3. Epoque gallo-romaine.

Informations

C'est surtout le Condroz, pays des "CONDRUSI" qui a livré le maximum de densité de villas romaines, c'est-à-dire des grosses fermes ou domaines ruraux.

Rappelons dans notre région, les villas du Raideux et de Poulseur, mais encore des substructions à Géromont, à Mont, etc..., ainsi que les nombreux chemins de terre, appelés tiges (wallon : "tîdje", le chemin de pierre se disant "pîdje").

Les objets trouvés permettent d'affirmer que les habitants étaient des Gaulois Condruses romanisés.

La tribu des Eburons était constituée de plusieurs peuplades dont celle des Condruses. En 54 avant J.C., César va tenter d'exterminer les Eburons qui ont suivi leur chef Ambiorix. Celui-ci échappera au massacre, mais c'en sera fini des Eburons. Leur territoire sera attribué par César à une peuplade venant de Germanie : les TONGRES.

Notre Condroz sera divisé en 2 circonscriptions : la partie Nord-Est relèvera de Tongres, la "Civitas Tungrorum" , l'autre sera la "Civitas Remorum".

Ainsi, dès le premier siècle, se crée une frontière linguistique !

Une chaussée romaine passait-elle par Comblain ?

Le Condroz était traversé de part en part par deux voies romaines importantes : la "grande voirie" qui allait de Bavai à Cologne et celle qui reliait Trèves à Tongres, via Arlon. Elles se croisaient entre Méan et Clavier. Toutes deux étaient desservies par des routes secondaires, les "diverticulae" qui menaient parfois aux grandes villas.

Il existe évidemment de nombreux chemins qualifiés de "romains", il faut donc distinguer :

Les CHAUSSEES, nous dirions maintenant les routes nationales.

Les VOIES VICINALES, reliant une chaussée à une localité d'une certaine importance (vicus).

Les CHEMINS PRIVES reliant une villa romaine à une voie vicinale, voire à une chaussée.

Dans un bel article publié en 1977, E. Detaille nous a expliqué comment, utilisant une carte au 1:25.000ème et en suivant les anciens chemins présumés romains, il avait constaté la présence d'un carrefour tous les 19mm (=475m). De plus, prenant pour centre le dit carrefour et traçant un cercle de 19mm de rayon, la circonférence arrivait au coin d'un bois, à la limite d'un champ, à la fin inexplicable d'un sentier. Notre regretté chercheur y voyait la preuve d'une conception intelligente d'un plan cadastral romain.

Utilisant sa méthode, il va ainsi retrouver un tronçon du tige de Dinant, à partir de la ferme de Houpe-le-Loup et allant presque en ligne droite jusqu'à Ouffet.

Tige de Dinant

C'est l'un des plus vieux chemins de notre région. Venant d'Aywaille, il parvenait à Hoyemont; de là il se dirigeait vers Lawé et traversait le vieux gué de l'Ourthe près de l'Oùhène. Il gravissait alors le versant abrupt de la rive gauche. Arrivé sur la crête, il coupait perpendiculairement la route Géromont-Fairon au lieu-dit "so lès bwès d'Fairon". Il filait ensuite vers delà-les-Monts, Blocquay, Houpe-le-Loup, traversait le bois du même nom et gagnait finalement Ouffet; De là, il devait se continuer vers Jenneret (Ciney) pour aboutir à Dinant. Le Tige avait une largeur de 6m et suivait les crêtes  les plus élevées de la région.

D'où venait-il ? Son tracé se perd. Au gué d'Aywaille, en aval du pont actuel (Eco 1950/25,59).

Selon le professeur MERTENS de l'UCL (Eco 1971/34), il a existé 4 chaussées romaines en Belgique.

