Historique du Musée de Comblain
Publié dans "Les Echos de Comblain" en 1983 sous le titre "Le MUSEE de Comblain-au-Pont compte un demi-siècle d'existence".
A) Historique du bâtiment.
1. Une chapelle.
Les souvenirs les plus lointains recueillis auprès des anciens de Comblain et spécialement de la bouche de M. Armand Grignard (1872-1936) (1) disent que la bâtisse du musée fut d'abord une humble chapelle au sujet de laquelle nous possédons bien peu de renseignements.
Si nous examinons la moitié gauche de la façade du musée nous remarquons deux arcs surbaissés (en forme de sourcils) qui faisaient peut-être partie d'une nef ou qui surmontaient deux fenêtres disparues et remplacées par les actuelles qui n'ont pas été percées exactement sous les arcs primitifs : irrégularité qui nous décontenance un peu à l'heure actuelle.
Nous venons, semble-t-il, de trouver une preuve officielle de l'existence de la chapelle dans le bâtiment actuel du musée. Voici le texte que nous avons eu la joie de découvrir dans un registre paroissial indiquant les anniversaires à décharger dans l'église de Comblen :
"...la maison ioindante (joignant) d'amont à la petite église et a la vôye q (=qui) vat à l'église... Ce qu'attesté ordonné l'an XVc et XVII (=1517), III Octobris (3 octobre); pnts (= présents) Sir Jehan de Petra, vestij (curé), Sir Jehan Califiex et Jehan de Rorive" (page 47, verso).
Ainsi est bien établie la distinction entre ces deux édifices si proches : l'église paroissiale (rue de l'Egalité) et la chapelle qualifiée de "petite église". Nous apprenons aussi qu'une maison est contigüe à la chapelle. Cette demeure était déjà apparemment la maison pastorale qui a subsisté, avec beaucoup de remaniements, jusqu'en 1910.
Ainsi le bâtiment du musée aurait déjà existé avant 1517.
Par ailleurs, les souvenirs des anciens nous disent encore qu'il doit rester dans le sous-sol contigu plusieurs murs de fondations que personne n'a jamais vus.
On peut admettre que la chapelle avec la demeure de son desservant fut bâtie par Renier de Brialmont, originaire de Mont-Comblain, moine de Malmedy en 1454, prévôt à Comblen en 1460, doyen ou prieur de l'abbaye de Stavelot-Malmedy en 1483, vesti (curé) de l'église Saint-Géréon en 1485. En 1480, il fit construire une chapelle à Xhoffraix (travaux terminés en 1484).
Renier de Brialmont mourut le 165 janvier 1501. Des membres de cette famille noble et de grande piété sont souvent cités dans le registre des anniversaires de cette époque déjà bien lointaine.
Un membre de cette famille : Lambert de Brialmont fut vicaire chez nous (1552, 21 septembre - 1606, 21 mai).
2. Une maison pastorale.
Quand "l'ancien presbytère", comme on dit à Comblain, est-il devenu officiellement la cure ? Et quand la chapelle a-t-elle disparu ? Nous l'ignorons.
Dans un registre des rentes d'anniversaires, nous lisons à la date du 31 mars 1623 : "Je, Lambert Léonard, pasteur douffet (d'Ouffet), atteste in verbo sacerdotis avoir demouré en la maison pastorale de Comblen, deserviteur (desservant) soubz Vénble (sous le vénérable) sir Jehan de rahier, pour lhors (alors) curé dudt (du dit) lieu, lespace de dux années rottiers (en wallon : è rote) et continuelles, sçavoir les années 1586 et 1587 sij je me recorde bien" (en wallon : "si r'cwèrder" = se souvenir) (folio 49, verso).
Attestation d'un autre vicaire : "Je, soubscript (soussigné), atteste in verbo sacerdotis que jaije demouré en la maison pasturale de Comblen lespace de trois ans rottiers, sçavoir les ans 1597, 1598 et 1599". (Registre des rentes d'anniversaires, folio 49, recto). Ces lignes sont du vicaire Everard Macidonne qui fut curé à Hody où il est signalé de 1600 à 1649.
Le 29 mars 1623, le vicaire Jean Paulij, affirme, à son tour, ce qui suit : "Je, le soubscript, atteste in verbo sacerdotis que jaije demouré en la maison pastorale de Comblen, lespace de dix ans rottiers et continuelles, sçavoir l'an 1600, 1601, 1602, 1603, 1604, 1605, 1606, 1607, 1608 et 1609" (registre des rentes d'anniversaires, folio 49, recto).
Vers 1600, le curé de Comblen et de Fairon Jean de Rahier quitta la cure de Fairon pour venir s'installer dans celle de Comblen, mieux au centre de sa paroisse.
Après ce prêtre, les curés suivants résidèrent sans arrêt dans le bâtiment devenu de nos jours le siège de notre musée :
Adolphe de Boijs : 1608 - 1640 (on dit que c'est celui qui avait agrandi et modernisé la maison curiale).
La porte de la cave porte le millésime 1626.
Balthasar Sauvage, dit : André : 1650 - 1678.
Henri-Arnold de Haling : 1675 - 1698 (la niche surplombant la porte est datée de 1676).
André-Martin André : 1698 - 1739.
Reynaud Gillet : 1740 - 1770.
Jean-Joseph Gillet : 1770 - 1805.
Jean-Quirin Gillet : 1805 - 1835.
Jean-Gérard-Joseph Hawaux : 1835 - 1848.
Noël-Joseph Bodson : 1848 - 1871.
Antoine Gohy : 1871 - 1883.
