5. La seigneurie de Comblen

Informations

La famille noble qui a régné à Comblen devait être très ancienne car elle portait des armoiries très simples : "fascé de six pièces d'or et de sable". Il s'agit donc de bandes (pièces) horizontales (fascé) de largeurs égales et alternativement "or" (jaune) puis "sable" (noir). Si le blason n'est pas en couleur, l'or est représenté par un pointillé et le sable par des traits verticaux et horizontaux (damier).

Elles sont signalées, en 1146, en la personne de Radulfus (Raoul) de Comblenz. Ce même Raoul est décrit, en 1147, comme "semant dans le Condroz, le pillage et l'incendie" en compagnie de MAKAIRE de Sougné, dans une lettre adressée par BOVON, le prévôt de Stavelot à l'abbé WIBALD, alors en Corbie.

Selon Emile Detaille (Eco de juin 1972) au-dessus du blason était posé un heaume ou casque en argent. Ce heaume avait un cimier consistant en un vol d'aigle, figure représentant deux ailes "éployées" en forme de V. La coutume permettait ainsi à nos "de Comblen" de reproduire l'émail et le métal de leur blason sur une suite de 6 plumes des vanneaux de leur "vol d'aigle".

Notre Raoul n'était certainement pas pire que ses voisins; en ces temps de désordre, la faiblesse du pouvoir royal encourageait ces hobereaux à pratiquer la piraterie.

Il es intéressant de noter que les plus anciens Comblennois ont toujours parlé du "comte de COMBLENS" en prononçant le "S", ce qui renforce la similitude étymologique avec la ville allemande de Coblence (E.D. in Eco 1952/49 - 1956/57 - 1965/18).

En plus de Radulfus, cité en 1146, il est question de WARBERI et JOHANNIS en 1175. En 1212, d'un Thierry (Thoderic) de Combles, rebelle (lui aussi) envers l'abbé et qui sera remis au pas (sic) par Thibaut, comte de Bar et de Luxembourg, avoué de Stavelot et Malmedy.

En 1217, Ermesinde, veuve du comte de Bar, épousait Walleran III, marquis d'Arlon, qui devin ainsi titulaire de la Haute-avouerie de Stavelot. Il en profita pour occuper, sans droit, LOGNE et COMBLEN. En 1228, l'abbé devra faire appel au roi HENRI et à l'archevêque de Trèves pour être débarrassé de son protecteur; Les troupes du comte qui occupaient Logne et Comblen ne voulaient plus en sortir ! Il faudra finalement que le pape Grégoire IX s'en mêle. Accord du 22/03/1229 (Eco 1957/60).

Il est un fait qu'à partir de ce moment, il n'est plus question des seigneurs de Comblen, même si leurs armes apparaissent plus tard sur les blasons d'autres familles : de Dammartin d'Awir, de Lexhy et de Waroux et qui ont conservé le cri "Comblen".

D'autres familles apparentées, soit les "de Locréal", les "de Velroux", les "de Fanson", les "de Vilhain" (Vien), les "de Hody", les "Delmelle", les "de Paire" (Pair-lez-Clavier").

On doit supposer que toute la descendance s'est perpétuée par des filles. A l'heure actuelle, seules deux familles peuvent se prévaloir de descendre de la ligne féminine : ce sont les "de Seny" et les "de Terwagne".

Selon la légende, les derniers châtelains, sans descendance directe (mâle), laissèrent le petit château à l'église de Stavelot et Malmedy, tandis que le bois de Comblain devenait "bien des pauvres" (13e siècle).

C'est sans doute ce qui explique le fait que, les vieux Géromontois disaient encore : "li bwès d'Comblain, c'èst da noss'" (Eco 1956/58).

Dès 1228, le château n'est plus appelé "castrum" mais "domus". Il est permis d'en déduire qu'à la suite de tous ses ennuis, l'abbé fit raser les fortifications, ne laissant debout que l'habitation.

En 1537, il est toujours fait mention de la "maison de Comblain". (Eco 1982/7/03).

Nous allons maintenant parler des ponts et des tours. La tour la plus intéressante est évidemment celle qui domine toujours St-Martin.

Elle fut, dès le XIIIe siècle, la demeure des chevaliers de COMBLENZ. Ils lègueront leur nom à la commune.

Ensuite des ponts, vu que c'est notre antique pont qui, dès 1683, va caractériser le nom en devenant Comblen-au-Pont.

Les tours

Parler de la "tour" de Comblain-au-Pont, c'est évoquer le site de St-Martin et son "donjon" qui domine centre du village.

