4.Epoque carolingienne

De 751 à l'an 1000.

Informations

En ce milieu du VIIe siècle, la fusion entre les mondes gallo-romains et francs est opérée. Il n'y a plus que 3 ou 4 races vivant sur le même sol, mais une nation franque. Les moeurs sont d'une rare violence. L'ignorance est quasi générale. Notre Gaule du nord offre l'apparence du pays germanisé.

En 768, suite au décès de Pépin le Bref, le royaume est partagé entre ses fils Charles, futur Carolus Magnus (Charlemagne), qui reçoit la partie occidentale, de la Frise à la Gascogne, tandis que l'Est, dont notre pays, échoit à Carloman.

Quatre ans plus tard, Carloman meurt et Charles reconstitue le royaume de son père.

Charlemagne féodalisera largement son royaume, suivant une politique déjà innovée par Charles Martel. Le système attirait à la fois les riches et ceux qui voulaient être protégés.

C'est du Ve au IXe siècle que la future langue française va emprunter au germanique de nombreux termes : werra (guerre), marishal (maréchal), helm (heaume), streup (étrier), waltel (gâteau), fehu (fief), skapin (échevin), taisson (blaireau), les points cardinaux (N,S,O et E), plusieurs noms d'animaux : héron, mésange, mouette, brême, hareng, etc. Le vocabulaire de la langue vulgaire parlé en Gaule est très pauvre par rapport au latin classique, des centaines de mots avaient cessé d'être en usage. On comprend que ces vides aient été comblés par un apport de mots germains. On les retrouve dans notre wallon.

Passé sous la domination franque, COMBLEN va "relever", dès 648, de Stavelot et Malmedy et ce jusqu'en 1794, soit pendant 1146 ans !

Nous avons vu que le pieux roi d'Austrasie, SIGEBERT III, avait chargé Remacle de créer, dans sa forêt d'Ardenne, une institution monastique. Notre premier abbé va d'abord fonder le monastère de Malmedy, puis celui de Stavelot (653).

La future principauté de Stavelot et Malmedy est donc de création plus ancienne que celle de Liège.

Le 28 janvier 814, au décès de Charlemagne, son fils Louis le Pieux ceint la couronne. Il accordera l'exemption du tonlieu sur la Meuse et le Rhin, au profit de notre principauté (01/10/814), mais maintiendra Stavelot et Malmedy parmi les 14 couvents qui devaient à l'empereur les dons annuels et le service militaire (dona er quae militam facare debent.. 817).

En 842, Louis le Pieux meurt, laissant 'empire aux mains de ses 3 fils : Charles, Louis et Lothaire. Très vite ils vont se disputer. Un an plus tard, le célèbre traité de Verdun mettra une fin provisoire à la querelle : Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, Louis II, dit le Germanique, se voit attribuer L'Allemagne et le reste sera pour Lothaire 1er, à savoir la Belgique, la Lorraine, la Bourgogne et l'Italie. Notre pays de Stavelot est englobé dans l'empire de Lothaire.

Au décès de Lothaire 1er, en 855, l'empire se divise : notre pays passe aux mains de l'un de ses 3 fils : Lothaire II, roi de Lotharingie, tandis que Louis II reçoit l'Italie et le fils cadet Charles hérite de la Provence.

En 862, Lothaire II confirme la possession du lieu dénommé "Lomma" (Logne) à l'abbaye de Stavelot.

Mais en 869, c'est Lothaire II qui meurt; les 2 oncles Charles le Gros et Louis le Germanique vont en profiter pour s'attribuer la Lotharingie.

Le 8 août 870, ce sera l'important traité de Meersen où le roi de France et l'empereur d'Allemagne se répartissent les comtés de la Lotharingie. Le Condroz est attribué au roi de France Charles le Chauve. Dans la suite, ses petits-fils Carloman et Louis III abandonnent les droits à Louis le Jeune ou de Saxe. A ce moment-là, Anthisnes est, pour quelques années encore, terre française et Comblain, terre de l'empire germanique.

Mis à part l'épisode de Renier au Long Col qui exercera durant quelques années une autorité quasi absolue avec le titre de margrave, son fils Gislebert détrônera Charles le simple et fera offrir notre territoire à Henri 1er l'Oiseleur en 925. Nous redevenons terre d'empire. Comblain restera terre d'empire jusqu'à la fin de l'ancien régime.

Ainsi, dès le Xe siècle, Stavelot-Malmedy formera un fief de l'empire germanique; il sera incorporé dès l'an mille, ce sera "l'abbaye impériale, Libre et Exempte".

En 1155, notre abbé "le grand" WIBALD obtiendra de l'empereur Frédéric 1er dit Barberousse, le droit de battre monnaie. Il semble établi que c'est à partir de Wibald que l'abbé portera le titre de "prince du St Empire".

Lors des comices de l'empire, notre abbé-prince siégeait entre CORVEY et PRÜM. Aux diètes de l'empire, il se tenait parmi les Etats du Cercle du Bas-Rhin et de Westphalie entre Corvey et Warden-Helmstadt.

En 1411, dans le "5e Cercle" qui comprenait la Westphalie, le Bas-Rhin et les Pays-Bas.

Nous verrons au chapitre V, la principauté avec son organisation judiciaire, administrative et la situation de Comblen au sein de cet état.

Cimetières : rappelons que c'est au IXe siècle que l'église prescrivit d'inhumer sans mobilier funéraire pour tenter de détruire les derniers restes du paganisme. Ex. le cimetière rue Large et au Bellaire (Eco 1952/33).