L'une d'elles, voirie secondaire à caractère commercial, dédoublait en fait la chaussée militaire BAVAI-COLOGNE. Elle venait de Cambrai, passait au sud de Chimay, traversait la Meuse à Heers, gagnait les hauteurs de Mesnil-St-Blaise et se maintenait sur la crête condruzienne : Scy, Mohiville, Vervoz, Clavier (carrefour de la route Trèves-Arlon-Tongres), Ouffet, Comblain-au-Pont, coupait la "Via Mansuerisca" et poursuivait vers Cologne.

Il est possible que, traversant au nord d'Anthisnes, venant de Xhos, par Hody, puis coupant par le bois d'Ouhar, elle passait par Mont (villa du Raideux, villa de Petit-Mont) et descendait sur Poulseur (villa) où elle franchissait l'Ourthe, remontant la rive droite vers les villas royales de Sprimont, Blindef, Theux et Aix.

On note : "le tige à César" à Anthisnes, Mont et Poulseur.

Peut-être aussi la villa romaine du Raideux était-elle raccordée à cette chaussée par un "diverticule", tout comme le chemin reliant les hauteurs d'Anthisnes à la villa romaine des Stepennes, aujourd'hui appelé le "tige du seigneur".

Remarquons, au passage, qu'au confluent de l'Ourthe et de l'Amblève, nous sommes à 9km d'Esneux, d'Aywaille et d'Hamoir; Est-ce un hasard ? Cela fait pratiquement 2 lieues "communes" de 4.445m. Or la lieue est d'origine gauloise; elle valait 2.222,5m (et 2x 2222,5 = 4445). On sait que les Gallo-Romains utiliseront pendant plusieurs siècle la lieue gauloise pour les mesures forestières.

Les géomètres romains, eux, utilisaient le "mille". En fait, la mesure de base était le "passum" soit la double enjambée, d'une valeur de +/- 1,45m. Le mille était une abréviation mise pour "millepassa", que l'on a estimé à 1481,5m. Trois milles romains = 4445m soit la lieue commune. D'où nos 9 km qui correspondent soit à 4 lieues gauloises, soit à 6 milles romains ! dans les deux cas, cela témoigne, dès la haute antiquité, de l'implantation des localités précitées.

Pour ce qui est des chaussées romaines, il semble établi que tous les 10 milles (14.815m) se trouvait un relais de poste. C'était la distance que devait effectuer, en une heure, un porteur de dépêches. Tous les 30 milles, une installation plus importante permettait de changer de chevaux et offrait des possibilités de logement.

On a calculé que les voyageurs ordinaires ne dépassaient pas 30 à 35 km par jour, quel que fut leur moyen de locomotion. Les animaux n'étaient as ferrés. Les voies romaines établies sur des empierrements bétonnés, souvent dallés, étaient des constructions massives et rigides qui se détérioraient rapidement et il semble qu'on a renoncé à les réparer dès le Ve siècle. Cette décadence allait rendre de l'activité à la navigation maritime.

La villa gallo-romaine

C'est surtout le Condroz, pays des "Condrusi", qui allait livrer le maximum de densité de villas romaines, c'est-à-dire des grosses fermes ou domaines ruraux.

Rappelons, dans notre région, les villas au Raideux et à Poulseur, mais encore des substructions à Géromont, à Mont, au Halleux, à Comblain-la-Tour, etc.

Presque toujours, elles se situent à la limite entre deux communes.

Les objets trouvés permettent d'affirmer que les habitants étaient des Gaulois Condruses romanisés. Il convient donc de parler des "villas gallo-romaines" et non "romaines"; En Italie, les vieux romains utilisaient ce terme pour désigner leur maison de campagne, en fait une riche habitation de plaisance.

Dans nos contrées, les villas gallo-romaines  étaient donc des exploitations agricoles et les Francs du Ve siècle ont réinstallé de grands domaines sur ou auprès d'anciennes villas qu'eux ou leurs prédécesseurs avaient détruits lors des invasions.

Ils ont réutilisé le terme "villa" et souvent conservé le nom gallo-romain du domaine. Comme l'a très pertinemment défini Marc Bloch, la villa, c'est un territoire organisé de manière telle que la majorité des profits reviennent à un seul maître (dominus). Souvent celui-ci, grand propriétaire, possédait plusieurs villas et la villa était dirigée par un contremaître ou intendant (villicus).

