Historique des cinémas de Comblain.
Aujourd’hui, si vous le voulez bien, nous irons voir ensemble, sur l’écran du passé, l’historique du cinéma local.
Le cinéma fut d’abord nomade… Le tout premier cinéma qui fit son apparition à Comblain fut « le cinéma Biot ». Vers 1892, M. Biot habitait sur la Grand’ Place du village et exploitait une friture. Sa famille émigra vers 1895 mais réapparut en 1902 à la fête du mois d’octobre. Un des fils s’occupait d’un manège « à deux étages », un autre, d’un carrousel « vélodrome » et la fille Marie, d’un cinéma. De 1902 à 1908, ce cinéma fut la grande attraction de la fête locale. Sa masse imposante se dressait sur notre place publique, entre la fontaine et le pont du vicinal. La salle était un vaste baraquement coiffé de bâches et pourvu de bancs placés en gradins. 250 à 300 spectateurs pouvaient assister aux représentations qui étaient assez brèves (en moyenne 90 minutes) et se suivaient de près. Les films projetés étaient d’origine française et ne comprenaient qu’un court-métrage. Ils avaient un caractère burlesque mais aussi documentaire. Vers 1905, l’entrée était fixée à 0,50 fr. pour les secondes et 1 fr. pour les premières. Un commentateur posté dans la salle développait devant le public les diverses phases du film. Une machine à vapeur, génératrice de courant, produisait inlassablement un bruit monotone et désagréable que devait dominer la voix du « speaker ». Après chaque partie, la machine se taisait et des orgues « Limonaire » faisaient entendre les plus beaux airs de l’époque. En 1908, un incendie provoqué par un court-circuit provoqua un affolement parmi la foule, ce fut la dernière année qui vit paraitre chez nous cette attraction qui avait fait connaitre le cinéma à nos concitoyens. A la même époque, il y eut aussi sur notre place, un second cinéma, dit « Loncin », (du nom de son propriétaire originaire d’Ougrée. Il présentait les mêmes caractéristiques que le premier mais n’eut pas sa popularité. …avant de s’établir à demeure. Au cours de l’automne 1912, le premier cinéma sédentaire de la commune commença à fonctionner dans la salle de l’Union Coopérative Socialiste de Comblain. Il s’appelait « Le Cinéma Géant » et était la propriété de trois liégeois associés : MM. Arthur Cornet, Pierre Grosjean et Charles Balthasar. L’appareil était un don de leur ancien employeur, M. Wallenda, directeur du Cirque des Variétés de Liège. Au cours de la guerre 1914-18 l’appareil, l’écran et les accessoires de bruitage furent mis en sécurité. Le 5 octobre 1919, le cinéma fonctionna de nouveau mais cette fois au nom de la Coopérative elle-même. Il disparut en décembre 1933, non seulement devant les exigences du public mais aussi devant l’impossibilité financière de projeter des films de grande valeur. Dès 1919, certains films devinrent si longs qu’il fallut toute une suite de dimanches pour les jouer. Citons : « Le tourbillon », six ou sept dimanches ; « Homincullus », dix ou douze dimanches, deux épisodes à chaque séance. Tandis que les spectateurs suivaient la projection avec un intérêt palpitant et lisaient les textes explicatifs intercalés entre deux vues (l’ère du film commenté était révolue), un ou plusieurs musiciens exécutaient des airs variés sans rapport avec le film. Certains films furent agrémentés au moyen de chants. Le programme d’une séance comprenait généralement un petit film et un grand film, précédé ou suivi d’un « comique » ou d’un documentaire en une partie. Les représentations qui comprenaient deux entr’actes duraient d’habitude trois heures au cours desquelles 3000 à 3200 mètres de ruban étaient déroulés sur un écran de 4m35 sur 3m35. La salle primitive, qui n’avait pas de balcon, permettait à 350 ou 400 spectateurs, assis sur des bancs rapprochés les uns des autres, de suivre les séances qui se donnaient seulement à l’époque des longues soirées et uniquement le dimanche : en matinée à 14h30 et en soirée à 19h30 ou 20h. Assez tardivement, les films de choix et donc coûteux furent déjà projetés le samedi. Enfin entre 1920 et 1930, il y eut, le jeudi, des séances instructives ou récréatives (1 fr. d’entrée) dont le programme comprenait une causerie et un « beau grand film ». Les prix d’entrée, en 1912 étaient fixés à 3,30 fr. pour les enfants et à 5,50fr. ou 1 fr. pour les adultes. En 1933, les mêmes tickets étaient portés à 3fr. pour les enfants et à 5 fr. pour les adultes. Voici venu le moment d’aborder l’historique du cinéma muet du Cercle catholique St-Martin. Les premières séances débutèrent peu après l’armistice. Les opérateurs furent successivement : MM. Le vicaire Englebert (1919), Pierre Goossens (919-1922), Ernest Dispas (1922-1927) et finalement Georges Dupont (1927-1933). Les musiciens disparurent en 1928, lors de la projection du premier film sonorisé ; Les séances avaient lieu le dimanche en matinée (15h) et en soirée (20h). Les prix des places furent approximativement 3fr. au début et ensuite 4fr. Lors de certaines représentations de valeur (par exemple pour le film "la grande parade"), les entrées furent portées à 5fr. Il y eut enfin des cartes