En fait, il semble bien qu'il ait existé au moins 4 tours ou donjons dans le centre de la localité, soit :

1. Celui de la "maison forte" à St-Martin;

2. Un autre, peut-être encore plus ancien, accolé à l'église primitive, rue de l'Egalité;

3. Le petit donjon encore visible place Leblanc, dit "donjon de Monthuy";

4. Une "tour" qui a dû se situer dans le triangle formé par la rue du Grand Pré et le quai du Cisaiwe d'une part et la rue Large d'autre part.

La maison forte

le site est ce promontoire rocheux particulièrement bien situé sur le plan topographique. Défense aisée et sol sec. Et, dans le sous-sol, peut-être (?) un souterrain donnant accès au ru du moulin. Il est difficile d'admettre que le château n'aurait pas disposé d'un accès à l'eau potable en cas de siège. La présence des tombes n'a pas permis, à ce jour, une fouille exhaustive de ce site certainement occupé dès l'antiquité. Lors des fouilles de 1992, effectuées avec le concours du Service régional des fouilles de la Région wallonne, de nombreuses tombes creusées dans la roche ont été découvertes sous les fondations de la tour et de son mur d'enceinte. La datation de ces ossements, que l'on présume de la période franque, n'est pas encore connue.

Le donjon-manoir a dû être élevé à la même époque que la forteresse de LOGNE (entre 862 et 883) vu que Comblain était, comme Logne, une localité frontière. La minceur des murailles d'enceinte témoigne d'une époque lointaine où les moyens de destruction n'étaient pas encore développés. De même, le fait qu'il ait été élevé sur une hauteur, que ses murailles extérieures épousent le relief et les contours du terrain. Enfin, que le donjon est central; (E.D. - Eco 1970/70).

Il est possible que l'on se soit d'abord limité à la construction d'un donjon, entouré d'une palissade de bois dès le IXe siècle; qu'ensuite, la pierre existant sur place, l'enceinte ait été réalisée en dur.

Origine des anciens châteaux

A l'origine, ce qui deviendra un "château" fut d'abord un camp retranché "à la romaine", c'est-à-dire une palissade faite de troncs d'arbres solidement reliés. Si le relief le permettait, la palissade était entourée d'un fossé profond et la terre rejetée contre la palissade pour former un parapet. A l'intérieur de ce retranchement qui donnera asile aux paysans  des alentours en cas de guerre, s'élevait le donjon, habitation du seigneur et ultime refuge des combattants. La porte d'accès au donjon était toujours unique et à une certaine hauteur du sol, son accès étant défendu par un petit pont, facile à enlever.

C'est dans le courant du XIe siècle qu'apparaîtront les constructions en pierre. Durant le XIIe siècle, les châteaux vont se perfectionner. Aux quatre coins de la muraille d'enceinte, dite "courtine", on ajoutera des tours faisant saillie. D'abord carrées, elles deviendront rondes pour offrir moins de prise aux assaillants. De plus lors des sièges, on installera à leur sommet, une sorte de balcon en bois faisant surplomb - HOURD - qui permettait de laisser tomber des pierres, de l'huile bouillante, de la poix fondue, etc; sur ceux qui tentaient l'escalade de la tour.

Rappelons l'avis du grand historien Pirenne (in "Les villes du Moyen-Âge") : "...à côté des bourgs construits par les princes, il faut mentionner les enceintes fortifiées que la plupart des grands monastères firent élever au cours du IXe siècle pour se protéger des barbares... Au centre, une tour puissante, un donjon, réduit suprême en cas d'attaque".

Notre "château" de Comblen, de proportions modestes, mérite davantage l'appellation de "maison forte" telle que citée pour la première fois en 1212 : "la maison forte de Comblenz", bien qu'un seigneur Radulfus de COMBLENZ (et sa femme Ide) soient cités dès le 11 octobre 1146.

L'églisette existait déjà avec certitude en 1020, elle doit être antérieure à cette date.

La tour St-Martin actuelle est ce qui reste de l'ancien donjon; elle sera conservée en 1600, lors de la construction d'une église.

C'est une tour carrée, très massive à sa base, 7,88m au nord, 6,17m au sud, 6,05 à 6,20m à l'ouest. A l'intérieur, on dispose d'environ 3,90m sur 3,65m. L'épaisseur des murailles varie entre 1,05m et 2,25m. Elle devait avoir environ 14m de hauteur (13 encore visibles).

Le mur d'enceinte est un rectangle d'environ 35m (N/S) sur 25m. Selon E. Detaille (Eco 1957/01/06), les anciennes murailles ont dû être détruites et réédifiées à plus d'une reprise. Il ne semble rester d'ancien que deux tourelles, d'apparence semi-circulaire, dans le mur ouest. le mur Nord a disparu pour permettre un allongement du cimetière. Il prenait naissance à l'extrémité de la demi-tourelle nord. Selon des témoignages anciens recueillis par E.D., cette courtine nord contenait le pont-levis, lui-même précédé par un fossé sec et profond. Les fouilles récentes n'ont pu confirmer cette tradition.

