Le pont primitif
C'est l'histoire mouvementée d'un pont dont Mr Castermans raconte les débuts dans son histoire de Comblain sous le vocable de "pont primitif" (Echos de novembre 2008).
Ce pont en bois enjambait l'Ourthe à hauteur de la place Neuforge. Sa première mention date du XVe siècle (l'histoire ne nous en révèle pas plus, pour l'instant en tout cas, qui l'a construit ou fait construire ? Il joue cependant un rôle crucial car il est la seule possibilité de passer à pied sec sur la rive droite de l'Ourthe sur un grand nombre de kilomètres). Le tablier de planches en bois repose sur un alignement de six piliers en moellons de pierres. Les documents retrouvés prouvent la grande utilité de cet ouvrage placé sous l'oeil vigilant du prince-abbé de Stavelot-Malmedy et de ses représentants sur place, lesquels surveillent de près (Record de 1454 : Echos de juillet 2013) son entretien et son éventuelle réparation lorsque, d'aventure, l'Ourthe se fâche et emporte la structure de bois lors des crues et débâcles.
Ce pont traverse les siècles avec quelques vicissitudes comme en témoigne le compte-rendu de l'un ou l'autre procès devant la Cour de Justice de Comblain.
Venons-en à la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle et à ses effets sur les citoyens de Comblain et sur leurs biens. Cette occupation française va d'abord se traduire par des réquisitions dont voici quelques exemples attestés par des documents :
Bon de réquisition : "bon pour un mouton et 40 livres de pain qui ont été fournis à la garde des chevaux et effets pris sur l'ennemi. Comblain-au-Pont, le 11e jour sans-culottide 2e année républicaine : le commissaire des guerres PIRSON".
Un bon de réquisition : "Armée de Sambre et Meuse : bon pour trois rations complètes de fourrage pour les chevaux de trois Dragons du 10e régiment qui ont conduit des prisonniers : Comblin (sic) le 2 sans-culottide 2e année. Pour le commissaire des guerres Robinet".
Un bon de réquisition : "Armée de Sambre et Meuse : Au nom de la République, la commune du village de Comblin et Géromont sont requis de fournir sur le champ au magasin des fourrages établis à VIEN la quantité de 500 bottes de foin du poids de 15 livres et celle de 50 sacs d'avoine sous peine d'être exécutée révolutionnairement. A Comblin le 29 fructidor 2e année Républicaine. Le commissaire des guerres Auxarde".
L'histoire générale rapporte que les sans-culottes se sont rendus tristement célèbres par leurs exactions et leurs avanies envers une population quelle qu'elle soit. Un député français de l'époque, Cambon de Montpellier, aura cette phrase cynique : "Quand on aura ruiné ce pays-là, quand on l'aura au même point de détresse que la France, il faudra bien que les Belges en viennent à la réunion !".
Vers 1794, lors des combats entre les troupes françaises et les coalisés, le pont de Comblain fut détruit par les premiers. Cela va donner lieu à un jugement du tribunal de Huy qui ne manque pas de sel. Qu'on en juge par les attendus de ce jugement :
"Napoléon, par la grâce de Dieu et les Constitutions, Empereur des Français, roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin et Médiateur de Confédération suisse : à tous présent et à venir, salut.
Le tribunal de première instance séant à Huy, troisième arrondissement du département de l'Ourte (sic), a rendu le jugement suivant : Entre Monsieur Jean-François LEBLANC, maire de la commune de Comblain-au-Pont agissant pour et au nom de ladite commune, demandeur comparant par Maître DELCHAMBRE, avoué, assisté de Maître DELCHAMBRE, avocat. Lequel avoué concluait à ce qu'il plut au Tribunal condamner les défendeurs ci-après nommés à concourir simultanément avec la commune de Comblain-au-Pont à la restauration et à la réparation du pont construit au droit de la prédite commune, sur la rivière d'Ourte, chacun suivant ses obligations respectives et dans les proportions suivantes, savoir : les sieurs PITTEURS ci-dessous nommés pour un premier membre à raison de 169 parties et demi des 313; HUBERT le prévôt et les autres nommés pour un deuxième membre à raison de 34 parties au nom du précité; le sieur Charles LEDUC et les autres nommés pour un troisième membre à raison de 63 parties du même nombre de 313; Nicolas-Joseph PAUL et les autres dénommés pour un cinquième membre, à raison de 12,5/313èmes; aux offres que fait la commune demanderesse de mettre les deux grandes arches du milieu de la dite rivière en état et cela, dans le délai de trois mois et de faire aider les ouvriers des défendeurs à monter les solives sur le pont, le tout conformément au RECORD de l'an 1558 (un jugement de l'Etat laïc s'appuyant sur un record d'une autorité religieuse !) ordonner que les dites restauration et réparation soient commencées dans le mois de la signification du jugement et achevée dans les trois mois ensuivant; si non; les dits délais passés, autoriser le maire de ladite commune à faire exécuter les travaux nécessaires à cette fin aux frais des défendeurs et chacun dans la proportion ci-dessus, à payer provisionnellement en main du receveur de la commune une somme de 6.130 frs à valoir sur les états à produire, sauf à procéder ensuite en prompte liquidation...".
Source : Cyrille Tahay "Les Echos de Comblain" Août 2013.
