par leurs oeuvres, deux grands éducateurs de la région.

Ce fut alors la visite de l'exposition, sous la conduite de MM. Detaille, conservateur du Musée et Dombret Léon, chef d'école à Comblain-la-Tour.

L'inauguration faite, il ne restait plus au Service itinérant qu'à prendre son essor vers les écoles.

Pendant l'exercice écoulé, il visita toute les écoles officielles ou libres, d'enseignement primaire ou moyen, établies dans les 24 communes du canton.

Dire que ce périple se déroula sans difficultés serait contraire à la réalité, mais nous eûmes la profonde satisfaction de constater l'accueil enthousiaste réservé au matériel par la grande majorité des maîtres d'école et de leurs élèves. Des expositions publiques à l'intention de la population furent organisées dans plusieurs communes, notamment à Comblain-au-Pont, à Embourg, à Louveigné, à Harzé et à Comblain-la-Tour. Nous nous en voudrions de passer sous silence l'affluence considérable et l'intérêt manifesté par les visiteurs dans cette dernière localité. Il est vrai que cette organisation fut l'oeuvre des élèves de l'école. On vit garçons et fillettes du D

degré moyen canaliser les arrivants ; les grandes et les grands du degré supérieur se transformer en guides en herbe et commenter, avec une surprenante profusion de détails précis, l'un, les documents illustrant la principauté de Stavelot-Malmedy, dont le dernier prince-abbé est originaire de la commune ; l'autre, expliquer les transformations du petit village de Banneux après l'apparition de la Vierge des Pauvres. C'était à qui se surpassait dans l'exécution de la tâche assignée, qu'il s'agisse d'expliquer les vestiges trouvés dans les tombes franques découvertes à Fairon ou les restes de la villa romaine du Raideux, à Comblain-au-Pont ! Spectacle réconfortant s'il en est, témoin d'un intérêt puissant et de l'éclosion de personnalités naissantes. Cette journée-là, à elle seule, nous paya largement de nos efforts !

Et le beau voyage s'acheva, et vers la mi-juin, les collections furent étalées dans la salle où étaient subies les épreuves orales de l'examen cantonal de fin d'études primaires.

Avant d'exposer les observations recueillies en cette occasion, voici quelques renseignements à propos du matériel itinérant. 

Les pièces sont groupées suivant les diverses périodes de notre Histoire nationale et placées dans des tiroirs vitrés. Ces tiroirs sont glissés dans des coffres, au nombre de cinq actuellement, et assez solides pour résister à des modes de transport souvent inattendus ! Chacun des chefs d'école est responsable du matériel pendant qu'il en dispose.

La Préhistoire est représentée par des pierres de toute beauté allant des silex taillés aux silex polis. Une splendide hache, don de M. le Professeur Hamal-Nandrin est à noter, ainsi qu'une collection de fossiles recueillis dans la région de Comblain-au-Pont-Esneux.

Pour la période romaine, des débris de poterie, de tuiles, d'ardoises, etc..., trouvées au cours de la prospection de la villa du Raideux sont sous verre.

Les armes, poteries, bague, bracelet, trouvés lors des fouilles faites à Fairon, sont également sous verre au chapitre de la période franque.

La numismatique a fait l'objet d'un gros effort : quatre pièces sont romaines; deux, franques ; trois, aux armes de Ferdinand de Bavière et forgées à Louveigné de Stavelot-Malmedy ; deux du règne de Marie-Thérèse ; soixante de la Principauté ecclésiastique de Liège ; cent se rapportent à l'Histoire de France et cent cinquante, à l'Histoire de la Belgique indépendante.

Notre intention n'est pas de détailler ici tout le contenu de nos coffres, mais d'en donner une idée. Nous devons cependant signaler la place importante réservée à l'histoire locale, au folklore, aux artistes et aux penseurs de chez nous.

Un superbe tiroir, fruit de la collaboration de plusieurs talents bénévoles, rapporte les faits extraordinaires dont le petit village de Banneux fut le théâtre en 1931.

Un autre fait revivre, avec un album illustré, la belle figure d'un poète wallon qui passa sa vie à Lincé : Henri Simon.

Ajoutons que de grandes fardes complètent le tout, elles contiennent le relevé détaillé des pièces exposées et des cartes de la région de l'Ourthe et de l'Amblève pendant la Préhistoire, sous l'occupation romaine, pendant la période franque, etc...

On n'imagine guère l'enthousiasme manifesté par de nombreux collaborateurs parmi lesquels le personnel enseignant occupe une place importante : toutes les communes veulent être représentées.

Mais revenons à notre salle d'examen !

Des images se rapportant aux faits de notre Histoire avaient été choisies et retournées sur une table. Les candidats en choisissaient une avec la consigne de rechercher, dans les pièces exposées sans souci de l'ordre chronologique, les objets s'y rapportant.

Tantôt, l'un conduisait ses interrogateurs devant les documents de la période française et devait les identifier ; boulet de canon trouvé à Fraiture (engagement de Douxflamme en 1794), poire à poudre, bourse à plombs, codes Napoléon, aigle impérial, etc... Ses interrogateurs ne manquaient pas de le questionner et de l'aider le cas échéant. Pas de récitation, mais une conversation amicale, à bâtons rompus, où l'enfant est mis en confiance, ne craint pas de discuter, de formuler son avis, de signaler les éléments trouvés dans son village, etc... Bref, il s'agit moins d'un "examen" que d'une épreuve de culture.

Certains compartiments étant moins fournis que d'autres - on ne peut être complet dans un domaine aussi vaste - des élèves furent très embarrassés.

Ainsi, un garçon ayant tiré la photographie de Léopold II, fit deux fois le tour des collections sans résultat ; les grandes fardes furent consultées sans succès. Encouragé, il ne se lassa point et finit par s'arrêter devant les pièces de monnaies. Là, il trouva facilement celles qui furent  frappées à l'effigie du grand Roi. Le tiroir contenait aussi des pièces de l'Etat indépendant du Congo, à côté d'autres de la Colonie belge. Belle occasion, en vérité, de faire le départ entre les deux catégories et de sonder l'élève au sujet de cette époque capitale pour l'avenir de la Belgique. Elle ne fut point manquée !

Nous ne passerons pas en revue les différents sujets proposés aux candidats. Notre seul but est d'être compris et de susciter des initiatives propres à intéresser l'enfant au passé de son terroir avant de le conduire dans l'Histoire de notre pays, à réaliser un enseignement solide et durable parce que fondé sur des données qui attachent et qui émeuvent.

Notre matériel sera perfectionné et complété en vue des prochaines sessions et des prochains déplacements. Il faudra situer les vestiges régionaux sur une ligne du temps. Une carte en relief du canton permettra de nombreux exercices débordant le cadre historique par des associations appropriées.

Ce qui est en cause, ce n'est pas la vérification d'un savoir à réciter, mais d'une formation qui devrait trouver un point de départ et un appui sûrs dans le sol natal, son passé, sa configuration, ses ressources naturelles, ses coutumes et sa civilisation.

Telle est, ami lecteur, la relation d'un essai que nous soumettons à votre appréciation et semble autoriser de sérieux espoirs.

Source : Marc Blandiaux, inspecteur cantonal primaire dans "Les Echos de Comblain" de février 1956.

Géolocalisation
50.476318352558266 ; 5.572986602783204