Le nom "COMBLEN" (à prononcer Comblain) est d'origine latine et similaire à celui de la ville allemande de Coblence. La ville de Coblence naquit l'an 9 avant J.C. Elle doit son nom à sa position géographique au confluent de la Moselle et de Rhin. Son nom primitif fut "ad confluentes". Le changement de "fl" en "bl" est dû vraisemblablement à l'influence du gaulois. En celtique, "confluent" se dit "comboros" qui semble avoir influencé le latin (E.D. iin Eco 1956/25). L'étymologiste Longnon évoque le mot gaulois "Condas" ou "Condate" qui a pour équivalent le mot pluriel "confluentes" et qui, selon lui, désignait, dès l'époque romaine, un castrum situé au confluent de la Moselle et du Rhin, devenu Coblence.

Il en fut de même pour "Comblen", sis au confluent de l'Ourthe et de l'Amblève. Superbe article d'Emile Detaille, paru dans les Echos de 1981, août, page 2, où il fait magistralement un sort aux thèses de Feller et de Renard, basées sur "cumulus" et établissant que Comblen, dérivant de "confluentes" est une étymologie sûre.

Les documents qui auraient pu nous éclairer sur les plus anciennes graphies de Comblain ont disparu et il faut attendre les années 1130 - 1131 (charte "Dénombrement des biens des monastères de Stavelot et Malmedy") pour voir apparaître la mention et graphie : "in COMBLENZ".

Graphies

COMBLENZ deviendra au gré de la fantaisie des scribes : en 1212, Castrum de COMBLES, en 1228 : domo de COMBLENS. Dans les deux plus anciens pouillés connus : 1392 : COMBLIEN, 1440 COMBLINS, 1451 : COMBLEN, 1497 : CAMBLEN et FRAIRON, 1532 : COMBLYN, en 1558 : CAPELLA DE POUSSERE (Poulseur) sous CONBLEN et FERON, et même COMBLENT (1626, de Chestret dans son histoire d'Anthisnes). Enfin, COBLEN en 1794.

Dans un registre de 1611, il est question du "vesty" (curé) de COMBLENZ. Un document de 1608 reparle de COBLEN et d'autres à la même époque de COMBLEN, qui deviendra la graphie définitive durant les 17e et 18e siècles (Eco 1965/44).

La première mention de COMBLEN -"AU-PONT" date de 1683.

Comblennois ou Comblinois ?

De nos jours, on a pour habitude d'appeler COMBLENNOIS les habitants de Comblain-au-Pont et COMBLINOIS ceux de Comblain-la-Tour. E. Detaille rappelait (in Eco de 1950/24) que, dans toutes les chartes de Stavelot COMBLEN a toujours désigné Comblain-au-Pont.

Dans les registres paroissiaux, il est question de Comblen-au-Pont en 1683 et de Comblin à la Tour en 1710 (Eco 1958/85).

Insistons sur le fait que "Comblennois", construit sur Comblen, prend deux N, il redouble le N devant EN, tout comme ancien, ancienne - Lucien, Lucienne, etc. tandis que "Comblinois" issu plus tardivement (15e S.) de "Comblin à la Tour" ne redouble pas le N devant IN, tout comme fin, fine - Martin, Martine ou si vous préférez Berlin, Berlinois.

Ceci reste un subtil distinguo, car il est certain que Comblen s'est toujours prononcé Comblin (comme dans vin ou fin). La finale "ain" actuelle est, évidemment, fantaisiste et fautive, nous la devons à l'initiative du sous-préfet  de Huy et de ses fonctionnaires durant l'occupation française. D'ailleurs, le sceau de la mairie portait en 1809 "Mairie de Comblin".

Notons qu'une graphie de "Comblain" a été découverte dans les archives de Sprimont de 1776.

Wallon : lès Comblintîs - lès Comblintwèsses et pour les jeunes filles : ine Comblinète.

Signalons au passage que, dans le courant du XVe siècle, l'habitude sera de désigner une personne par son prénom, suivi du nom du lieu-dit où la famille était installée. A Géromont, cette coutume s'est perpétuée jusque bien près de nous, ex.: Odile d'al Bovîre, Valentine d'al Basse, etc.

COMBLINAY. A l'origine, c'est le petit Comblen. En wallon : Comblinê, c'est-à-dire "le petit village qui s'est développé près de Comblain-au-Pont". Ce hameau très ancien apparait dans un écrit de 1131, sous la graphie "Comblineaz". Comblain-la-Tour n'existait pas encore.

La terminaison "ea" est la façon de jadis d'écrire "ê" ou "ay", le "z" final est signe d'ancienneté (qu'on se rappelle "Comblenz"). En 1353, graphie "Comblineau" qualifié de fief.

Il ne fait aucun doute que Comblen doit son origine à sa situation géographique avantageuse, au confluent de 2 rivières. Il en va de même pour Hamoir, qui était l'endroit où se faisait le franchissement de l'Ourthe (d'abord à gué puis sur un pont), et encore Aywaille, pour l'Amblève et aussi la Vesdre à Fraipont (comme le mot l'indique).

Quant au manoir fortifié établi sur le promontoire de St-Martin, il est cité pour la première fois en 1212 "castrum de Comble(n)s", alors que la famille noble est déjà signalée dès 1146. Voyons donc ce que l'histoire nous a conservé de cette famille.

Source : A. Castermans, "Les Echos de Comblain" de 2008 à 2012.

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