Jusqu'à la fin du IXe siècle, les textes font état d'esclaves (mancipii) qui garnissent (sic) la villa. Au capitulaire de Francfort, en l'an 794, Charlemagne va rappeler l'obligation de respecter le repos dominical, énonçant, à l'article 81, les oeuvres serviles interdites le dimanche : les travaux des champs, la construction des maisons, le travail au jardin, la chasse. Pour les femmes : les travaux textiles, la tonte des brebis, laver le linge en public. On se rend compte que les rédacteurs ont centré leur attention sur la vie dans la villa.

Toutefois, dès le Ve siècle, les Francs avaient parfois appelé "villa" un hameau de quelques maisons, alors qu'ils réservaient le terme "vicus" à des villages anciens et plus importants.

Le terme latin "villare" semble désigner tout un centre économique, à la fois agricole et artisanal, répondant à tous les besoins de la vie courante.

Pour désigner la ville, le latin avait deux termes :

1. Urbs, ensemble de maisons et de rues ;

2. Civitas, ville en tant que corps politique;

Urbs n'a rien donné par la voie populaire. Le terme "urbain" est un mot d'emprunt et "urbanisme" est tout récent. C'est civitas, le mot politique qui a pris la place de urbs et est devenu le mot unique pour désigner la ville, soit la cité en français, "citta" en italien, et "ciudad" en espagnol.

Toutefois, le terme ville a fini par supplanter en topographie ou littérature, ou encore dans des mots récents: "cités ouvrières", "cités dortoirs", "cités jardins"; L'anglais a emprunté "cité" pour en faire "city", avec le sens de la partie centrale d'une grande ville - La "City" de Londres.

Ville, comme village, est donc emprunté à "Villae".

Par ailleurs, les Romains avaient 4 termes pour désigner une maison :

1. "Domus" : la maison et tout ce qui s'y rattachait, dont les serviteurs ;

2. "villa" ; ferme, domaine essentiellement agricole ;

3. "Aedes" : l'édifice seul ;

4. "Casa" : la cabane, la chaumière. C'est cette forme, la plus humble, qui survivra dans le latin vulgaire, puis dans les langues romanes, italien, espagnol, portugais et provençal (le chez).

La villa gallo-romaine du Raideux

Le 12 septembre 1948, intrigué par les déclarations d'un vieux montois qui se demandait pourquoi l'on rencontrait tant de débris de tuiles à Mont, au lieu-dit "Rontchî", Emile Detaille partait pour Mont. (Récit in Eco de novembre 1948). Il découvrit aussitôt des morceaux de tuiles romaines (tegulae). La semaine suivante, une équipe découvrait à 50cm de profondeur toutes sortes de débris attestant le caractère romain du site. Le jeudi 14 octobre, des délégués de l'Institut d'Archéologie liégeois datèrent les débris du IIe ou IIIe siècle après J.C. Elle a dû être détruite lors des invasions de 257 ou 272. C'est parmi les chercheurs bénévoles, Fernand GAVAGE, instituteur à Mont, qui eut l'honneur, par un coup de sonde chanceux, de repérer le première muraille.

Les dimensions de cette villa sont de 57m sur 17.

Les invasions franques

De l'an 250 à 450, c'est l'époque des incursions sauvages de peuplades germaniques et du pillage des villas gallo-romaines. 

Déjà en 181, notre contrée avait été envahie par les CHAUQUES. Ils furent refoulés par Didius Julien, gouverneur romain de notre pays.

Vers 235 apparaissent de nouvelles peuplades germaniques : les ALAMANS, les SAXONS, les VANDALES, les BURGONDES (Bourguignons), les LONGOBARDS (Lombards), les FRANCS ripuaires et Saliens. Ces peuples qui vivent en Allemagne, bousculés par d'autres germains, les GOTHS, vont se jeter sur le monde romain.

