Le premier Maire de Comblain-au-Pont
Jean-François Leblanc devient le premier maire de Comblain-au-Pont le 8 pluviôse an 9 (28 janvier 1801).
Lorsque les Français eurent chassé les Autrichiens de leur dernier refuge chez nous, le camp retranché de la Heid des Gattes au-dessus d'Aywaille, ils annexèrent notre pays. Ce que nous appelons aujourd'hui la Belgique subit donc la loi française. Les anciens fiefs formèrent les départements, embryons de nos provinces. Changer l'administration entière d'un pays n'est pas chose aisée. Il fallait, aux anciennes cours de justice, substituer le Conseil municipal. On comprend qu'il y eut certains flottements entre les régimes, d'autant plus que les villageois croyaient toujours à un retour des Autrichiens. Comment se firent les transmissions de pouvoir dans la commune de Comblain ?
Les Français installèrent un maire provisoire. Jusqu'à présent aucune indication n'a été retrouvée quant à son identité (1). Son existence est révélée par une lettre concernant l'état civil, datée du 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801) et adressée par le maire Leblanc au sous-préfet du 3ème arrondissement. En voici le texte :
"Par votre lettre du 24 brumaire dernier, vous demandez que je vous transmette l'un des registres doubles concernant l'état civil et comme la lettre est antérieure à mon installation, je ne sais ce que le maire provisoire a répondu à cette lettre, mais tant que moi, il est impossible que je puisse vous en transmettre aucun puisque cet agent n'a tenu aucun registre sur l'état civil des citoyens."
Le 24 brumaire an IX (16 novembre 1800), il existe donc un maire provisoire qui semble ne pas avoir donné satisfaction à l'administration centrale.
Le 8 pluviôse an IX, le maire est Jean-François Leblanc. On ne connait plus guère ce personnage. La tradition ne nous en a conservé qu'un souvenir assez effacé. Il était né à Comblain-au-Pont le 22 novembre 1772, fils légitime des époux Jean-Nicolas Leblanc et Anne-Barbe Fairon. On prétend qu'il habitait rue du Moulin, la maison située contre celle du garde Debuisson, au pied du sentier conduisant à Saint-Martin. Jean-François Leblanc était sincèrement convaincu, mais il était très libéral, d'une grande tolérance et d'une parfaite largesse d'idées.
On ne sait rien de ses occupations si ce n'est qu'il devait tenir un débit de boisson. Ses idées cadraient bien avec celles émises par la jeune république française. C'est probablement son libéralisme qui l'a fait nommer maire. En sa qualité de libre penseur, il n'allait jamais à la messe, mais dès que les cloches appelaient les fidèles au sacrifice, il engageait les consommateurs qui fréquentaient sa taverne, à quitter le bouchon pour l'église, puis il fermait son café. Il continuait à se plier à une ancienne loi du prince-abbé de Stavelot enjoignant les cabarets à clore leurs portes pendant les offices.
Le 18 pluviôse an IX, il prie les concitoyens qui ont été désignés pour faire partie du Conseil municipal de venir s'installer à la mairie :
"Je m'empresse, citoyens, de vous annoncer vos nominations à la plume de la place de conseillers pour la commune de Comblain-au-Pont. Votre patriotisme est pour moi un sûr garant du zèle avec lesquels vous remplirez les fonctions honorables en conséquence qui vous sont confiées.. Vous voudrez bien vous rendre à Comblain-au-Pont au bureau de la mairie, pour vous y installer et vous occuper des fonctions auxquelles vous êtes appelés. Les membres de ce Conseil sont : Henri Ninane, Martin-Joseph Mercier, Grandchamps, Charles Biron, Jean-François Moureau, Antoine Closson et Jean-Lambert Ninane."
Mais Leblanc ne réussit pas dans sa mission comme il l'avoue dans un message du 1er ventôse an IX (20 février 1801) adressé au sous-préfet du 3ème arrondissement : "J'avais cru, citoyen sous-préfet, qu'en vous renseignant les citoyens que je vous ai présentés pour être membres du conseil municipal et auxquels le préfet a arrêté leurs commissions, je réussirais dans cette partie comme ayant recherché les hommes les plus éclairés de notre commune. Sitôt leur nomination me parvenue, je leur écris en leur donnant connaissance de la place de conseillers auxquels ils étaient nouvellement appelés, je les ai invités à se réunir dans un local que je leur avais préparé le 25 pluviôse dernier. Mais il ne s'est présenté au jour indiqué par mon invitation que trois. Il me semble, à ce que je peux apercevoir, que le promesse de fidélité à la constitution est un sujet qui empêche une partie. Il n'y a que le citoyen Granchamps qui ait donné une preuve de son dévouement pour le bien-être public, qui est resté à Comblen huit jours en attendant les autres collègues. Je remarque dans cette malheureuse commune que lorsqu'il s'agit d'un bien-être, personne n'y veut prêter la main. Salut et respect : J.F. Leblanc."
Aux heures critiques de la Révolution française, Leblanc avait eu le courage de prendre ses responsabilités et de tenir d'une main ferme les rênes de l'administration municipale. On croyait que la foudroyante campagne de la jeune république serait arrêtée par la coalition des princes. Les Français repartiraient aussi vite qu'ils étaient venus. On ne doutait pas que les Autrichiens n'exercent alors des représailles contre ceux qui avaient prêté aide aux sans-culottes. Devant l'instabilité de l'époque, il valait mieux rester sur une prudente réserve. C'est ce que firent les nouveaux conseillers municipaux.
Tous les actes de Leblanc étaient imprégnés de la haute notion qu'il avait de ses devoirs. Le dernier acte d'état civil signé par J.F. Leblanc date du 3 septembre 1813. Le premier acte de son successeur, le bourgmestre François de Grandchamps est du 24 septembre 1813.
J.F. Leblanc mourut à Comblain-au-Pont le 20 janvier 1853. Fidèle à ses convictions, il voulut être enterré civilement. Afin de perpétuer son nom, le Conseil communal nomma la place de l'Eglise, place Jean-François Leblanc.
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(1) On découvrira plus tard que le véritable premier maire de Comblain fut Hubert-Joseph PAUL, voir son histoire ci-dessous.
Source : Les Echos de Comblain
