Le pont de Comblain (XVe - XVIIIe siècle)
Histoire du pont primitif
Lorsque des obstacles naturels tels que des cours d'eaux empêchent le passage des hommes, il est indéniable que la construction de ponts est d'une grande utilité pour les relations humaines et le commerce. Certains ponts ont une existence séculaire et sont célèbres : le Pont Neuf à Paris, le pont d'Avignon, et plus près de chez nous, le pont des arches à Liège, le pont de Huy (Pontia) et le pont Saint-Servais à Maastricht. Ce n'est donc pas sans raison que plusieurs ponts figurent actuellement sur les billets de la nouvelle devise européenne. Le pont est symbole d'union entre les hommes.
L'importance du pont de Comblain a été décrite par le professeur Emile Detaille, auteur de la première histoire de Comblain, publiée en 1938 dans le cadre de l'histoire d'Aywaille et de la région Ourthe-Amblève du docteur Louis Thiry (1ère partie, tome II), puis en mars 1939 sous le titre "Histoire de Comblain-au-Pont. Comblen, l'ancienne mayeurie et commune, Fraiture-sur-Amblève, Comblain-Fairon, Comblain-la-Tour" (l'auteur était alors conservateur du Musée de Comblain-au-Pont). Une réédition a été tirée en 1997 : Emile Detaille, Histoire de Comblain-au-Pont, Comblain-Fairon et Poulseur. Nous y renvoyons le lecteur pour en savoir plus sur les éléments fondamentaux de l'histoire de la localité.
C'est au pont que la localité doit la forme actuelle de sa dénomination, bien que celle de "COMBLEN" était quasi la seule sous l'ancien régime. On y relève cependant quelques exemples antérieurs de la forme COMBLAIN-au-PONT. On peut citer à titre d'exemple, une ordonnance du prieur du chapitre de Malmedy du 9 juillet 1673 faisant état de ce qu'on se plaignait "qu'aux allarmes passées des Hollandois, les Manants de Comblen-au-Pont feroient des gardes dans l'église d'illec" (le prieur enjoignait la cour de pourvoir à la construction d'un corps de garde près du cimetière de l'église).
Les problèmes du pont de Comblain et les accidents dont il fut le théâtre, firent couler beaucoup d'encre. Il fut emporté à de multiples reprises par les crues de la rivière. La charge de son entretien et des réparations suscita bien des contestations. L'état défectueux du tablier de bois fut la cause de plusieurs accidents.
Les lignes qui suivent tentent de retracer une chronique des événements relatifs au pont de Comblain qui se sont succédés au cours des siècles. Ils furent relatés à l'époque et consignés dans les archives judiciaires de la "haulte Court et justice du Ban de Comblen".
Il était important que le passage de la rivière soit assuré, tant pour les habitants des nombreux villages du ban que pour les voyageurs venant du Condroz ou de l'Ardenne, des pays de Liège, de Stavelot-Malmédy, des duchés de Limbourg et de Luxembourg, dont les bourgs les plus proches étaient respectivement Sprimont et Aywaille.
Ceux qui habitaient la rive droite, notamment les habitants de Douxflamme et de Fraiture devaient fréquemment se rendre au centre de la localité en traversant le pont.
Tous ceux qui habitaient dans le ban avaient l'obligation de faire moudre leur grain au moulin banal appartenant à "Messieurs du vénérable chapitre de Malmédy, seigneurs tréfonciers de Comblen". Le moulin était loué à un meunier qui percevait les droits de mouture. Par ailleurs, le monastère possédait, outre des dîmes, des rentes et des bois, de nombreuses terres : un relevé des tenanciers astreints aux payements de redevances, fut établi en 1441 pour Comblain-au-Pont (Comblen), Oneux, Hoyemont, Halleux, Fraiture, Douxflamme, Monts (Pety Mon sour Heid, Gran Mon), Géromont. Le chapitre possédait encore la cense et la bouverie (ferme) de Raideux et la grosse dîme de Mont, louée en 1588 pour 136 muids d'épeautre à livrer à Fraiture ou à la demeure du receveur (céarier), ce qui impliquait le passage du pont. (v. Recueil des Chartes de l'Abbaye de Stavelot publié en 1930 par Jos. Halkin et C.G. Roland t. II. p. 438 et 602).
