6. Le régime français
Il va donner le coup de grâce au régime seigneurial et à l'organisation féodale. Les cours de justice cessent d'exister. L'administration de la commune est confiée d'abord à un "conseil cantonal", puis "municipal". Décret du 14 décembre 1789 relatif à la constitution des municipalités. Décret du 22 décembre 1789 relatif à la constitution des assemblées primaires et des assemblées administratives. Les attributions de ce conseil iront en s'élargissant.
Cette période va comprendre 2 parties bien distinctes :
1. Le Directoire, 1795/1799.
2. Le Régime Napoléonien, 1799/1815.
Sous le Directoire, notre pays va souffrir des réquisitions militaires et des excès de la fiscalité (ex. l'emprunt forcé de l'an V).
Ce sera aussi le début des incorporations de nos concitoyens dans les régimes français, des "lettres de grognards" et ... des réfractaires. Chaque année, des dizaines de jeunes gens de la région seront enrôlés et iront combattre à l'étranger.
A titre d'exemple, en 1807, Napoléon va lever un contingent de 60.000 conscrits dont 755 seront issus du département de l'Ourthe : 356 pour l'arrondissement de Liège, 255 pour Malmedy et 144 pour celui de Huy. Parmi ceux-ci figurent Pierre-Jean BOULANGER, Léonard BARTHELEMY, François-Joseph NINANE de Comblain et Joseph LEFEBVRE de Hody.
Dès le 02/04/1807 parait une première liste de 78 réfractaires à cette levée de 1807, soit 12 pour l'arrondissement de Huy. Par contre, le 30 avril, publication d'une imposante liste de conscrits réformés dont Godfroid-Joseph GILLARD, de Fairon, Laurent CORNET, Louis-Joseph STREE et Guillaume DAMHAUT de Comblain, Lambert DUPONT et Jean-Gilles RENARD, de Hody. Dès avril 1807, nouvelle levée 1808, soit 750 hommes pour notre département dont 140 pour l'arrondissement de Huy.
Le mémorial administratif du département n'arrête pas de publier la liste des conscrits à rechercher comme réfractaires (voir plus loin "Le maire LEBLAN").
C'est encore l'introduction du système décimal et de la nouvelle monnaie : le FRANC. Loi du 20 ventôse an IV (10 mars 1796). Aussi : Loi 25 germinal an IV (14/04/1796) sur les monnaies - cours (Publié dans le Code Merlin II, p467); loi du 5 brumaire an V (24/10/1796) : monnaies retirées de la circulation. Fabrication d'une nouvelle monnaie (publication Arrêté du Directoire du 16 brumaire an V). Curieusement, le préfet du département de l'Ourthe admet, en 1804, le paiement des contributions soit en "monnaie française", soit en "escalins neufs de Liège". Et de préciser : "Conformément à la loi du 29 floréal an VII, cette monnaie (escalins) sera reçue sur base de 1.053 florins de Liège pour 1.200 francs français". Cela devient plus clair lorsqu'on sait qu'un florin = 2 escalins.
Sous ce régime, le pouvoir central du pays appartint à 2 assemblées. Les membres étaient élus parmi toute la République par un corps électoral procédant à 2 degrés. Les électeurs secondaires : habitants masculins majeurs disposant d'un certain revenu. Ces électeurs nommaient, parmi eux, les électeurs primaires. Ces derniers désignaient alors les membres des 2 assemblées.
Le pays fut divisé en départements dirigés par des préfets, lesquels auront des pouvoirs assez étendus. Les communes seront groupées par arrondissements (avec un sous-préfet), eux-mêmes subdivisés en arrondissements de justices de paix, appelés cantons, avec une assemblée cantonale.
Notre région fera partie du "département de l'Ourte" sous le n°72 (écrit parfois Ourthe dès 1800), la préfecture étant à Liège. En fait il s'agit, à quelques différences près, du territoire de l'actuelle province de Liège. Le département comprendra 3 arrondissements, avec pour chefs-lieux Liège, Malmedy et Huy. Chaque arrondissement est donc dirigé par un sous-préfet; celui de Huy est Robinot-Varin. Nous ferons partie du 3e arrondissement, chef-lieu : Huy, et, dans celui-ci, du canton de Nandrin.
Pour la petite histoire, le canton de NANDRIN regroupait Abée, Anthisnes, Clavier, Clermont, Comblain-au-Pont, Ehein, Ellemelle,Fairon, Hamoir, Hermalle, Hody, Linchet, Modave, Nandrin, Neuville-en Condroz, Ouffet, Outrelouxhe, Ramelot, Saint-Séverin, Seny, Soheit, Fraiture, Tavier, Terwagne, Villers-aux-Tours, Villers-le-Temple, Warzée et Yernée.
Les autres cantons de l'arrondissement de Huy étaient Huy, Fraiture, Villers-le-Temple, Bodegnée, Couthuin, Pontillas, Burdinne, Hannut, Landenne et Ferrières.