La "grande tourelle", ainsi appelée par les anciens, est une tour d'angle reliant les murs sud et ouest. Il en reste une demi tour, mais E.D. ne pense pas qu'il s'agissait d'une demi tour "ouverte à la gorge". Au Moyen Âge, dans les fortifications, on appelait ainsi une tour flanquante dont toute la partie tournée vers l'intérieur de la défense était coupée et ouverte. Elle a encore une hauteur extérieure de 4,30m. Elle est intéressante, car elle contient 4 meurtrières intactes.

Les restes d'une petite tourelle sont encore visibles dans le mur ouest (épaisseur du mur : 65cm). De là partait la courtine vers l'entrée et le pont-levis (?). Toute la partie au-delà jusqu'à l'entrée actuelle est une extension du cimetière du XIIe siècle.

On peut supposer qu'il a existé une tour à chaque angle, ainsi qu'un ouvrage défendant le pont-levis. Il faudrait des désaffectations complètes du site et des fouilles en profondeur pour en savoir davantage.

Le site est classé depuis le 01/08/1933 (Eco de 1957, page 6). Il est vraisemblable que ce modeste château-fort ne pouvant plus servir de refuge, a été laissé pacifiquement à l'abandon dans le courant du XVe siècle. On ne possède aucun texte à ce sujet (E.D. 1970/95). Rappelons-nous la fin de Monfort-sur-Ourthe en 1495, Logne en 1521 et Neufchastel (Raborive) en 1578.

En fait, du point de vue militaire, les chevaliers, les châteaux-forts et la féodalité vont,  dès la fin du XIVe siècle, céder la place aux fantassins, aux armes à feu et... au professionnalisme. Le premier coup de canon est tiré à Metz en 1324; dès 1350, Français et Anglais se servent d'artillerie.

C'est donc vers 1600 que l'on décida de bâtir sur le site une église qui serait plus vaste que l'églisette romane de la rue de l'Egalité. Le donjon allait se muer en clocher.

En 1853, eut lieu un démantèlement partiel, les pierres étant utilisées pour la fondation de la nouvelle église. Les murs réduits à la hauteur actuelle servirent de clôture au nouveau champ de repos.

La tour, heureusement conservée, sera restaurée en 1886 sous le mayorat de Henri DIMBOURG et classée le 01/08/1933. C'est en juillet 1885 que le Conseil décide qu'il est urgent de faire des réparations à la tour St-Martin laquelle, est-il rappelé, est le monument le plus ancien de la commune et qui fut racheté par souscription publique en 1853.

Le devis s'élève à la somme de 4.090,30 frs, somme dont ne dispose pas la commune. Le bourgmestre DIMBOURG va mettre à la disposition du Conseil une somme de 1200 frs, laquelle avait été remise par les habitants pour organiser une manifestation à l'occasion de sa nomination de bourgmestre. Il est convenu que, provisoirement, on s'en tiendra aux travaux les plus urgents et au placement d'un paratonnerre, soit à la somme de 1.453, 24 frs. De plus, elle pourra servir de morgue, si besoin est, vu que la commune en est démunie (Précisions in Eco juin 2002).

Sous l'égide du député-bourgmestre Cyrille TAHAY, une nouvelle restauration, sauvant la tour de la ruine et entreprise par l'administration communale, s'est achevée en mars 1993.

Le souterrain - La légende veut qu'il existe un souterrain partant de la tour et se dirigeant vers les Roches-Noires (où il aurait abouti "â trô dèl cloke"), vers la rue des Roches (débouchant dans la cave du moulin). D'autres prétendent qu'il se dirigeait vers Géromont ? La mère du notaire François DIMBOURG assurait qu'un couloir souterrain passait là où fut inhumée Loïsse NINANE (Eco 1979/17). Aucune fouille, à ce jour, n'en a décelé la présence.

La tour de refuge - Elle faisait partie de la première église de Comblain construite fort probablement au IXe siècle (814-850), à l'endroit qui sera plus tard le choeur de l'église (côté ouest). Cette tour avait une forme carrée. Les murs de fondation sont d'une épaisseur et d'une solidité qui a défié les siècles.

C'est beaucoup plus tard que les églises auront leur tour au côté sud de l'édifice. L'assistance et le prêtre regardaient donc dans la direction du soleil levant, qui est aussi celle de la Terre Sainte, berceau du christianisme (Eco 1970/25; 1978/55,70).