Le pont devait aussi permettre aux fidèles de la paroisse d'accéder à l'église Saint-Martin sise sur la colline en face du pont qui comportait une vaste enceinte, vestige de l'ancienne forteresse médiévale. La communauté s'y réunissait souvent en assemblée, répondant aux convocations affichées sur la porte de l'église ou annoncée au son de cloche. Parfois la réunion se tenait devant la brasserie.
La brasserie banale de Comblain se situait également sur la rive gauche. En 1588, le prieur du couvent de Malmedy la louait à bail de neuf années pour 10 florins d'or de rente annuelle avec obligation d'accommoder un grenier pour la remise des grains du monastère, levés à Comblain et aux environs. Elle compotait la "brassine" où l'on produisait la bière locale.
Y était annexée une taverne très fréquentée. A côté se trouvait la "chambre scabinale". Le brasseur devait mettre ce local à la disposition de la Cour composée du mayeur et de sept échevins. Il devait en assurer le chauffage gratis comme le reconnait en 1763 le brasseur Pierre-Antoine Grignet. Les audiences de cette cour étaient fréquentées et les justiciables ainsi que leurs procureurs (avocats) y affluaient d'autant que beaucoup étaient assez procéduriers voire chicaniers ! Un local était destiné à la prison (la ferme des seigneurs); on y conduisait les délinquants; la garde devait être assumée par ceux qui résidaient sur le fief de Fraiture.
Le record de coutume concernant le pont avait été rédigé au XVe siècle par le maïeur et les échevins. Il était déclaré que celui qui détenait le pont devait assurer le passage pour qu'il n'y ait aucun danger pour les habitants et les étrangers, à peine de dommages et intérêts en cas d'accident.
Le droit de passage pour les étrangers était de dix-huit deniers pour chacun d'eux et autant pour le cheval.
En principe, les habitants ne payaient pas de droit de passage mais tous étaient astreints, en cas de rupture de l'ouvrage, à devoir relever les deux arches qui se trouvaient au milieu.
L'existence de droit de passage ou pontage existait dans de nombreux endroits, notamment au pont de Chênée et au pont des arches à Liège.
Lorsque les crues de la rivière emportaient tout ou partie du pont, ce qui était fréquent, l'intervention de la communauté et des responsables du pont était requise.
Selon le record... "s'il advenoit que le pont en allast par fortunne de grandes eawez ou de hyroux (débâcle de glaçons), quant adoncq les massewirs debvent (doivent) remettre les deux grandez archez gîsant emmy (au milieu) le cours de l'Eawe hors de l'Eawe ung brehier haut (brayer = dispositif de levage) et à leur fraix et coste (coût, et debvent les massewirs aydir tirer les solivez sous le pont; et parmi ce faisant, ne debvent aultre choce que leurs passages (= ne doivent autre chose pour leur passage).
Ce texte a été publié en 1958 dans les RECORDS de COUTUMES du PAYS de STAVELOT, d'Edouard Poncelet, Maurice Yans et Georges Hansotte, avec un glossaire philologique d'Edgard Renard.
Le pont comportait plusieurs arches. Les gravures de l'époque montrent un alignement de six piliers en moellons de pierre. Les planches de bois, placées sur les solives, constituaient le tablier du pont où passaient les piétons, les chevaux et les charrettes. Apparemment, il n'y avait pas de garde-corps latéraux pour empêcher les chutes.
Ceux qui avaient des droits et des obligations relativement au pont étaient appelés les "comparçonniers". (co-partageants). Ils étaient tenus en raison de la possession de biens ou héritages affectés à la conservation du pont dont la plupart se situaient à proximité.
Les comparçonniers devinrent de plus en plus nombreux à la suite des partages successoraux et transactions relatives à ces héritages.
Ainsi le 26 novembre 1594, Everard de Mont vendit à Jean Nongnon d'Awan, demeurant à Olneux, deux pièces de terre; mais l'acquéreur dut prendre dès lors la charge d'entretenir la partie du pont à "laquelle estoit chargiet ledit Werar (Everard)".