Rappelons le plus brièvement possible les guerres qui vont ravager notre région. En 276, l'empereur Probus doit reprendre aux Francs 70 villes pillées et détruites entre 257 et 272. Maximilien Hercule, qui défend la Gaule, doit, en 286, se faire assister par un chef gallo-romain, le Ménapien Carausius, celui-ci défendra la côte belge contre les Saxons.

C'est à cette époque que commence la division du pays, tantôt en seigneuries, tantôt en paroisses.

En 291, Maximilien commence à accepter l'établissement de quelques Francs, comme colons dans les parties désertes du pays des Nerviens et des Trévires. Des Francs Saliens sont déjà fixés en Toxandrie (Campine/Brabant hollandais) avec l'accord des Romains.

Vers 300, l'empereur Dioclétien ordonne aux villes de se protéger en s'enfermant par des murailles (Ex. : Arlon).

Son successeur, Constantin, met fin aux persécutions des chrétiens dont la religion devient religion de l'Empire (313 : Edit de Milan).

A la même époque, soit en 316, naissance à Sabaria (Hongrie) de notre célèbre saint Martin, futur évêque de Tours.

On sait qu'en 357, l'empereur Julien stoppe 35.000 Alamans (alors qu'il ne dispose que de 13.000 soldats) et il les bat sous Strasbourg. Il refoule des Francs Chamaves au-delà du Rhin. Des Francs Saliens, venus de Gueldre, seront admis à se fixer en Toxandrie (Campine).

A cette époque, notre premier évêque connu avec certitude est saint SERVAIS (335/384). Le siège épiscopal est établi à Tongres qui est la seule ville importante.

Au Ve siècle, c'est l'invasion massive des Francs, tant Saliens que Ripuaires (établis sur les rives du Rhin, et qui franchissent la Meuse).

395 : Avant de mourir, l'empereur Théodose partage l'Empire entre ses deux fils : Honorius, qui recevra l'Empire d'Occident, et Arcadius, celui d'Orient.

406 : Des Vandales, des Suèves et des Alains du Caucase, fuyant devant les Huns (arrivés jusqu'en Hongrie), ont marché vers l'Ouest. Ils sont arrivés sur les bords du Rhin. En janvier 407, ils profitent que le fleuve est gelé pour le franchir. Ils vont dévaster nos contrées. Toutes les villes qu'ils rencontrent seront saccagées : Tournai, Amiens, Reims, etc. Ils passeront en Espagne, laissant la Gaule totalement épuisée.

Tongres a été complétement détruite et nous allons rester sans évêque durant de nombreuses années. On cite une dizaine de noms, tels Agricolas et Ursinicus, sans pouvoir mieux préciser.

Derrière ces envahisseurs ont suivi des Alamans qui s'installent en Alsace et des Burgondes qui s'établissent dans le bassin du Rhône (ce peuple va disparaître mais il laissera son nom à la Bourgogne).

Profitant de tous ces désordres, les Francs, vers 425, envahissent le nord de la Gaule, occupent Tongres et, suivant la voie romaine qui rejoint Bavai, s'emparent de Tournai et atteignent Cambrai, sous la conduite de Chlodion, 1er roi Salien connu. En 430, ils vont atteindre la Somme.

En 448, le général romain Aetius, futur empereur, attaque les Francs de Chlodion et leur inflige une défaite. Il va toutefois composer avec eux et reconnaître les Saliens comme alliés des romains et non plus assujettis. Il parvient ensuite à rejeter les Francs Ripuaires et Hessois sur la rive droite du Rhin.

