Le four à chaux
On trouve l’origine de nos carrières dans le trou banal existant sur le territoire de chaque village et où les paysans allaient s’approvisionner de pierres pour leurs besoins personnels. De bonne heure, ils utilisèrent les veines de calcaire pour en tirer la chaux, qu’ils employèrent comme engrais. Le bail d’une métairie située à Fraiture-sur-Amblève, convention datant de 1768, stipule que le fermier est tenu de répandre, une fois tous les sept ans, sur les terres cultivées, cinq mille livres de chaux par journal (un journal valant 22 ares). Ce canton suit l’assolement triennal du Condroz, qui consiste pour le métayer à planter la première année des parmentières ou des betteraves, la seconde du seigle, la troisième de l’avoine et l’on recommence. Après six ans, on laisse reposer le sol une année. C’est lors de cette pause que le censier étendait sur la parcelle de la chaux pour « refaire » la terre. (On leyive li tère si r’fé.) La Révolution française provoqua un arrêt dans la culture. Les campagnards effrayés par la tourmente qui livra le pays au passage des armées étrangères, doutant chaque jour de la sécurité du lendemain ne cultivèrent plus que le strict minimum, et encore sans grand soin. Lorsque le calme se rétablit, bien des terrains laissés à l’abandon étaient devenus incultivables. A cette époque d’ailleurs, les instruments agricoles étaient rudimentaires. L’araire primitif, effleurant le sol, la herse à dents de bois étaient tout à fait insuffisants. Pour rendre au terroir des moissons florissantes, il fallait lui infliger une violente secousse, capable de détruire toutes les plantes parasites qui s’étaient incrustées dans les étendues incultes. Les rustres songèrent à la chaux qui eut vite fait de remettre les héritages en bon état. Les fermiers remarquèrent que le calcaire répandu chaque année augmentait le rendement des denrées. Il est vrai qu’alors, l’élevage était à peu près nul, les paysans ne disposaient guère de fumier. Ils en avaient beaucoup trop peu, en tout cas, pour fournir à la glèbe productrice un régénérateur. La chaux n’avait pas encore été utilisée dans la bâtisse où l’argile servait de mortier. Mais comme engrais elle devint d’un usage général et bientôt chaque famille appartenant à la bourgeoisie campagnarde, c’est-à-dire modeste propriété terrienne, posséda son four à chaux. C’était une petite tourelle, ronde ou carrée, d’une capacité variant entre deux et trois mètres cubes. Elle avait deux entrées opposées et deux dalles en grès, inclinées, jouant le rôle de grilles, qui permettaient de retire le produit de la calcination. La houille servait de combustible pour cuire la pierre. Les villageois faisaient presque toujours appel au concours d’un chaufournier pour lui préparer la chaux. Un homme du métier évitait les incuits et, question capitale, réalisait des économies de charbon. Les fermiers ne se préoccupant que d’assurer leur propre consommation, n’avaient pas de dates fixes pour la mise à feu. Les fours fonctionnaient deux ou trois fois l’an, selon les besoins. Sitôt la moisson engrangée ou encavée, le censier versait l’engrais sur son champ. On s’aperçut bientôt, qu’à la longue, la propriété traitée à la chaux, produisait de moins en moins. Le calcaire grillé, stimulant trop énergique, avait brûlé tous les éléments nutritifs du sol. Cela provenait de ce que les cultivateurs usaient, sans méthode, de cet amendement. Sur un fond abondamment fumé la chaux est un engrais excellent qui, en outre, anéantit mauvaises herbes et chiendents. Mais si la fumure est négligée, la terre s’épuise. Cette constatation douloureuse donna naissance au proverbe : « La chaux enrichit les parents mais ruine les enfants » Vers 1850, elle fut définitivement abandonnée comme engrais. Les fours furent délaissés et aujourd’hui, leurs débris couverts de lierre, entourés de tranchées d’où l’on avait extrait la pierre, semblent les restes d’une fortification en ruine. Source : Les Echos de Comblain.

Le four à chaux

On retrouve sur la route menant de Comblain à Mont, les vestiges d’un four à chaux, témoins d’une autre époque.

