2. L'âge du métal

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Vers 2.500 avant J.C. apparaît en Europe un outil jusqu'alors inconnu : la hache de combat en pierre perforée. Les fouilles en Russie dans les tombes dites "kourganes" ont aussi révélé des poignards en cuivre. Il semble bien que ce furent ces peuples semi-nomades, établis dans les steppes de Russie, au nord de la mer Noire, qui se soient, de siècle en siècle, rapprochés de nos régions pour atteindre le Rhin vers l'an 2.000 avant J.C.

Ces peuples étaient les porteurs de ce que nous appelons aujourd'hui "l'indo-européen", c'est-à-dire un langage dont les racines se retrouvent dans toutes nos langues européennes y compris les langues slaves, sans oublier le latin, le grec et le celte. Egalement dans les langues asiatiques telles le sanskrit, le hindi, le persan et même le tsigane ! Par contre, ne relèvent pas du fond indo-européen : le finnois, le hongrois (magyar), le basque (descendant de l'Aquitain), l'estonien.

Parmi toutes ces peuplades rattachées au fond indo-européen, quelques-unes vont devenir le groupe celte, dont on situe la formation dans une région que l'on croit correspondre à la Bohème et à la Bavière actuelles. Durant le IIe millénaire avant J.C., ils vont se répandre dans toute l'Europe à l'exception des pays nordiques.

Qui occupait la Gaule avant les Celtes ? On connait quelques noms de peuples : les Aquitains, les Ibères et les Ligures. Leurs traces se retrouvent dans de nombreux noms de fleuves (Meuse, Seine, Loire, Rhône) et de leurs principaux affluents, ou encore dans des noms de lieux. Les Basques seraient les lointains descendants des Aquitains.

Premier âge du fer, dit de Hallstatt (+/- 1.000 ans avant J.C.).

Rappelons qu'il avait été précédé par l'âge du BRONZE (1.750/1.500 à 1.000).

C'est durant cette période qu'aura lieu la migration des Celtes (ou Protoceltes, c'est-à-dire parlant un dialecte ancêtre du celtique). Une première vague (groupe gaélique) leur fera quitter l'Allemagne pour les conduire  dans les îles britanniques, et à travers la France jusqu'en Espagne. La seconde vague (groupe brittonique) (1) les mènera en Angleterre et dans ce qui deviendra la Gaule.

Les Celtes vont constituer, sans en prendre réellement conscience, le peuple celte. Ils seront appelés par les auteurs grecs du Ve siècle avant J.C. indifféremment "KELTOI" ou "GALATAI", bien que les Galates soient des Celtes établis en Turquie d'Asie.

On suppose que c'est au premier âge du fer que le plateau de CHESSION fut fortifié (oppidum), vraisemblablement par les premiers Celtes (protohistoriques). Les restes d'une muraille de 250m, précédée d'un fossé, sont encore visibles.

CHESSION est une francisation régionale du wallon "tchession" (aussi tession, tèchon), qui désigne un lieu fortifié, une place-forte. On peut le comparer au latin "castellum" (petit castrum) qui va donner, en ancien français, "chastiau" puis "château". E. DETAILLE considérait "chession" comme d'origine celtique. De fait, en celtique irlandais, nous notons "caisel", "castel" et en britton "castell", qui nous rapproche plus de la forme latine.

Il semble qu'un climat froid et très humide a caractérisé la période de -800 à -400 ans av. J.C.

Deuxième période de l'âge de fer

Dès l'an 480 avant J.C. survient la deuxième période de l'âge du fer, dite Laténienne (ou de la Tène). C'est le début, chez les Celtes, de la frappe des monnaies et d'une certaine unité dans l'art. C'est à cette époque que seraient venus, d'au-delà du Rhin, les Celtes continentaux dits les Gaulois. Ils auraient occupé la partie nord de la Gaule comprise entre la mer du Nord, la Seine, la Marne et  à l'est le Rhin. A l'arrivée de César, nous avons (en simplifiant) entre Meuse et Rhin, les Eburons au nord, les Condruses au centre et les Trévires au sud. Il semble acquis pour certains que notre région était occupée par les  Sègnes, une sous-tribu des Trévires. Sougné près d'Aywaille rappellerait les Sègnes. Certains considèrent également les Condruses comme dépendants des Trévires. Entre l'Escaut et la Dyle, les Nerviens et au sud, les Aduatiques. Enfin les Ménapiens qui occupent les bords de la mer du Nord. Chacune de ces peuplades était elle-même subdivisée en tribus, ainsi les Ambivariti (= placés de part et d'autre de la rivière), était une tribu éburonne de la basse Meuse.

A l'arrivée de César, les Trévires opteront d'abord pour la neutralité.

Ensuite, ils décideront de secourir les Nerviens et les Eburons. Ils seront défaits à Prèle, près de Bastogne, par Labiénus, premier lieutenant de César.

On connait mal la langue des Celtes anciens, car ils n'écrivaient que des choses sans importance, tout le savoir des druides se transmettait par voie orale. Notons que Jésus fit de même : tout son enseignement fut oral.

Les textes retrouvés sont le plus souvent rédigés au moyen de l'alphabet latin, parfois grec ou étrusque. Cette langue celte est représentée aujourd'hui par le gaélique d'Irlande ou d'Ecosse.

Le celte, le latin et le grec étaient des langues issues d'un même fond dit "indo-européen". Mais au cours des siècle, le dialecte parlé par chaque peuplade avait fortement évolué, comme pour toute langue vivante.