451 : Délaissant l'Orient, Attila, chef des Huns, se met en marche vers la Gaule, en janvier ou février. Son armée grossit en route : des Francs Ripuaires (de la rive droite du Rhin) et des débris burgondes restés en Germanie.  Avec leur chef Totila, les Ostrogoths accompagnent Attila et ses Huns. Le 7 avril, la ville de Metz est prise et incendiée. De là, suivant les voies romaines, ils s'emparent de Reims et de Troyes pour se trouver devant Orléans. La ville va être défendue par l'évêque Anianus (saint Aignan). Heureusement, le 14 juin, apparaît juste à temps, Aetius, accompagné de Théodoric et ses Visigoths. Les Huns prennent la fuite, ils se sauvent en suivant le chemin par lequel ils étaient venus, mais Attila ne peut arriver jusqu'à Troyes : il est rejoint et doit livrer bataille au lieu-dit "campus Mauriacus".

Pour se faire une idée de la complexité des alliances de cette époque, voici en bref le plan de bataille. Attila a placé ses Huns au centre, les Germains Gépides à sa droite, les Ostrogoths de Valamir à sa gauche. Le chef romain Aetius, quant à lui, a placé les Visigoths (établis en Aquitaine et en Espagne) face à leurs frères de race, les Ostrogoths. Au centre se retrouvent les "fédérés", soit des Francs avec, à leur tête, le roi Salien Mérovée, des Burgondes et des Alains. Aetius lui-même se tint face aux Gépides.

La nuit tombe sur une confusion inouïe; les Huns menacés d'encerclement s'étaient réfugiés derrière leurs chariots. Le vieux roi Théodoric étant mort dans les combats, ses Visigoths voulurent partir. Aetius les laissa faire mais, affaibli, il dût se contenter de suivre Attila dans sa retraite et ce jusqu'à ce que ce dernier ait regagné la vallée du Danube et la Pannomie.

Ce combat eut lieu fin septembre 451, dans les plaines de Champagne. On croirait lire le récit d'une guerre entre des troupes de l'OTAN et celles de "l'ex-Pacte de Varsovie".

Mérovée, dont on vient de parler, est ce roi qui va donner son nom à la dynastie des Francs Saliens : les Mérovingiens.

De 450 à 750 : époque mérovingienne

456 : Avènement de CHILDERIC, fils de Mérovée. Il régnera jusque 481,  cédant la couronne à son fils CLOVIS. Son tombeau sera découvert à Tournai en 1653.

La colonisation des Francs Saliens va s'opérer par une infiltration très lente, presque insensible. On estime aujourd'hui que, si les Francs Saliens restèrent aussi longtemps au nord de la ligne Visé / Liège / Saint-Omer (qui va correspondre à notre frontière linguistique), ce fut en raison de la faiblesse numérique de leur peuple; En effet, aucun obstacle naturel n'empêchait leur progression vers le sud.

Au IVe siècle, les Saliens devaient être un petit rameau détaché des Chamaves, on les estime à 100.000, peut-être encore moins. Certains amateurs estiment même, actuellement, que les Francs, à la fois les Saliens et les Ripuaires, n'étaient pas plus de 100.000 et qu'ensemble, ils disposaient de 20.000 guerriers. La Gaule, dans son entièreté, était peuplée de 8 millions d'habitants.

On comprend dès lors, qu'au milieu du Ve siècle, bien que Tournai, Bavai, Cambrai, Boulogne, Arras, Amiens aient été conquises, ces localités vont demeurer romanes de population et de langue, tellement les Francs sont en minorité. Les Francs (confédération de tribus) s'installeront en Gaule, établissant leur occupation par plusieurs guerres.

Parmi leurs armes, citons le "SAXE", court et large, légèrement incurvé, qui est considéré comme l'ancêtre du sabre.

En 508, CLOVIS parvient à se faire reconnaitre roi par les Francs Ripuaires. Les Gaules changent leur nom, GALLIA et FRANCIA (on parle le roman rustique, futur francien). Clovis vient de s'établir à Paris. Il y résidera jusqu'à sa mort en 511. Toutefois, les rois resteront des nomades jusqu'à HUGUES 1er dit "CAPET", en 958.

En 526 : on commence à compter les années à partir de J.C. On devrait à Denis le Petit, abbé romain, cette computation.