On trouve l’origine de nos carrières dans le trou banal existant sur le territoire de chaque village et où les paysans allaient s’approvisionner de pierres pour leurs besoins personnels. De bonne heure, ils utilisèrent les veines de calcaire pour en tirer la chaux, qu’ils employèrent comme engrais. Le bail d’une métairie située à Fraiture-sur-Amblève, convention datant de 1768, stipule que le fermier est tenu de répandre, une fois tous les sept ans, sur les terres cultivées, cinq mille livres de chaux par journal (un journal valant 22 ares). Ce canton suit l’assolement triennal du Condroz, qui consiste pour le métayer à planter la première année des parmentières ou des betteraves, la seconde du seigle, la troisième de l’avoine et l’on recommence. Après six ans, on laisse reposer le sol une année. C’est lors de cette pause que le censier étendait sur la parcelle de la chaux pour « refaire » la terre. (On leyive li tère si r’fé.) La Révolution française provoqua un arrêt dans la culture. Les campagnards effrayés par la tourmente qui livra le pays au passage des armées étrangères, doutant chaque jour de la sécurité du lendemain ne cultivèrent plus que le strict minimum, et encore sans grand soin. Lorsque le calme se rétablit, bien des terrains laissés à l’abandon étaient devenus incultivables. A cette époque d’ailleurs, les instruments agricoles étaient rudimentaires. L’araire primitif, effleurant le sol, la herse à dents de bois étaient tout à fait insuffisants. Pour rendre au terroir des moissons florissantes, il fallait lui infliger une violente secousse, capable de détruire toutes les plantes parasites qui s’étaient incrustées dans les étendues incultes. Les rustres songèrent à la chaux qui eut vite fait de remettre les héritages en bon état. Les fermiers remarquèrent que le calcaire répandu chaque année augmentait le rendement des denrées. Il est vrai qu’alors, l’élevage était à peu près nul, les paysans ne disposaient guère de fumier. Ils en avaient beaucoup trop peu, en tout cas, pour fournir à la glèbe productrice un régénérateur. La chaux n’avait pas encore été utilisée dans la bâtisse où l’argile servait de mortier. Mais comme engrais elle devint d’un usage général et bientôt chaque famille appartenant à la bourgeoisie campagnarde, c’est-à-dire modeste propriété terrienne, posséda son four à chaux. C’était une petite tourelle, ronde ou carrée, d’une capacité variant entre deux et trois mètres cubes. Elle avait deux entrées opposées et deux dalles en grès, inclinées, jouant le rôle de grilles, qui permettaient de retire le produit de la calcination. La houille servait de combustible pour cuire la pierre. Les villageois faisaient presque toujours appel au concours d’un chaufournier pour lui préparer la chaux. Un homme du métier évitait les incuits et, question capitale, réalisait des économies de charbon. Les fermiers ne se préoccupant que d’assurer leur propre consommation, n’avaient pas de dates fixes pour la mise à feu. Les fours fonctionnaient deux ou trois fois l’an, selon les besoins. Sitôt la moisson engrangée ou encavée, le censier versait l’engrais sur son champ. On s’aperçut bientôt, qu’à la longue, la propriété traitée à la chaux, produisait de moins en moins. Le calcaire grillé, stimulant trop énergique, avait brûlé tous les éléments nutritifs du sol. Cela provenait de ce que les cultivateurs usaient, sans méthode, de cet amendement. Sur un fond abondamment fumé la chaux est un engrais excellent qui, en outre, anéantit mauvaises herbes et chiendents. Mais si la fumure est négligée, la terre s’épuise. Cette constatation douloureuse donna naissance au proverbe : « La chaux enrichit les parents mais ruine les enfants » Vers 1850, elle fut définitivement abandonnée comme engrais. Les fours furent délaissés et aujourd’hui, leurs débris couverts de lierre, entourés de tranchées d’où l’on avait extrait la pierre, semblent les restes d’une fortification en ruine. Source : Les Echos de Comblain.
Géolocalisation
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