Il arrivait que le pont soit endommagé par des troncs d'arbres ou grumes. Le 17 janvier 1613, les comparçonniers, en vertu de leur droit de "copropriétaires", intentèrent une action devant la Cour de Comblain, à l'encontre des marchands de bois, ils leur imputaient la responsabilité de la rupture du pont qui avait été heurté par de gros bois et des mairains (bois de construction) dont ils assuraient le transport par la voie d' eau.
Les bois provenant de la forêt d'Ardenne pouvaient être acheminés par flottaison. Des trains de grumes descendaient l'Ourthe, emportés par le courant. Quelques hommes expérimentés guidaient le convoi au moyen de gaffes ou perches munies de crocs (ferrés). Mais le danger était grand en temps d'hiver lorsque les eaux étaient fortes. C'est apparemment dans de pareilles circonstances que les piliers du pont avaient été endommagés par les convois de troncs d'arbres. Le procès suivit son cours; les comparçonniers obtinrent gain de cause et les marchands furent condamnés.
Le 21 mars 1614, l'officier prit la précaution de faire saisir les bois passant sur la rivière, conduits par Vincent Misson et Mathieu son frère pour le compte de marchands. Nous ignorons le sort de la procédure qui s'ensuivit.
Les conflits entre les bateliers et les riverains étaient fréquents. Comme l'écrit Jean Yernaux dans son Histoire du comté de Logne (p.129) : "Pour la descente de la rivière, les bateliers utilisaient le courant. Pour remonter le flot, on recourait à l'aide d'un cheval. Tantôt c'était les usiniers qui créaient des zones où les embarcations venaient s'échouer sur le gravier; tantôt c'étaient les crues qui transformaient l'eau en torrent, où la conduite des bateaux devenait si difficile qu'ils allaient parfois se jeter contre les arches des ponts et les démolissaient.
Au sujet des usiniers, il convient de relever que tout au long de l'Ourthe étaient établis des ateliers familiaux et de petites usines utilisant l'énergie hydraulique de la rivière pour produire la quasi seule force motrice de l'époque. Elles étaient exploitées par des industriels ou des artisans forgerons, charretiers, drapiers ou foulons... Ceux-ci érigeaient pour obtenir cette énergie ou "coup d'eau" des biefs avec murs de pierre en amont de leurs établissements comme il en était pour les moulins. Des pêcheries étaient parfois établies dans des retenues d'eau. Le 7 juin 1526, le doyen du chapitre de Malmedy avait donné en accense "la course delle eauwe dOurte" à Henri France d'Anthisnes et Jean Rifflair, pour faire mouvoir un marteau et une forge, moyennant entre autres redevances une livre de cire à l'église paroissiale de Comblain.
Un très important trafic de barques existait entre Liège et Barvaux et même au-delà. Les bateaux transportaient toutes sortes de marchandises : minerais, pierres des carrières, charbon de bois, barre de fer, cuirs etc...
Le 25 octobre 1613, l'officier (Daniel de Fraipont) assigna les comparçonniers du pont à savoir : la dame de Poulseur (Everard de Rahier, son fils, qui prit fait et cause) Pierre de Grange, Lambert Jean Genon, Adam gendre Taineau, Guillaume Le Duc de Gueldre, Piccard et Jean Libert. Il sollicitait de la cour une visite des lieux. La cour accéda à la demande et prit "inspection et occulaire vision du pont". Les magistrats constatèrent que la part incombant à Adam gendre Taineau était en petit état et n'était pas entretenue, que celle de Lambert Jean Genon était aussi en petit état (piètre état); certains éléments étant rompus et les baliveaux de peu de valeur. Quant à la partie du pont dont la responsabilité incombait à la dame de Poulseur, ils considérèrent que les solives et les baliveaux n'étaient pas valables. La cour ordonna la remise en état à bref délai.
Le 10 mars 1618, le voué d'Anthisnes (le sr. Florent Corbeau) en personne et d'autres comparçonniers du pont demandèrent à la Cour un record de coutume au sujet de la perception du péage. La cour déclara que tout étranger passant à cheval sur le pont devait payer aux héritiers (comparçonniers) un liard, et toute personne passant à pied la moitié et toute "beste à pied" la moitié d'un aidant.