Le donjon de Monthuy (al vîhe toûr) - Place Leblanc n°13, derrière la maison des notaires DIMBOURG, subsiste encore une tour carrée de 5m sur 4,80m de base et qui devait avoir 10m de hauteur appelée "al vîhe toûr" que d'aucun ont dénommée "donjon de Monthuy" (Delvaux-dictionnaire géographique de la province de Liège).

Elle fut construite sur le roc même, sa base épousant le plan incliné du rocher. La forme des archières, qui ne possédaient pas de fente horizontale pour l'usage des arbalètes, peut laisser croire à une construction antérieure au XIIIe siècle.

En 1933, alors qu'il préparait, avec Lucien BRY, un guide touristique de la région, Emile Detaille avait fait un ajout manuscrit : "... au pied des rochers où s'élève l'ancienne tour des Templiers, il existait jadis un donjon nommé MONTHUY ou MONTDHUY. Ce donjon de Monthuy garde jalousement, sous un tapis de lierre, le secret de son histoire".

Dans son article publié dans les Echos en octobre 1949, E. Detaille cite le docteur BOVY (Promenades historiques dans le Pays de Liège). "Il existait un donjon nommé MONTUY, il est remplacé par ne maison moderne (sic)".

Du premier texte, on pourrait présumer qu'à côté de la tour actuelle existent les substructures d'un antique donjon dit de "Monthuy". Le texte du docteur BOVY, moins explicite laisse croire à une transformation de la tour primitive, d'où la présence de fenêtres à côté d'antiques archières. Tout cela est assez mystérieux. De plus, aucun document ne nous éclaire sur ce Monthuy, Montuy ou Montdhuy.

En 1949, E. Detaille pense qu'il faut dire : "tour du mostî".

Mostî a le sens, dès le Xe siècle, d'un bien du monastère ou plus généralement d'église, d'autant que derrière le petit donjon se trouve un lieu-dit "tièr dè mostî". Il fur vraisemblablement une demeure des chevaliers (Hospitaliers de saint Jean de Jérusalem" après l'abandon du château (Echos octobre 1949, p.2)

Personnellement, par comparaison avec d'autres ouvrages, je me demande si cette petite tour n'a pas été érigée pour compléter la défense du château. Le seul accès au château par le côté sud-est était le chemin étroit et escarpé qui prenait naissance à l'entrée de la rue du Moulin, juste derrière cette petite tour. Il semble logique que la tour dite de Monthuy ait été érigée, tel un fortin, pour en interdire l'accès.

Il est intéressant de constater que ce fortin est garni d'archières fort nombreuses pour un si petit ouvrage (4 encore visibles sue chaque mur). Extérieurement, elles ressemblent à celles de la tour forte du vieux château d'Anthisnes, construite au XIIIe siècle.

Lieu-dit "Al Thour"

Il existe un lieu-dit "Al Thour de Comblen" compris dans l'espace entre le quai du Cisaiwe et la rue Large. Plan Popp section D, n° 702h, 705m, 707d, 708k, 712e, 757a, etc. -68/57; "Pré d'ri l'tour" (Eco 1962/34).

Dénombrement des biens daté de 1681 :

Jean le Marischal possède une maison à Comblen avec grange, etc...item, un cortil "alle thour" contenant 35 verges ioindant desoub a Augustin Pahia;item, un pré "en grand pré", contenant 99 verges...; item au "pontceau" 45 verges ioindant "du long" au rural chemin (rue Large); item un cortil à la brassine, etc. on voit que tous les biens sont situés entre le quai du Cisaiwe, la rue du Grand Pré et la rue Large.

Dans le même document, au folio 73 :

Augistin Pahia possède un journal de terre à la thour, ioindante a l'aisance vers ourte...

Enfin, un mystère subsiste : un mur long d'environ 30m et très épais (2m) se trouve derrière la Grand-Place, côté NORD. Un autre existe du côté de la rue de la Fontaine. On ignore tout sur l'existence de ces murs (E.D. in Eco 1976/39).

Il faudrait, évidemment, analyser scientifiquement cette construction afin d'en déterminer l'ancienneté.

Les ponts

Nous l'avons dit, la première mention écrite de Comblen-"au-Pont" date de 1683.

Le pont primitif est l'ancien pont de bois établi à hauteur de la place Neuforge. Son emplacement exact est encore indiqué par un escalier pratiqué dans le mur du quai. Ce pont était certainement très ancien, toutefois, sa première mention date du XVe siècle (Eco 1976/90).

Il était prolongé par la vieille route d'Oneux passant derrière le cimetière actuel. Ce fut, durant des siècles, le seul ouvrage permettant le franchissement e l'Ourthe par des véhicules pour toute la région.

Le pont comportait plusieurs arches, des gravures de l'époque montrent un alignement de 6 piliers en moellons de pierre. Des planches en bois, placées sur des solives, constituaient le tablier où circulaient piétons, chevaux et charrettes. Apparemment il n'existait pas de garde-corps latéraux pour empêcher les chutes.