Un sieur LAMOTTE N. était juge de Paix du canton de Nandrin.
Le pouvoir communal sera exercé par un agent municipal (le maire) et un adjoint (l'adjoint au maire). Leurs attributions administratives seront limitées, car la gestion communale est attribuée à l'assemblée cantonale.
Sous le Consulat et l'Empire
Le Consulat représente la période comprise entre le 10 novembre 1799 et le 18 mai 1804.
Les institutions sont très différentes. Le régime est devenu autoritaire et les Préfets, nommés par Napoléon, contrôlent toutes les institutions, même communales (via des sous-préfets).
Les assemblées cantonales disparaissent et chaque commune retrouve sa personnalité mais sous l'oeil vigilant de la Préfecture.
La commune est désormais administrée par un MAIRE, assisté d'un secrétaire de mairie, futur secrétaire communal et par un conseil municipal groupant au moins 7 membres dont un porte le titre de "président du Conseil". Ces conseillers ne sont pas nommés par un corps électoral mais désignés par cooptation, après accord du Préfet.
Décret du 28 pluviôse an VII (17 février 1800) organisant la division du territoire de la République.
Il y aura un maire et un adjoint dans les villes ou bourgs dont la population n'excède pas 2.500 habitants, 2 adjoints pour 2.500 à 5.000 hab., 2 adjoints et un commissaire de police pour 5.000 à 10.000 hab. Il y aura 1 adjoint par tranche de 20.000 habitants excédentaires à 10.000 habitants et 1 commissaire de police par tranche de 10.000 habitants.
Les revenus de la commune proviennent de centimes additionnels à l'impôt sur :
a) la contribution foncière
b) la contribution personnelle "somptuaire" et mobilière
c) la contribution sur les portes et fenêtres
d) 1/10 des droits de "patentes".
C'est la loi du 5 brumaire an V (6 novembre 1796) qui décide que la contribution foncière et la contribution mobilière seront réparties sur les 9 départements réunis à la France et accompagnées de centimes additionnels départementaux (provinciaux) et communaux.
Un arrêté du 15 frimaire an X (06/12/1801), ordonne aux anciens mayeurs de remettre leurs archives aux maires. Un arrêté du 3 germinal prescrit aux maires d'indiquer, en marge de chaque lettre, l'objet de celle-ci. Cette pratique, toute simple, doit être rappelée en 1807.
Toujours en l'an X, le gouvernement ordonne de percevoir, au profit des pauvres, un droit en sus du prix du billet d'entrée dans les spectacles où se donnent des pièces de théâtre. De même, les maires doivent faire percevoir le droit de quart sur les recettes des bals, des concerts, courses et autres fêtes publiques.
Le (01/01/1806 ) 11 nivôse an XIV : rétablissement du calendrier grégorien.
Cadastre - Par décision du ministre des finances du 28/10/1805, tous les propriétaires de fonds sont tenus de faire et déposer à la commune la déclaration de la situation des biens qu'il possèdent.
En février 1807, le Préfet se plaint des lenteurs et inexactitudes constatées. Il accorde un dernier délai aux récalcitrants, après quoi leurs biens seront déclarés "biens nationaux" !
Les maires
Un arrêté du 7 mai 1800 (17 floréal an VIII) détermine le costume des sous-préfets; maires et commissaires de police. Les maires auront un habit bleu et une ceinture bleue à franges tricolores. Les adjoints auront le même habit que les maires, une ceinture à franges blanches. Les commissaires de police porteront l'habit noir complet et une ceinture tricolore à franges noires. Tous porteront un chapeau français, uni.
Le premier maire sera PAUL Hubert-Joseph, né en 1775.
Il est possible qu'il fût le dernier mayeur de l'Ancien Régime (Eco1985, avril p.1)Le dernier acte connu de lui date du 19/12/1800.
Son successeur sera le célèbre Jean-François LEBLAN. Nous pouvons le qualifier de "républicain". On possède quelques lettres autographes où il signait LEBLAN. Par ailleurs, son acte de mariage porte "Acte de mariage de Jean Françoi LEBLAN de Comblen au Pont, ... fils majeur de Nicolas LEBLAN et d'Anne, Barbe FAIRON, demeurant à Comblen au Pont, vivants...". Plus loin, il est encore question de l'acte de naissance du dit Jean, François LEBLAN.
Il était né à Comblain-au-Pont le 22 novembre 1772, de parents (dits français selon la tradition ?, mais demeurant à Comblain). On sait qu'il épousa, le 1er novembre 1800, Marie-Josèphe WINAND, d'Oneux, dont il eut 2 filles : Angélique, née le 1er messidor an IX (20/06/1801) et Eupolière. Décédé le 22 janvier 1853, il est inhumé à Saint-Martin. (Voir article sur sa famille avec photo de sa maman in Echos de 2001, page 620).