Le 11 janvier 1620, le fils de l'avoué, Godefroid d'Anthisnes fit parvenir à la cour une lettre libellée comme suit :... remonstre le Sr. voé danthine joincte avec que luy tous les détenteurs des bien subjectz au pont de Comblen, (qu')est porté (au record) que advenant que le pont de Comblen fust emporté par herroz ou grande eawe que les mannans dudit Comblen sont tenus de repare les deux grosses arches, un bray hors de l'eawe.... Godefroid d'Antinne ajoutait que l'on demandait" que lesdites arches soient réparées, selon les termes du record, pour la commodité de la communauté qui (espérons-le !) ne voudrait pas s'offrir la ruine des détenteurs des héritages sujets à la charge des restaurations.
Le 15 février 1620, ce sont, cette fois, les conducteurs des bateaux qui se plaignent de ce que le passage par le chemin de halage ou chemin des neaveurs étaient entravés par les travaux du pont et que les embarcations étaient bloquées en deça du pont.
Le 1er mars 1620, Simon POLET se rendit à la Cour de justice.. Etaient présents les mayeur et échevins : "le Sr. Daniel Fraipont, Querin l'aisné, Strée, Lagaly, Piccard et Wathieu". Il fit état de ce qu'il s'était trouvé auparavant auprès du voué pour discuter payement du droit de passage selon "la charge de passeur par le Sr. Voé luy donnée" (1).
Le 21 mars suivant, l'officier de Comblain assigna aux plaids de quinzaine le voué d'Anthisnes et les autres comparçonniers du pont, parce que les habitants et le meunier ne savaient plus passer en raison de la rupture du pont. La cour de justice procéda à la visite des lieux et ordonna la désignation d'un passeur d'eau pour remédier à la situation tant que le pont n'était pas réparé.
Le procès se poursuivit devant le conseil provincial à Stavelot-Malmedy lequel, par sentence du 17 juin 1621, condamna les comparçonniers à faire réparer, "selon record, costume et usance", les deux arches situées du côté de Aywaille et à rembourser le passeur du salaire mérité depuis la rupture du pont.
Lors des plaids généraux du 5 octobre 1624, les habitants de Hoyemont et Olneux réclamèrent que le pont soit enfin remis en état. Le curé et le greffier de la cour de justice protestèrent de la situation faisant état des dommages et intérêts qu'ils pourraient réclamer en raison du préjudice qu'ils subissaient; le sieur de Résimont en fit de même.
Le 4 octobre 1625, Simon Polet, chargé du passage de la rivière par les héritiers et comparçonniers, déclara qu'il ne pouvait en être satisfait.
L'officier (Daniel de Fraipont) requit que les parties au procès soient désignées par leur nom; le greffier effectuerait cette tâche moyennant rémunération.
Le 14 décembre 1639 eut lieu une "journée extraordinaire" de la Cour. L'officier, par son procureur Harzé fit convoquer Jean de Résimont en raison d'une plainte formulée par Jean de Wilkain lequel avait exposé :
"Requestant sur le pont de Comblen avecq son cheval pour aller gaigner sa vie et menner une charge au heu de Theux où il at accoustumé de vendre; à raison que les hausses et bois du pont sont en ruyne et tremblent tout à coup tellemant que ledit cheval at glissé entre les bois du pont, en sorte que ladite charge est tombée dans l'eau et est perdue et ledit cheval en grand hazard de perdre la vie. Le plaignant faisait état de sa pauvreté et demandait d'être dédommagé de cette perte faisant valoir "qu'il est pauvre compaignon et n'at aulcuns biens, ny moyens pour nourrir et entretenir ses orphelins sins ledit... et cheval pour gaigner sa vie. Il suppliait la Cour, avec l'officier, d'obtenir en référé : "loix de tierce iour à aultre et pro Deo et ferez oeuvres méritoires implorant".
Il fut fait droit à sa demande et il obtint de la Cour une sentence favorable.