Chez nous, en 530, DOMITIEN est élu évêque, succédant à EUCHAIRE, dont on sait peu de choses. En 560, MONULPHE devient évêque de Tongres (et résident à Maastricht, 560-599). Selon la tradition, on lui doit a découverte du site de Liège où, sur son ordre, une église fut bâtie.

Evolution économique

Quelle fut l'influence des Germains sur l'économie de la Gaule du VIe au Xe siècle ?

Certes, elle ne fut pas nulle, mais semble avoir été exagérée, du moins pour ce qui concerne l'importance du commerce et de la monnaie. En effet, ils étaient avant tout des agriculteurs pratiquant le défrichement avec ténacité. De plus, ils pratiquaient depuis une époque ancienne la propriété individuelle.

Comme ils avaient peu d'attirance pour la vie urbaine et que, par ailleurs, ils n'appréciaient pas l'isolement, le "hameau" paraît avoir été chez eux la cellule primitive, soit quelques familles, groupées à proximité des parcelles cultivées. C'est ainsi que des "villae" seront, peu à peu, délaissées et finiront par disparaître. Les recherches archéologiques durant le XXe siècle en retrouveront les substructures au milieu de vastes étendues cultivées.

La civilisation mérovingienne, produit de la fusion entre les Gallo-Romains et les Germains, sera une paysannerie.

Le niveau de la civilisation, dans ce haut Moyen Âge, demeure si faible, les outils et techniques de production agricoles si archaïques, que la vie économique se réduit à une lutte, celle que l'homme, pour survivre, doit mener quotidiennement contre les forces naturelles (Georges DUBY- Féodalité).

Jusqu'à l'époque de Charlemagne, la forêt couvre encore près de la moitié du territoire ! De ce fait, les forêts de chênes et de hêtres favorisaient l'élevage du porc là où la surface des pâturages limitait le nombre de bovins.

Il faut dire que les bras n'étaient pas nombreux. Alors que le monde gallo-romain avait été affecté par un long déclin démographique, une épidémie de peste noire, survenant après des inondations catastrophiques, lui donne le coup de grâce pendant la seconde moitié du VIe siècle. Duby, citant des évaluations risquées pour le VIe siècle, propose pour la Gaule une densité kilométrique réduite à 5,5, ce qui correspond à 165.000 habitants pour la Belgique. En Germanie, où la densité est estimée à 2 habitants par km², les hommes sont rares et l'espace cultivé couvre tout au plus 4% de la superficie totale.

On sait peu de choses sur l'outillage de ces agriculteurs. Les textes parlent de l'aratrum (araire) et de la carruca (charrue) qui est, en fait, un araire muni de roues, car on ignore si il était déjà muni d'un versoir permettant de retourner la terre. Il est vraisemblable que, sous Charlemagne, nos paysans utilisaient encore une charrue entièrement en bois, tant le métal était rare, donc hors de prix.

Ces paysans frustes, habitués depuis les Romains à se nourrir davantage de pain que de viande, voyaient dans leurs bovins des concurrents. Ils étaient poussés à en limiter la nourriture et le nombre.

Dès lors, on trouvait dans les étables une quantité de fumier insuffisante pour régénérer les terres à céréales; On estimait que le rendement du blé était à peine de 1,6; donc sur 1600kg récoltés, il fallait en réserver 1000kg pour les prochaines semailles. Ce rendement très bas explique la disette presque permanente.

Grégoire de Tours (438/594) décrit ces gens dont "le ventre enflait démesurément parce qu'ils avaient dû manger de l'herbe des champs !" Quoi d'étonnant que l'importance de la mortalité infantile : trois enfants sur cinq décèdent avant l'âge adulte !

Adoption d'un nom germanique

Dès 550, les propriétaires gallo-romains vont porter un nom germanique et, au VIIIe siècle, il n'y en aura plus d'autres.