Ce pont fut plusieurs fois endommagé gravement par les "hirôs", c'est-à-dire la débâcle des gros glaçons lors des dégels, en dernier lieu durant l'hiver 1794/1795. Egalement par des troncs d'arbres ou grumes. Il faut se souvenir qu'à cette époque, les marchands de bois transportaient les arbres en les faisant descendre, par convois, sur la rivière.

Le danger était grand, en hiver, lorsque les eaux étaient fortes. Ainsi nous avons connaissance d'un procès intenté le 17 janvier 1613 par les comparçonniers, copropriétaires du pont, devant la Cour de Justice de Comblen, à l'encontre des marchands de bois. Ceux-ci furent condamnés. Egalement en 1620 (Echos mai et juin 2002).

Les étrangers devaient payer pour traverser le pont. En 1618, nous savons qu'un étranger à cheval devait verser un liard, toute personne passant à pied : "la moitié".

Dès 1794, au moins, il fut établi un passage d'eau.

Malgré un procès intenté, en 1812, par le maire Leblan aux sieurs Pilleurs, responsables de l'entretien, le pont étant "croulé" (comme il l'indique en 1795). Celui-ci ne fut jamais reconstruit. Nous renvoyons à l'article paru dans nos Echos d'août 2007 illustré de plusieurs photographies relatives aux ponts et passages d'eau.

Il semble que ce soit vers 1683 que Comblain fut désigné pour la première fois Comblen-au-Pont afin de le distinguer de Comblain "à la Thour", ces 2 villages portant le même nom.

Le pont actuel dit aussi "pont du tram vicinal"

Il est pour la première fois question de la création d'un pont qui permettrait au vicinal de traverser la rivière, au Conseil communal du 9 mai 1891. Durant plus d'un an, des discussions auront lieu sur le choix de l'emplacement. Les ponts et chaussées ayant choisi le site du pont primitif, dans le Cisaiwe, au lieu-dit "à la nacelle", le Conseil obtint l'emplacement actuel, dans le prolongement de la Grand-Place.

Le 4 avril 1895, la construction du pont métallique sera adjugée à la SA des Aciéries d'Angleur pour une somme de 110.000 frs. La commune souscrira un emprunt de 30.000 frs auprès du Crédit communal pour faire face au paiement des frais à sa charge.

Pour en assurer le remboursement, elle va devoir ajouter 30 centimes additionnels extraordinaires à la base de la contribution foncière et personnelle. Il faut croire que cette somme ne fut pas suffisante, vu qu'au Conseil du 18/09/1902, il est rappelé que la commune s'est endettée de 56.000 frs pour sa participation à la construction du pont, somme à laquelle s'ajoute 4.873 frs pour le paiement des emprises.

Elle devra recourir à la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique pour certaines emprises, un arrangement amiable n'ayant pas pu être trouvé. La première pierre sera posée par le notaire DIMBOURG le 22 juillet 1895. Le premier tram passera en 1898 (Eco de 1950/14 & 1955/52)

Ce pont est dynamité par 'armée belge le 10/05/1940 à 11h15. Un plancher provisoire, établi sur les restes du pont, est installé le 19 juin. Un service en barque est aussi installé fin 1940. Une visite sur place de la Restauration nationale est demandée afin d'exposer le problème de l'alimentation d'eau du quartier de Po Dlà, ainsi qu'au Pont-de-Sçay, pour les écarts de Rivage, Liotte et Douxflamme, la destruction des ponts ayant engendré celle des conduites d'eau alimentaire.

Avril 1941 - La commune demande au Service de la Restauration des barques du Génie belge pour créer un pont de bateaux afin de rétablir une liaison entre la place Leblanc et le quartier de Po Dlà.

Dès le 22 avril 1941, l'ingénieur Moressé, de la Restauration nationale, vient exposer, devant le Conseil communal, le projet de reconstruction du pont du vicinal. En août 1941, l'ingénieur Souka est chargé de la surveillance des travaux préparatoires à la reconstruction du pont.

Le 12/08/1941 - Le Collège approuve le projet établi par Maurice JULEMONT, de Comblain-au-Pont, ingénieur technicien, en vue de la disparition de l'île en aval du pont qui est une des principales causes des inondations du quartier de Po Dlà lors des crues annuelles. L'ordre de commencer les travaux sera donné par le Collège le 24/03/1942; Coût : 80.000 Frs.