LEBLAN avait donc 29 ans lorsqu'il fut nommé maire par décret du 22 nivôse an X (12/01/1802), il le restera jusqu'au 05/07/1813. IL combattra l'idée d'une fusion avec Fairon.
Dès sa nomination, il cherchera à former un nouveau conseil municipal. 4 des 7 citoyens qu'il avait fait désigner par le sous-préfet de Huy refuseront ce périlleux honneur. En fait, ils ne désiraient pas prêter serment d'allégeance à l'autorité d'un pays ennemi. Parmi ceux qui acceptèrent, on trouve déjà GRANDCHAMPS (son successeur en 1813) dont le beau-frère n'était autre que "l'accusateur public" près le tribunal de Liège. C'est tout dire !
Dans ce contexte, quel jugement porter sur LEBLAN : en 1944, il eût certainement été accusé de collaboration avec l'ennemi ! On connait sa lettre datée du 21 octobre 1807 dénonçant 6 conscrits réfractaires. Il sera mis à l'honneur dans le tome XI, page 500 du mémorial administratif du département de l'Ourthe. Un nommé GODET J.J. a été récemment arrêté à Comblain-au-Pont, par suite des mesures concertées par MM. le BLANC (sic), maire, et NINANE, adjoint de cette commune, avec la gendarmerie impériale (basée à Fraiture). Ces fonctionnaires continuent leurs recherches avec activité et espèrent parvenir bientôt à découvrir plusieurs insoumis qui se sont réfugiés dans la dite commune. Le Préfet applaudit au zèle et au dévouement de MM. le maire et adjoint de Comblain-au-Pont. Il les cite pour exemple à tous leurs collègues.
Pour LEBLAN, il est évident que les Français ne sont pas nos ennemis mais plutôt nos "libérateurs" qui vont nous faire bénéficier des principes généreux énoncés dans la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen". Les pillages et exactions des soudards français étaient le prix à payer pour notre émancipation !
LEBLAN était, sinon athée, pour le moins libre penseur. Il fut, dit-on, le premier Comblennois enterré "civilement", le 22 janvier 1853 tandis que sa fille Marie-Angélique recevra un enterrement religieux, en 1883, comme en témoigne le faire-part. La tradition orale rapporte ses difficultés avec son clergé. Il est vraisemblable que dans son esprit, religion et ancien régime ne faisaient qu'un.
LEBLAN, les archives le prouvent, se dévouera comme maire avec une énergie et une probité exemplaires. Cela mérite d'être souligné en ces temps troublés. Veiller à la sauvegarde des intérêts publics sera son souci constant.
Finalement, c'est le souvenir d'un administrateur probe, totalement dévoué à la chose publique qu'il a dû laisser dans l'esprit de ses concitoyens. Le fait que la principauté de Stavelot ait disparu dans la tourmente, qu'un nouveau régime, une fois encore étranger (hollandais) ait pris la suite, avait dû faire oublier aux bonnes gens de chez nous leur appartenance au pays de Stavelot.
Il semble établi qu'un certain HENRARD Jean-François fut adjoint au maire (échevin) vers 1800. En 1807, Noël-Joseph NINANE est adjoint et c'est lui, comme Officier de l'Etat-Civil, qui va dresser l'acte de naissance, le 15 mars 1809, de Marie-Eupolière, fille de J-F LEBLANC.
Notre Grand Place, anciennement "place communale", porte le nom de J-F. LEBLANC par délibération communale du 12 mai 1932.
Le dernier maire fut le chevalier François de GRANCHAMPS. Né en 1758, il devient maire de Comblain-au-Pont le 9 octobre 1813. Il sera confirmé comme bourgmestre sous le régime hollandais, jusqu'au 1er novembre 1822. Il habitait sur la Grand Place (maison WAUTRICHE puis "hôtel des Glycines"). Décédé, célibataire, le 09/02/1833, il laissait, semble-t-il, peu de regrets parmi la population ("un triste sire" in Eco 1976, p.33, 46 et suiv.).
Sa dalle funéraire se trouve vers le bout de l'allée centrale du cimetière de Saint-Martin, à côté de celle de FLAGOTHIER. Selon la tradition recueillie par Marcel BOUFFA, alors jeune secrétaire communal, une inscription vengeresse aurait été tracée sur la pierre tombale quelques jours après les funérailles : "Ô innocente pierre, on te fait le déshonneur, tu recouvres les os d'un infâme voleur !"
Les maires-adjoints
Sous le régime français, NINANE Noël-Joseph, est constamment cité comme maire-adjoint.
Avant de tomber sous le régime hollandais, rappelons qu'il existera, de mars à septembre 1814, un "Gouvernement prussien" gérant l'ancien département de l'Ourte, puis de mai 1815 à septembre un "Gouvernement général de la Belgique" gérant le "Département de Meuse et Ourte", lequel comprenait la rive droite de la Meuse et la ville de Liège.
Source : A. Castermans, "Les Echos de Comblain" de 2008 à 2012.