de famille délivrées au prix de 10 fr. et valables pour tous les membres d’un même ménage. Le premier film « bruité » qu’il ne faut pas confondre avec le film sonore fut « La grande parade » qui passa vers 1928, avec un bruiteur spécialisé engagé à la Métro-Goldwyn et muni de tout le matériel avec lequel, peu de mois avant, le film avait été présenté au Forum, à Liège. Aucun film sonore n’est passé au Cercle. Toutefois, en 1928, la salle posséda une très belle installation de pick-up à double plateau, de manière à pouvoir faire des adaptations musicales sans aucun arrêt entre les disques et à être à même de suivre l’action du film. Il y avait aussi des disques de bruitages tels que l’arrivée d’un train en gare, le chant des oiseaux, le vent soufflant en rafale, etc. « Les plus beaux films susceptibles, au point de vue moral, de passer au Cercle, étaient présentés fort peu de temps après Liège » nous dit M. Goossens qui ajoute : « Pendant six dimanches consécutifs, furent projetés les six superproductions Paramount de l’année dont deux ou trois ont passé pour la première fois en Belgique au Cercle St-Martin ». Les adaptations musicales soignées attiraient à elles seules assez bien de monde, indépendamment de la qualité du film. Le cinéma muet du Cercle St-Martin disparut en 1934 comme celui de la Coopérative. Une nouvelle ère s’ouvrait : celle du cinéma parlant, chantant et sonore. A cette époque, le public était devenu très exigeant quant aux programmes, mais la location des films de valeur était très élevée. Les organisateurs de séances ne purent concilier les deux données du problème et la vogue du cinéma périclita et sombra. Elle disparut d’autant plus facilement que les premiers films parlant apparaissaient dans les villes et les grosses agglomérations et drainaient vers ces centres favorisés tous ceux qui avaient conservé dans un coin de leur cœur la nostalgie de la belle invention qu’est le cinéma. Brusquement et impitoyablement, le film muet devint chose périmée, désuète voire enfantine. Il ne resta plus à nos salles traditionnelles désertées qu’à fermer leurs portes. Toutefois, la Coopérative socialiste rouvrit bientôt les siennes pour projeter à Comblain les premiers films parlants. C’était en 1935 et, comme ce fut le cas aux débuts du muet, la première installation de cinéma parlant fut volante, c’est-à-dire que le matériel nécessaire (deux appareils jumelés de la firme « Luxor » étaient apportés à chaque séance par le propriétaire, M. Bouillon, de Hollogne-aux-Pierres. Grâce aux deux appareils, tout un film put être projeté sans interruption. MM. Jean Nivarlet et Joseph Joiris ont été des opérateurs de ce premier cinéma parlant qui ne vécut qu’une saison, parce que les appareils n’étaient pas encore au point et que l’audition laissait à désirer. La première salle, à vrai dire uniquement cinématographique, de la localité, et qui débuta avec des films parlants fut, et est encore, « Le Cinéma des Glycines », ainsi appelé du nom de l’hôtel dont il fut d’abord une dépendance. Le cinéma fut fondé par deux associés : M. Gavage, d’Aywaille, et M. Disclez, de Liège. Les films qui y furent projetés à la séance d’ouverture, le samedi 12 septembre 1936, à 20h15, s’intitulait : « Debout, là-dedans ! » (avec Bach) et « L’Aventurier ». Le programme spécifiait qu’il s’agissait de films parlants, chantants, sonores et 100% français. Les prix d’entrée étaient alors de 5 et 10 fr ; Avec le temps, ils ont été portés successivement à 7 et 11 fr., de 8 à 12 fr. et de 10 à 15 fr. Les jours de séances ont toujours été le samedi à 20h. et le dimanche à 15h et 20h. Bientôt, il y eut des séances le jeudi soir mais ce fut temporaire. Enfin, depuis le 25 octobre 1952, les séances se donnent le mercredi et le jeudi à 20h, le samedi à 20h et le dimanche à 15h et 20h, avec cette restriction qu’en période d’hiver, les représentations n’ont pas lieu le mercredi. Le 1er janvier 1947, le cinéma devint la propriété exclusive de M. Disclez, qui fit rénover complètement la salle au cours de l’été 1952. Enfin, le 25 octobre écoulé, le nouveau propriétaire, M. F. Vleugels a apporté au cinéma « Les Glycines » les derniers perfectionnements possibles, c’est-à-dire : un nouvel écran au bioxyde de titane (ce qui permet une réflexion de 88 %), une projection impeccable grâce au traitement des lentilles suivant les tous derniers progrès de l’optique et une sonorisation sensiblement améliorée à l’aide de haut-parleurs Biphone multicellulaires à grande capacité. La salle permet de caser confortablement 470 spectateurs dont 120 au balcon. Les différents opérateurs du cinéma ont été : MM. Désiré Nivarlet, Emile Voos-Aubry, Pol Lemoine, Omer Delwaide, Joseph Magnaghi. Voici les titres de quelques beaux films passés aux « Glycines » : Le Fantôme de l’opéra – Robin des Bois – Ambre – Capitaine de Castille – Rudolf Valentino – Rebeca _ Duel au soleil -Cendrillons – etc… Ainsi prend fin cette évocation de l’origine du développement du cinéma à Comblain. Source : Emile Detaille, les Echos de Comblain 1953.
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