Le 02/12/1941 - en suite de l'enlèvement des atterrissements au pont du vicinal, la commune décide de faire exécuter un mur de quai en gros moellons, rive droite, quais Keppenne et de la Cité, afin de protéger cette rive de l'action érosive de l'eau. En mars 1943, la commune accepte de prendre à sa charge 40% du coût des travaux d'aménagement des abords du nouveau pont, côté Thier Pirard.

Le nouveau pont sera construit à partir de juin 1943 par la Sté centrale d'entreprises. Le bétonnage est achevé à la mi-août et le pont terminé le 15/10/1943. Une passerelle en bois, construite début 1943, 10 m en amont, assurera le passage pendant la construction.

Le nouveau pont sautera à nouveau, mais partiellement, le 09/09/1944. Le 12/03/1946, approbation du budget de reconstruction de la travée, rive gauche, détruite par les Allemands. L'entrepreneur Joseph GALERE, de Chanxhe, se voit adjuger les travaux, d'un montant de 908.079 frs 37 centimes. Au nom des carriers, Prosper GILLARD demande que la passerelle provisoire, prévue seulement pour les piétons, puisse supporter le charroi. Le devis prévu, soit 15.000 frs, devrait être porté à 28.000 frs. Le Conseil demande aux patrons carriers de supporter, avec la SNCB, le supplément de 13.000 frs vu qu'ils en seraient les seuls bénéficiaires.

Le pont sera remis en état d'avril à octobre 1947. (Eco 1955/53)

Le Pont-de-Sçay

Il est beaucoup plus récent. Ce fut d'abord une passerelle en bois, construite par François MOSSAY de Liotte. Le maire LEBLAN, dans une lettre du 20/03/1801 (29 ventôse, an IX) adressée au préfet du département de "l'Ourte", précise clairement : "le deuxième passage d'eau de cette commune est le petit pont "Rivage", au-dessous de Comblen-au-Pont. Ce pont a été bâti par François MOSSAI, du Liotte; aujourd'hui, il appartient à sa veuve. Les habitants ne paient pas pour le franchir, seulement 1 sou par tête pour les chevaux et bêtes à cornes".

Cette passerelle du "Rivage" prendra finalement le nom de son constructeur "pont de Mossay" devenue par déformation  "pont M'ssay" elle sera francisée en "Pont-de-Sçay".

Ce nom a finalement été officialisé en 1863, étant attribué à un village qui n'existait pas auparavant et allait naître en suite de la création de la gare et de la grande voirie.

Quand, en 1868, sera construite la grand-route d'Aywaille, il faudra la relier à celle de la rive gauche par un pont de pierre. Ce pont sautera le 10 mai 1940, à 17h.

En 1940, les troupes allemandes du génie construisent une passerelle provisoire. Pont provisoire en 1945; crédits pour sa reconstruction enfin votés par l'Etat en ... 1955 !

Début des travaux en mars 1956, et, "last but not least", épreuves de résistance du nouveau pont le 19 septembre 1958.

Le service des Ponts et Chaussées envisagera, en 1954, le placement de feux lumineux de circulation : le projet sera accepté par le Conseil communal le 22/10/1954. Il n'y sera pas donné suite, une fois le pont reconstruit.

Le pont de Liotte

Sur l'Amblève fut construit en 1871.

Pendant des siècles, il y aura un passage d'eau par nacelles. Déjà cité en 1537 (Eco 1955/37).

Nous savons par la lettre du maire LEBLAN de 1801, précitée, qu'alors les habitants ne payaient point de droit pour eux-mêmes mais seulement pour un cheval ou une bête à cornes, à raison d'un liard de Liège en eau basse, deux liards en eau moyenne et 1 sou par grande eau.

Détruit par l'armée en mai 1940. En octobre, la construction d'une passerelle provisoire. Le bourgmestre doit prendre un arrêté interdisant le passage avec une charge supérieure à 250 kg.

En mars 1944, le Collège réexamine les plans de construction et souhaite un élargissement permettant le croisement de deux véhicules. En septembre 1944, le Conseil confirme l'élargissement réclamé par le Collège. 08/05/1948 : inauguration du nouveau pont (entreprise Joseph GALERE de Chanxhe - 5.860.650 frs).

Livré à la circulation en mars 1949. Il remplace la passerelle provisoire.

Le pont de Douxflamme

Sur l'Amblève construit en ... (?)

Il sera détruit le 10 mai 1940 et reconstruit en 1941.

Démoli à nouveau en septembre et reconstruit en 1948 - longueur 114,98m - (Eco 1955/92)

Le pont de Rivage (SNCB)

Construit en 1882, détruit le10/05/1940, il est rétabli par les Allemands. Détruit en 1944 par les résistants. Passerelle provisoire en 1945. Dès septembre 1944, le Conseil réclame l'élargissement du nouveau pont. Reconstruction en avril 1950.