Il est probable que dans la plupart des noms de lieux se terminant en "-court" (curtius) ou en "-ville" (villa), et précédés d'un nom de propriétaire germanique, ce dernier soit en fait un ancien Gallo-Romain.

Par contre, les finales en "-enc", "-eng" représentent le suffixe germanique "-ing" et désignent une collectivité formée autour d'un chef. Ainsi Bering, Beringen, Houdeng (En France, '-ing" deviendra "-an", "-ain" : Houdain). Il semble bien que l'on soit ici en présence d'un établissement francique.

De même, c'est l'habitude franque de dériver le nom d'une contrée du nom donné à un cours d'eau proche : Hainaus > Hainaut (lieu où coulait la Haine).

Dès le VIe siècle, le service militaire sera imposé à tous les hommes libres. Instruction militaire, armement et habillement seront copiés sur les Francs. A sa mort, le Gallo-Romain, qui a pris l'habitude de porter son épée au côté, voudra être enterré avec ses armes. C'est pourquoi, les cimetières dits francs sont, pour la plupart, gallo-romains.

Si la loi romaine prohibait le mariage entre Romains et Barbares, par contre, entre Francs et Romains, la chose fut courante, la femme prenait la loi de son mari. Toutefois, l'homme libre qui épousait une serve devenait "serf du maître de la femme", mais ses enfants demeuraient libres. La femme libre qui épousait son serf était dépouillée de tous ses biens et livrée à la merci de sa famille.

Le 19 janvier 639, décès de DAGOBERT, premier roi d'Austrasie.

C'est notre "bon roi Dagobert". Il n'avait pas, comme on le dit dans la chanson "mis sa culotte à l'envers", mais son "culot" (creuset), alors qu'il s'intéressait à l'orfèvrerie avec son ministre saint Eloi.

Le fils de Dagobert va accéder au trône à l'âge de 10 ans. Ce SIGISBERT III nous intéresse doublement. En effet, c'est avec lui que la fonction de "maire du Palais" va devenir prépondérante.

Nos premiers abbés

Le moine REMACLE

C'est ce SIGISBERT dont je viens de parler qui, vers 645, chargera le moine GIREMALUS (saint Remacle) de quitter Solignac et de se rendre en Ardenne y fonder un monastère.

Remacle pense s'établir à Cugnon, près d'Herbeumont. Mais l'endroit ne lui paraissait pas assez isolé, il s'enfonce davantage dans la forêt ardennaise. En 648, il recevra de Sigebert un très vaste territoire faisant partie du domaine royal. Plus loin, nous évoquerons la fondation des monastères de Malmedy, puis de Stavelot.

Quelques années avant sa mort, survenue en 656 à l'âge de 26 ans, Sigebert aidera "ses" moines en leur concédant un tonlieu (droit de douane) qui se levait dans 2 ports de la Loire : Champtoceaux et Port-St-Père, ainsi que les localités et les habitants. C'est le seul exemple mérovingien de ports cédés à un monastère. Il meurt le 23 septembre 671 ou 672 ou 673 !

On sait que Remacle naquit en France, au sud de la Loire, sans autre précision. Il fut d'abord moine à Luxeuil, la grande fondation de St-Colomban. Le 22 novembre 632, pour répondre au désir de saint Eloi, il s'en va à Solignac, près de Limoges, prendre la direction de cette abbaye. Une fois les assises de cette maison bien établies, il viendra dans notre forêt des Ardennes, vers 647.

C'est vers 650/52 qu'il sera consacré évêque mais sans siège épiscopal. Il fut donc monastérial et non épiscopal, ce qui lui permettait de consacrer des prêtres et des églises à l'intérieur du territoire de ses abbayes.

Le saint évêque mourut peu avant le 3 septembre, entre 670 et 672. Sa fête est fixée au 3 septembre.

En janvier 674, saint LAMBERT, évêque de Tongres, est chassé de son siège épiscopal par Ebroïn, alors maire du Palais. Il ira se réfugier à Stavelot pendant 7 ans. Il sera rétabli dans ses droits en 681 par le nouveau maire, Pépin de HERISTAL (Herstal).