Le pont de Comblain semble avoir eu un sort meilleur que celui de Hamoir détruit pour des raisons stratégiques. En novembre 1637, au grand dam des habitants de Hamoir (qui avait attendu 40 ans avant de le voir reconstruit à leurs frais), le pont fut volontairement détruit par Jean de Crisgnée, commandant de la compagnie d'Ouffet obéissant aux ordres de la principauté de Liège pour empêcher le passage des troupes des belligérants qui avaient l'intention d'établir leurs quartiers d'hiver dans le Condroz liégeois.
La reconstruction du pont de Hamoir fut subordonnée à l'assentiment ou autorisation des représentants des Etats du pays de Liège. Ceux-ci ne s'empressèrent pas de la donner et pendant plus d'un siècle, le passage de l'Ourthe à Hamoir ne s'opéra qu'à l'aide d'un bac transporteur.
Le passage par le pont de Comblain continua mais non sans problème. Le 26 mai 1640, une nouvelle fois furent réunis les comparçonniers du pont pour une visite des lieux. Furent convoqués :
"Guillaume RESIMONT, Jean PIERRE, Jean le PREVOST, la relicte du ROY, Michel PAUL, Hubert de TILFVE, Gillet de COMBLINEAU et Jean LAMBERT". Il fut procédé à une inspection minutieuse de chacune des six arches du pont. Guillaume de Résimont dut s'abstenir d'être présent à cette vacation étant à la fois comparçonnier et échevin.
Le 8 juin 1641, le cellier ou receveur du chapitre de Malmedy, entreprit la saisie des "biens du pont". Il s'agissait de renouveler une liste qui avait été dressée le 12 décembre 1561. Furent appelés aux plaids extraordinaires du 8 juin 1641 pour renseigner la cour : Thiry Xhardé, âgé d'environ 90 ans, Rasquin Bovier : 80 ans, Jean Bovier : 67 ans, et Léonard de Harzé : 65 ans. Ces âges étaient approximatifs. Il s'agissait des biens suivants :
- le pré del Vaul joindant au rieu du mollin de stocq et d'autres stocq au chasteau et Rossooux possédé par François d'Oigné et consorts, et par la relicte Jean Querinn du costel vers Ourte.
- item, la Chaînée, possédé par plusieurs.
- item, le pré de là le pont, possédé par plusieurs.
- item, un journal de terre en Bovintré, possédé par plusieurs.
- item, les terres en la rue que possède la relicte Bastianne de Chanxhe, Hubert de Fairon, Barthélemy Le Gros, Jean Collienne et Michel Paul, joindant desoubz vers l'église parochiale.
- item, un cortil en la rue... ioindant (joignant) vers l'église parochiale.
- item, en thier de l'église.
- item, de par là le pont.
- item, une pièce de terre en Chauldtemps.
- item, un journal elle vigne delez le preit Jacqueminet.
- item, une pièce de terre au preit de Teneau.
- item, les jardineaux.
- item, le cortil de l'héritage de la brassine.
- item, une pièce de terre à la thour ioindant desseur vers Comblin aux enfants Evezrard Dizier, et dessoubz à l'orpheline (de) Jean Noel, vers l'eau au bras de Zizeau en real chemin du long que possède présentement la relicte Jean Querin.
- item, Wibieupreit, deux pièces vers Comblen et Comblin (2).
- item, Geneviere le pré que tiennent.
-) item, le grand pré du Laweit, joindant à l'aisance de Laweit. une pièce de preit en Laweit, deux partes en Laweit.
- item, une quette es vaulx, une pièce de terre en Chaspiester, les terres sur les Olneau, la maison pardevant le pont.
Le 2 septembre 1641, les "détenteurs subiects au pont de Comblen ajournèrent la demoiselle Margarite d'Anthines, parlant à sa servante remonstrant qu'icelle est tenancière des biens subiects à la réédification en entretenance du pont et passage et causants qu'ils sont intéressez et n'osent recueiller leurs grains à cause du grand command (saisie) à eulx faict, ils sustiennent les avoient à indemniser envers le cellier desdits Srs (de Malmedy) et réédifier ledit pont touchant ce qui luy complète". Marguerite D'Anthisnes prétendit avoir déjà contribué suivant sa part : ce qui fut contesté par le procureur de la partie adverse. Par ailleurs, elle assigna en garantie la veuve de Guillaume de Résimont à qui son père avait cédé des biens et droits relatifs au pont.