Les banalités

Dans chaque seigneurie ou BAN (nous dirions aujourd'hui : dans chaque commune), on trouve toujours trois types de banalités : le moulin, la brasserie, le four.

Chaque habitant du ban était tenu, sous peine d'amende, d'utiliser l'établissement banal.

Le vieux moulin (à eau)

Son histoire est liée au passé de la localité car, étant banal, chaque Comblennois était obligé d'y avoir recours.

Dans les villages francs, le moulin appartenait au meunier. En cas de vol, l'auteur payait 2 amendes : l'une au meunier, la seconde au propriétaire du blé dérobé. Dans la suite, les seigneurs vont profiter de l'anarchie engendrée par les pillages et dévastations des Normands pour s'arroger des droits sur les paysans qu'ils étaient censés défendre et les étendre au territoire qu'ils contrôlaient : le ban.

Ainsi, un monopole va s'exercer au profit des grands propriétaires, dont les abbayes. Notre moulin devient "banal", il appartient donc à "Messieurs du vénérable chapitre de Malmedy, seigneur tréfoncier de Comblen".

Le chapitre possède encore la cense et la bouverie (ferme) du Raideux et la grosse dîme de Mont.

J'ignore quand notre moulin fut bâti, mais il est antérieur à 1444.

Les moulins étaient rares sous Charlemagne. A cette époque, il existait encore des esclaves, généralement des Slaves, des "mancipii". On disait en latin médiéval un "sclavus" ou "slavus" qui signifiait Slave. De fait, ces esclaves étaient généralement des prisonniers enlevés aux peuples slaves par les Carolingiens.

Ils étaient utilisés à l'égal des bêtes, pour faire tourner les meules. C'était la force motrice de l'époque.

Il ne faut pas confondre avec les "serfs", lesquels n'étaient pas des esclaves mais des travailleurs "liés" à la terre qu'ils cultivaient. Ils disposaient, pour eux-mêmes, d'un lopin de terre qui assurait leur subsistance. Ils devaient généralement à leur maître 3 journées de corvées gratuites par semaine.

On achetait un esclave, on n'achetait pas un serf mais une terre, en ce compris les serfs qui y étaient rattachés.

La disparition de l'esclavage vers 950/960, va engendrer un manque de ressources en bras, ce qui obligera à compenser par le développement d'une nouvelle force motrice : le moulin à eau.

Le moulin à eau était déjà connu des Romains, mais il resta rare tant que sa construction ne fut pas nécessaire. On peut donc dire qu'il est médiéval par son "expansion".

Les Grecs connaissaient aussi le moulin hydraulique, mais sous sa forme la plus simple. C'était une roue à aubes placée horizontalement et actionnée par le courant d'une rivière. Les Romains vont perfectionner le système en plaçant la roue verticalement, la faisant mouvoir par une chute d'eau. A Venafro, on a retrouvé l'empreinte d'une telle roue. Elle a été reconstituée. Le moyeu avait 74 cm; il était garni de 18 aubes, diamètre total : 1,85m. Tournant à 46 tr/min, il développait 3 cv., ce qui permettait de moudre 150 kg de blé à l'heure, alors que la force d'un moulin à mains, mû par 2 hommes, n'en pouvait traiter que 70 kg.

A Comblain, il semble certain que ce furent les moines de Malmedy qui endiguèrent le flot sortant du rocher pour donner à l'eau la hauteur suffisante que pour mouvoir la roue d'un moulin.

Outre l'obligation d'utiliser le moulin, les manants de Comblen seront astreints à certaines corvées : aménagements et réparations.

Un record, daté du 20 juillet 1454, émanant de ses propriétaires, les doyens et chapitres de Malmedy, prouve qu'il est antérieur à cette date; il est cité en 1444. Ce record  (traduit par E.D. in Eco 1960/66) nous révèle que le meunier était tenu d'aller quérir les grains et reporter la farine.

Si les eaux étaient trop fortes à traverser (à gué), les gens de Douxflamme et Fraiture pouvaient faire moudre ailleurs. Hormis ce cas (ou celui du consentement du meunier), l'amende était égale au prix d'une "double mouture".

Le texte laisse présumer qu'il existait un 2e moulin (Eco 1960/53), probablement au Pont-de-Sçay, sur l'Amblève ou alimenté par un torrent dévalant d'Oneux (?)

Il est aussi possible qu'il se trouvait dans les terrains derrière la maison GREGOIRE et la banque ING, place Leblanc, vu que ce dernier endroit s'appela jadis "â molin d'èl vâ ou "è molinvâ" avant d'être connu sous l'appellation plus récente de "è sâcî" (en la saussaie) (Eco 1951/42).

En fait, un moulin devait exister dans chaque ban au Moyen Âge; On sait par un document de chancellerie (Otton 1er), daté de 946, que c'était le cas pour Anthin.