Les Latins emprunteront aux Gaulois cisalpins tous les mots relatifs au transport : carrus (char à 4 roues), benna (voiture), carpentum ( voiture à 2 roues munie d'une capote), ainsi que des mots de la campagne : alauda (alouette), beccus (bec), betulla (bouleau), etc.

Le gaulois et le latin étaient parfois assez proches. Ainsi, on sait que le chef (roi) se disait "rex" en latin et "rix" en gaulois; le dixième = "decimus" en latin et "decametos" en gaulois. (à rapprocher du wallon : roy et dîhim-me). Il en était de même pour certains mots grecs par ex. cheval = "epos" en gaulois et "hippos" en grec.

C'était, néanmoins, des langues bien distinctes. Ainsi, on sait que lors de l'invasion de la Gaule, les premiers généraux romains eurent recours à des interprètes. Après J. César, les nobles gaulois enverront leurs enfants entendre le latin dans des écoles romaines, par souci de promotion sociale. Il n'empêche qu'au IVe siècle, la langue gauloise était encore pratiquée en France et durant une période aussi longue, des échanges de vocabulaire se sont produits.

C'est dans ce creuset que va évoluer le bas-latin, ou latin populaire qui aura été parlé en Gaule.

La conquête franque aurait pu en faire une langue germanique,  mais la conversion de Clovis, en décembre 496, fera que les conquérants apprendront la langue parlée par l'Eglise. Ainsi, le bas-latin, bien qu'influencé par l'apport francique, restera une langue romane : ce sera l'ancien français, le francien en étant l'un des dialectes, celui parlé dans la région parisienne.

Les Gaulois

L'équivalent latin du grec "Galatai" est "galli" (gaulois), lequel va finalement donner son nom à un territoire bien déterminé "Gallia" (la Gaule) occupé par nos Celtes occidentaux depuis le IIIe siècle avant J.C.

César nous dit : "Nous appelons Galli ceux qui, dans leur propre langue, s'appellent Celtes". En fait, tous les Gaulois sont des Celtes mais tous les Celtes ne sont pas Gaulois. Ces derniers sont des tribus celtiques qui se sont regroupées pour former un peuple.

Galli va se dire la Gaule par consonnification du "L" (2) : ce terme n'appartient pas au dialecte francien (probablement wallon, selon REMACLE !), sinon le "G" serait devenu "J". Ex. : gamba a donné jambe, galbinus a donné jaune, etc.

L'arrivée des premiers Celtes en Europe occidentale s'est faite par vagues successives à partir du IIe millénaire avant J.C. Elle est terminée au VIe siècle avant J.C. Les Gaulois vont arriver à partir du IVe siècle avant J.C

Rites funéraires

Chez les Gaulois, les rites funéraires semblent avoir varié avec les régions.

On inhume ou on incinère, selon une dualité de croyances.

L'inhumation a dominé durant l'âge de bronze. L'âge de la Tène II (2e âge du fer) livre, à côté des tumuli, des tombes plates, disposées par groupes, où les défunts reposent dans des fosses, ou des tombes à tertre peu élevé, appelés "tombelles". Certaines seront découvertes dans le sud-est de la Belgique. Des vases en forme de "situle" servaient d'urnes.

Selon César, les funérailles des Gaulois sont magnifiques et somptueuses. On met dans la tombe du défunt tout ce qui lui tenait à coeur, même des animaux. Durant le dernier siècle, l'incinération sera de règle.

La tombe du Gaulois n'étant pas une demeure pour l'éternité, la destruction du corps est nécessaire à sa résurrection.

Qui a construit les menhirs et les dolmens ?

Il semble que ces énormes constructions mégalithiques étaient achevées vers 1500 avant J.C. Les Gaulois furent d'ailleurs frappés à la vue de ces monuments gigantesques (le grand menhir de Locmariaquer avait 23m de haut et devait peser 348 tonnes !). On sait maintenant qu'il existe des dolmens et menhirs, là où les Celtes n'ont jamais mis les pieds. Le mystère subsiste.

Il est certain que leurs alignements ont prouvé des connaissances géométriques et astronomiques qui laissent rêveur. Ainsi dans la chambre funéraire du petit dolmen sud de Wéris (Barvaux), situé à 275m d'altitude, le mort ressuscitant à une nouvelle vie et regardant par le trou existant dans la dalle de fermeture, devait voir le soleil se lever le 21 juin à la pierre de Haina, sise elle à 2.500m de là, à 360m d'altitude !

A l'arrivée de Jules César, la Gaule se divisait en 4 parties :

1. La Provincia Narbonensis (Provence), déjà soumise depuis plusieurs années et devenue la "province" de Rome.

2. La partie occupée par les Gaulois dits "Belges" (Belgica), comprise entre la Meuse, la Marne et les Vosges.

3. La partie occupée par les Gaulois strictement dits, entre Seine et Garonne (Gallia).

4. La partie occupée par les Aquitains (Aquitania), pays compris entre les Pyrénées et la Garonne.

C'est pourquoi César relatant ses souvenirs de guerre parle "des" peuples de la Gaule... dont les Belges étaient les plus braves !!

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(1) Le terme "brittonique" fait référence à la branche celtique insulaire qui incluait les langues parlées en Grande-Bretagne avant les invasions anglo-saxonnes, ainsi qu'aux langues qui en sont issues, comme le gallois, le cornique et le breton.

(2) La consonnification est un terme linguistique qui désigne le processus par lequel une voyelle se transforme en consonne ou acquiert des caractéristiques consonantiques.

Source : A. Castermans, "Les Echos de Comblain" de 2008 à 2012.

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