En 680, Pépin de Héristal a été nommé maire du Palais. Il sera fort occupé à défendre l'Austrasie (dont nous faisons partie) contre les Neustriens à l'Est et les Frisons au Nord.

A son décès, en 714, c'est CHARLES, un fils bâtard de Pépin, qui devient maire du Palais. Il va, par sa combattivité, mériter le surnom de CHARLES MARTEL.

Dès 716, à Amel (Amblève), soit à la frontière de l'abbaye de Stavelot, il va remporter la victoire sur les Neustriens. Nous renvoyons aux livres d'histoire pour la lecture de ses autres faits d'armes, dont le plus connu est sa grande victoire contre les Arabes, en 734, à Poitiers.

Si la victoire de Poitiers nous sauve de la domination arabe, le fait que Charles Martel ait pu dompter les Neustriens, entre 715 et 720, est tout aussi importante. Désormais, en la personne des Carolingiens, c'est l'Austrasie qui va dominer la 'Regnum Francorum". Leur langue maternelle n'est pas le Salien mais le Ripuaire (Francique) : plusieurs d'entre eux ont appris la "lingua romana" et seront bilingues. En outre, Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve connaîtront le latin classique et c'est à eux que l'on devra la "renaissance carolingienne".

A la mort de Charles Martel, octobre 741, ses deux fils se partagent la "succession" : CARLOMAN reçoit le gouvernement de l'Austrasie (il devient le maire du Palais). Pépin le Bref a la Neustrie, la Bourgogne et la Provence.

Pour qu'il y ait un semblant de légalité, ils tirent d'un couvent le dernier Mérovingien connu et en font le roi CHILDERIC III.

En tant que maire du Palais, Carloman va donner Ferrières (Feronio) à l'abbé de Stavelot le 06/06/744. Le 15/08/747, il lui restituera Lierneux que Charles Martel lui avait enlevé.

Il fait confirmer par Childéric III, le droit de fisc pour l'abbé de Stavelot (juillet 744).

Carloman va abdiquer fin 747, laissant à Pépin le Bref le gouvernement de tout le royaume. Et pour que les choses soient claires, en 751, Pépin dépose le dernier mérovingien Childéric III, devenant ainsi le premier roi CARLOVINGIEN (ou carolingien).

Vont succéder à Remacle :

Sigilin ou Sigolin - Il n'est connu par aucun acte diplomatique.

Goduin -Mentionné le 1er août 677 et dans deux diplômes de Thierry III, entre 679 et 690.

Papolène ou Babolène ou encore Babolenus - évêque et abbé. Cité le 25 juin 69 : son nom figure aussi dans une charte donnée lorsque Pépin de Herstal était maire du Palais donc entre 687 et 714.

Omalgerus ou Omulgerus - N'est pas mentionné dans les chartes de Stavelot ce qui laisse un vide entre 692 et 720.

Ravenger ou Ralengaire - Evêque, cité dans un acte de Charles Martel du 6 décembre 720.

Anglin - cité en juillet 744 (?) et dans un acte du règne de Pépin (751 à 768). D'aucun lui attribuent 44 ans d'abbatiat.

Agilolfe (saint) ou Ailulphe - Abbatiat de cinq ans (765? à 770?)

Albric - connu par deux actes non datés (770 à 779?)

Sichart - 13 ou 16 ans d'abbatiat. Serait décédé en 771 ou 772

Virund - Mentionné dans deux diplômes de Louis le Pieux, du 1er octobre 814. On lui attribue un abbatiat de 23 ans et 8 mois. Serait mort en 815.

Absalon - Administra l'abbaye un peu plus d'un an.  Mort en 816.

Audon - Mentionné comme abbé en 824. Mort en 836 (?) abbatiat de 19 ans.

Source : A. Castermans, "Les Echos de Comblain" de 2008 à 2012.

Géolocalisation
50.475 ; 5.575