La roche de Bayard.
Ancienne appellation du Pic Napoléon.
Je crois qu'aucun Comblennois, avant la lecture de cet article, ne serait à même de dire où se trouve, dans son village, "la roche de Bayard".
Cette dénomination a, en effet, totalement disparu. J'en dois la découverte à un registre de 1681 appartenant au Musée local. Ce volumineux monument de plus de mille pages manuscrites, donne, pour l'année susdite, le dénombrement de tous les biens du ban de Comblen. Il est d'un intérêt capital pour l'étude du passé de notre commune. Bref, j'ai eu la bonne fortune d'y recueillir la mention "roche de Bayard" et les détails nécessaires pour la localisation dudit rocher.
Voici le passage qui s'y rapporte et qui traite des biens de Rasquin Bovier de "Comblen" : (page 65)
"Item sur chessionn environ cinque iournaux labourables ioindant a la roche de Baijard et le rest qu'il at leur ledit chession, il le laisse a aisance".
En marge, à gauche, se lit "3stier" (= 3 setiers).
Il s'agit sans conteste, des terrains situés dans le bois du Chession, non loin du Pic Napoléon, et qui furent jadis labourés.
Ainsi, la roche de Bayard ne peut s'identifier qu'avec ladite aiguille qui rappelle, au surplus, mais en petit, celle de Dinant, connue également sous la dénomination Rocher Bayard.
L'un et l'autre de ces rochers sont au surplus séparés par la falaise-mère.
Nous ignorons si une légende locale explique l'origine de notre "Roche de Bayard".
Chacun sait que Bayard est le fabuleux et célèbre coursier qui emportait les quatre fils Aymon et, grâce à ses bonds prodigieux, les soustrayait aux poursuites de leurs ennemis.
Lorsque le nom de "roche de Bayard" se perdit chez nous, il fut remplacé par celui de "pierre Charlemagne" évoquant le prestige légendaire de cet empereur contre qui les quatre frères luttèrent si longtemps et avec tant d'acharnement...
Le toponyme "Pîre Chârlèmagne" ou par abréviation "Chârlèmagne", était en usage à l'époque de l'indépendance nationale. Marie Hans de Comblain, née en 1846 et décédée en 1941, n'a jamais employé que ce terme dont "Les Echos du Terroir - Cahier Comblennois" ont parlé en octobre 1938 dans un articulet intitulé : "la légende du Pic Napoléon" page 6 (1).
Le nom du grand empereur (que nos livres d'histoire disent être nés à Jupille ou à Liège) s'effaça, lui aussi, insensiblement, et fut remplacé à l'époque moderne par l'appellation Pic Napoléon qui prévaut toujours et doit sa fortune au tourisme naissant et à l'accueil que lui réservèrent de bonne heure les cartes-vues magnifiant les sites locaux.
Rappelons que notre aiguille rocheuse est l'objet d'une curieuse légende d'après laquelle la pierre va boire dans l'Ourthe, à minuit, une fois par an.
Nous avons, il y a quelques lustres, rappelé ce mythe et exposé le sens qu'il fallait lui attribuer (2).
Nous avons dit également que ce récit d'apparence si naïve, se rencontre aussi ailleurs qu'à Comblain, notamment à Remouchamps et à Plainevaux, ainsi que dans de nombreux endroits de la France.
Il s'applique à de gros blocs naturels de pierre et surtout à des monuments mégalithiques de l'époque préhistorique.
Beaucoup de Comblennois savent encore que la dénomination "Pic Napoléon" n'eut pas l'heur de plaire aux Allemands installés chez nous au cours de la première guerre mondiale (1914-18). Ils envoyèrent de petits projectiles vers la célèbre stèle, puis voulurent la détruire totalement par la poudre sous le fallacieux prétexte qu'elle menaçait de s'écrouler et d'obstruer la route.
Ainsi donc, notre aiguille rocheuse est encore plus célèbre que nous le croyions : elle s'est parée, tour à tour, du nom des plus grandes figures légendaires et historiques de chez nous : le chevalier Bayard, Charlemagne et Napoléon.
Son antique appellation de roche de Bayard la rattache au surplus au souvenir de deux chemins médiévaux qui se croisaient à Comblain centre et qui étaient désignés sous les noms de vôye dès cwate Fis Aymon (3)
Comblain-au-Pont ? C'est une terre de légende.
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(1) Ciney - imprimerie Pesesse
(2) "Echos de Comblain", décembre 1946 (pages 1 et 2) ; avril 49, (p.6) et juillet 49 (p.2).
(3) Voir encore nos "Echos" de juillet 1951 (p. 51) sous le titre : "Notre voirie ancienne"
Source : Emile Detaille, li rotche d'a BAYARD, Echos de Comblain, n°6, juin 1962, p. 48.