En 1673, le receveur du chapitre de Malmedy, s'en prit encore aux "possesseurs des biens du Pont de Comblen" auxquels il reprocha de ne pas s'acquitter comme ils le devaient de l'entretien du pont. Il fit valoir que celui-ci présentait plusieurs défectuosités et relevait que le 8 juillet, une vache appartenant à Jean Cuper avait eu la jambe rompue.
Une liste des possesseurs de biens grevés de l'obligation de réparation du pont fut dressée en 1693. Elle ne comportait pas moins de vingt noms : "Daniel STREE, Léonard et Wérard du CHAISNE (la veuve), Guillaume Jean LAMBERT, Mathieu D'EMBOUR, Henry le CROMBE, Louis BARTHOLOME, Jean le CAPITAINE, Mathieu PAUL, Rasquin BOVIER, Madame WAESBERG, le Sr FRAIPONT, de Tilff, Gilles et Jean des GRANGES, Werard de FATIRON, Jean le PREVOST (la veuve), Pierre et Dieudonné le MARESCHAL".
"Le Sr. Fraipont de Tilff (un des possesseurs) en personne dit que s'il y at quelque manquement ou défaut de sa parte, y vouloir remédier sommairement et sans aucun fraix". Il contestait toute responsabilité dans son chef.
La cour de justice, par décision du 14 août, ordonna une visite des lieux.
Le 7 octobre 1673, "le représentant le chapitre du Malmedy" a comparu et se plaignit de ce que malgré la proclamation d'un accord amiable sur le parvis de l'église, la réparation du pont n'était pas encore faite ni même commencée alors que les défenseurs avaient promis d'y pourvoir au plus tôt. En ce qui concerne l'indemnisation du préjudice subi par Jean CUPER, il déclarait cependant être satisfait de ce qui concernait le Sr. de Fraipont, Madame de Waesberg, Gilles de Grange, Werard de Fairon et consorts, ainsi que la veuve Le Prevost.
Le 18 janvier 1681, lors des plaids généraux de quinzaine, le mandataire du sieur de Fraipont de Tilff déclara que celui-ci avait fait réparer une partie du pont suivant l'obligation qu'il en avait, mais comme plusieurs comparçonniers étaient restés en défaut de s'acquitter de la même obligation, il protestait à leur encontre de tous frais et dommages-intérêts, requérant que sa protestation soit enregistrée et mise en garde de loi.
Les guerres allaient réserver au pont de Comblain, un sort encore plus funeste. Il fut entièrement détruit par des soldats qui ravageaient le pays. Il fallut une fois encore remédier à la situation.
En 1690, l'officier poursuivit les comparçonniers du pont afin de de les obliger à mettre un bateau pour passer la rivière. Ceux-ci ne contestèrent pas; iles s'acquittèrent de leurs obligations mais ils laissaient toutefois remarquer "que Monsieur Fraipont de Tilff qui en doit la plus grande partie n'y estoit pas". Au sujet de cette absence, une voix s'éleva : Werard de Fairon, un des comparçonniers, lequel déclara que M. de Fraipont l'avait chargé de dire à l'officier qu'il s'en remettait à sa décision.
Le 9 décembre 1690, un accord intervint entre les comparçonniers et Pacquay HARZE pour qu'il assume le passage de l'Ourthe moyennant le versement d'une somme de 34 écus par an, ceux-ci devant lui livrer une grande nacelle pouvant passer des chevaux.
Des difficultés surgirent encore entre l'officier, qui était alors Adolphe Guillaume de la VAULX-RENARD et le sieur de FRAIPONT de Tilff. Le conseil provincial de Stavelot constata que ce dernier ne voulait pas satisfaire à sa quote-part dans l'achat de la barque permettant le passage de l'Ourthe pas plus que de payer les gages du passeur.