Adolphe Dimbourg : 1883 - 1895.
Henri Collard : 1850 - 1910.
Celui-ci fut le dernier curé à avoir vécu dans l'antique presbytère.
Le curé Joseph Schreuder, arrivé à Comblain en 1910 ne voulut pas résider dans ce bâtiment trop vétuste, trop sombre et, surtout, trop humide. En attendant la construction d'un nouveau presbytère qui fut construit en 1928, il résida sur la Grand-Place (maison actuelle boucherie Romain).
A partir de 1910, l'antique maison presbytérale devint pour les Comblennois "l'ancien presbytère".
3. Un cabaret (Place Communale n° 23).
En 1910, semble-t-il, l'ancienne cure, devenue propriété communale inoccupée, fut donnée en location à Jules Deltour et à son épouse Marie Guissard qui y tinrent cabaret (1910 - 1919).
La salle de café (la première pièce à gauche en entrant) fut aussi en 1915 le local de l'Excelsior Football Club de Comblain jusqu'après la guerre de 1914-18.
Après le départ des tenanciers, le café fut repris par Arthur Gillard et sa femme Lucienne Demelenne (1919 à 1922).
Pour ces deux familles de cabaretiers, un petit détail : le puits de la cave servi à maintenir dans une eau fraîche les bouteilles de pèkèt, boisson qui doit toujours être "bin frisse" lorsqu'on la sert...
4. La conciergerie communale.
Le 11 juillet 1922, le bâtiment qui disposait d'un téléphone accessible au public fut occupé par Mme Juliette Poncelet, veuve de Gaston Maon, ancien combattant et invalide de 1914-18, décédé le 7 juin 1920.
Mme Maon habitait là avec sa mère, Cadîye (Léocadie) Renard, son frère Hubert et sa fille Marthe Maon.
La concierge était chargée d'entretenir le bâtiment et ses abords, d'assurer la propreté du monument élevé à la mémoire des soldats de 1914-18, de nettoyer l'ancienne pièce du café, devenue salle de réunions, entre autres pour le Conseil des Prudhommes qui y tenait régulièrement ses assises chaque samedi (après-midi et le soir). La distribution des timbres de ravitaillement y eut également lieu en 1940-45.
Les réunions du musée s'y tinrent de même chaque mois dès décembre 1933.
Enfin, Mme Maon tenait la comptabilité du téléphone et avait la garde de la clef du cimetière de Saint-Martin qui, en temps normal, était fermé.
Après le départ de la concierge le 16/01/1954, le bâtiment fut laissé à la disposition du musée qui prenait de plus en plus d'extension.
5. Le Musée.
J'en conçus l'idée en 1933 surtout quand, en juillet, M. Armand Grignard me promit de léguer son intéressante collection de silex préhistoriques au nouvel organisme dès qu'il serait constitué.
Entretemps, j'entrepris patiemment la visite de chaque famille de Géromont en vue de recueillir tout témoignage concret de notre passé : objet de vaisselle, outils, livres, cartes-vues, vêtements, bibelots, etc...
Pour les autres villages, je fus largement secondé par M. Jules Macaut de Comblain. Soulignons la participation désintéressée et même surprenante des gens de la commune (les apports se poursuivent d'ailleurs encore en cette année 1983, avec un ralentissement toutefois vu que le musée doit être restauré).
Bien souvent, à l'heure actuelle, ce sont les Comblennois eux-mêmes et des gens des environs qui nous informent des objets qu'ils tiennent à notre disposition.
Le Musée de Comblain est vraiment le résultat de la coopération des habitants de chez nous et de la région. Nous ne saurions trop les remercier.
B) Historique du Musée.
Le premier document de celui-ci est une feuille de cahier portant ce texte : "Sont d'avis de constituer un comité en vue de la création d'un musée lequel servirait pour les écoles du pays ainsi que pour la propagation de la vie touristique à Comblain : (suivent les signatures de )
N(icolas) Pitot ; Detaille Emile ; Arm(and) Grignard ; Ernest Grégoire ; Dr A(lbert) Dupagne ; M(arcel) Bouffa ; E(mile) Colle ; Dr Humblet (Maxime) ; H(enri) Michel ; Fr(ançois) Dimbourg ; J(oseph) Voos ; F(élix) Degrange ; Jos(eph) Paulus ; A(lphonse) Dehan ; G(eorge) Laport ; F(ernand) Gavage ; I(rma) Léonard ; Léonard Tahir ; J(ules) Flamand ; L(ucien) Bry ; R(ené) Lecarme ; J(ules) Macaut ; Ch(arles) Lefils ; Henri Moureau ; N(icolas) Lejeune ; Jos(eph) Magnée ; Yvette Némirovsky ; Jos(eph) Renard ; R(aymond) Troupin ; O(mer) Davin ; O(ctave) Mauxhin ; L(ucien ) Dardenne.
Le 25 octobre 1933, l'Administration communale de Comblain-au-Pont était avisée de l'intention des signataires.
Le 30, la Commune nous répondait déjà quelle mettait à notre disposition, pour le dépôt de nos premières "collections", la salle du rez-de-chaussée, située au-dessus de la salle des réunions.
La première assemblée, le 8 décembre 1933, fut celle de la formation du comité. Suivirent les projets de statuts. Le titre du nouvel organisme fut : "Musée de Comblain-au-Pont".
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(1) Ancien instituteur communal à Oneux, préhistorien et vice-président du musée de 1933 à 1936.
Source : Emile Detaille dans "Les Echos de Comblain" décembre 1983.