"le 20/01/1487, Verighae Johan, fils de Thiry, reçoit en accense des doyens et chapitres de Malmedy, pour un terme de dix ans, le moulin de Comblen, moyennant une rente annuelle de 14 muids de blé".

"Le 13/05/1514, accense à Jean le meunier de Comblen, pour un bail de 9 ans, accordé par l'abbé Guillaume de Manderscheidt, moyennant une redevance annuelle de 18 muids de blé".

Le débit moyen du moulin de Comblain-au-Pont, calculé en 1892, était de 129 litres par seconde, soit 11.146m³ à l'heure. La roue du vieux moulin de Comblain a tourné pour la dernière fois en juin 1947. En 1949, l'ancien moulin deviendra un centre d'incubation et d'alevinage (Eco octobre 1949, p6).

La brassine banale

Quai du Cisaiwe (maison PAHAUT et Pharmacie des Ardennes). Le bâtiment actuel porte le millésime 1712 mais il ne fait aucun doute qu'une brassine existait au Moyen Âge (Eco 1985/4/04).

Le 2 mai 1588, le prieur et couvent de Malmedy donne en accense la brassine banale, pour un terme de 9 ans, à Piercon de la Boverie, moyennant une rente annuelle de 10 florins d'or et l'obligation de remettre en état le grenier, afin d'y recevoir les grains levés à Comblen et environs par le monastère (Eco 1991/12/07).

On y produisait la bière locale. Curieusement, on sait qu'en 1632, lors de la visite de la brassine par le Prieur de Malmedy dont dépendait la brasserie, il fut débité en son honneur, non pas de la bière mais 2 setiers de vin (environ 10,5 litres).

Il parait que nos ancêtres n'appréciaient pas l'eau pure ! Ils buvaient de la cervoise, décoction de céréales et d'orge. Même les moines, aux règles sévères, additionnaient l'eau de jus de fruit ou de sucs d'écorces.

Durant les années 1687/1692, les comptes de la brasserie étaient tenus par Dieudonné de Harzé "cellerier des prieurs et chapitres de l'abbaye impériale libre et exempte de Malmedy".

A cette époque, on livrait de la "petite bière" à 50 pattars la tonne et de la "bonne bière" à 5,5 Florins Brabants ou Florins blancs (=pièces en argent), la tonne.

Selon des recherches faites par feu M. le pharmacien COLLE, mais dont nous ne connaissons pas les sources, il aurait existé à Comblain 3 brasseries :

1. Celle du Cisaiwe, décrite ci-avant,

2. A l'emplacement de l'actuelle maison communale, place Leblanc;

3. A l'emplacement de l'ancienne boulangerie Dalem (actuel salon de coiffure) à l'angle de la place Leblanc n°30 et de la rue de la Fontaine. Ces deux dernières brasseries devaient normalement dater du régime français, après la suppression des banalités (?) Avec ses deux moulins et sa (ses) brasserie(s), Comblain était, de toutes les localités de la principauté, celle qui avaient les dîmes les plus élevées !

Le four banal

Les Romains importèrent en Gaule une nouvelle manière de vivre, notamment en matière d'alimentation. Ils apprirent aux Gaulois à consommer beaucoup de pain et de vin. Aussi, peu à peu, le four à pain fut présent partout.

Les éléments manquent pour déterminer l'emplacement du four banal. Tous les fournils encore existant doivent dater du XIXe siècle et avoir été construits après la fin de l'ancien régime, quand cessa l'usage obligatoire du four banal.

A noter, dans notre région, l'usage de construire le fournil en moellons, même si le corps de logis était de briques. De plus, on l'écartait du logis par mesure de sécurité. Avec l'apparition des boulangers de village, ces fournils sont devenus des remises servant de débarras.

Le pressoir

Plusieurs rentes sont dues, en 1681, pur la "cellerie" et pour le "presseû".

Les Francs ont trouvé la vigne dans l'héritage de Rome. Il semble que c'est la pratique religieuse, la communion donnée jadis sous la double espèce du pain et du vin, qui a contribué à la diffusion et  l'ennoblissement du vin. Le miracle des noces de Cana où Jésus rendit indirectement un hommage au vin, en accrut sa popularité ! (Voir plus avant "brasserie banale").

Dans toutes les églises, il fallait du vin chaque jour. Les communications étaient mal aisées. D'où la présence de vignobles dans des régions comme la nôtre où  le climat froid n'est pas favorable. Le résultat étant médiocre : les pauvres s'en contentaient, laissant aux riches la dégustation des bons vins de Bourgogne !

Source : A. Castermans, "Les Echos de Comblain" de 2008 à 2012.

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