Par sentence du 8 janvier 1701 "Messieurs du Conseil provincial se Son Altesse Eminentissime de Stavelot" le condamnèrent à concourir pour son contingent au payement de la barque et du salaire du passeur, le condamnant en outre aux deux tiers des frais de justice. La sentence fut affichée et signifiée au sieur de Fraipont le 23 janvier 1701.
Le 11 décembre 1716, un accord fut conclu entre le nouvel officier du ban de Comblain Joseph-Godefroid de Fraipont et la communauté de Comblain spécialement convoquée et assemblée. Il renonçait à l'action intentée contre elle au sujet de la réparation des arches emportées l'hiver précédent. Les dépens du procès seraient compensés. Il déclarait que les frais relatifs aux arches, pour lesquelles des difficultés s'étaient élevées, resteraient pour toujours à sa charge, 'pour autant que son contingent pourat importer et que l'obligation de ladite communauté touchant le brays haut est et sera par ceste présente déclaration entendu et désigné pour toute la succession des temps sur la 3e et 4e arches du pont composé actuellement de 6 arches". C'était les arches du milieu du pont dont la responsabilité relevait de la communauté selon le record de coutume du XVe siècle.
Lors des plaids de quinzaine du 19 février 1724, François le CAPITAINE, meunier banal de Comblain rappela qu'il s'était plaint à plusieurs reprises de la "caducité" du pont et qu'il lui était impossible d'y passer avec ses chevaux pour aller chercher des "meuinées" au delà de l'eau, ce qui lui causait préjudice. Il invitait la cour pour qu'elle s'acquitte du devoir de sa charge comme mambour de la communauté en contraignant les comparçonniers du pont de l'entretenir et de le mettre en état tel que l'on puisse s'en servir en toute sécurité.
Le 16 juin 1742, une affiche fut apposée sur la porte de l'église. Tous les habitants étaient convoqués en raison de la carence des comparçonniers. Il fut procédé le 22 juillet à une visite du pont avec Dieudonné LAURENT, maître menuisier. Il fut constaté que plusieurs pièces de bois ne valaient plus rien.
Une solution fut trouvée par la suite : Guillaume de FRAIPONT et Jean Louis FLAGOTHIER, représentant les comparçonniers, concédèrent pour trois ans la recette du droit de passage sur le pont de Comblain à Jean REMY à charge d'entretenir le pont sauf "en cas de guerre et accidents imprévus" (acte du 18 mai 1753). Le contrat comportait une clause de tacite reconduction.
En 1762, le sieur Flagothier qui faisait fonction d'officier, dénonçait les défectuosités du pont lequel menaçait "une ruine totale". Il fit convoquer les comparçonniers pour les avertir qu'ils devaient se rendre le dimanche suivant à la sortie de la basse et grand-messe, pour qu'ils y mettent la main et fassent faire les réparations nécessaires. Il fut procédé à une expertise par Pierre Antoine GRIGNET "ouvrier connaisseur" (c'est-à-dire maître d'oeuvre lequel était par ailleurs échevin). Le 1er mai 1764, tous les habitants après les messes, furent réunis, sur le cimetière, aux ordres de l'officier faisant fonction, lequel donna lecture des ordonnances du prince-abbé concernant notamment l'entretien des chemins et du pont. Il enjoignit aux 'partioniers" du pont de le réparer endéans les 15 jours à peine de visite (expertise et frais conséquents). Nous ignorons l'issue de la procédure, mais en 1790, les habitants de Fraiture-sur-Amblève estimaient encore que l'on ne pouvait se rendre à Comblain que par "un mauvais pont". Durant l'hiver 1794-1795, le pont fut emporté par les eaux de la rivière et on ne put plus traverser l'Ourthe qu'au moyen d'une barque. Cette situation perdura jusqu'en 1895, comme le révèle Alphonse CASTERMANS dans son étude consacrée aux rues et places de Comblain publiées dans les "ECHOS DE COMBLAIN" du mois de janvier 2002.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(1) Orthographe de l'époque respectée dans certains extraits.
(2) Déjà à l'époque, Comblen est différencié de Comblin (Comblinois = Comblain-la-Tour).
Source : André MOREAU, Premier Président de la Cour d'Appel Honoraire, "Les Echos de Comblain", de mars à juin 2002.
