Calcaire de Comblain.

Calcaire de Comblain.

Informations

Notre région calcaire est du plus haut intérêt aux points de vue géologique et touristique. N'est-ce pas en tout premier lieu le calcaire qui donne à Comblain sa physionomie si typique, son aspect si grandiose et son attrait tout spécial ?

Comblain est connu pour ses nombreux rochers dont la plupart sont devenus des sites nationaux en raison de leur grande beauté et de la surprenante variété de leurs formes : falaise massive et écrasante des rochers abrupts de l'ancien vignoble, avec leur curieuse aiguille, inattendue en un tel endroit et dénommée assez heureusement Pic Napoléon (classement en 1948) ; longues tranches lamelliformes et complètement redressées des Tartines (1949) ; rocs chaotiques et bouleversés du Cisaiwe (1950) ; roc cyclopéen, partiellement ruiné des Roches-Noires dolomitiques devenues, en 1946, le noyau et le joyau du 1er Parc National de Belgique.

Comblain n'est-il pas encore, depuis 1929, renommé pour ses grottes remarquables, dues également au calcaire sculpté dans le sein même de la terre par le travail millénaire de l'eau ?

Bien que la chose paraisse invraisemblable, nos rochers proviennent, eux aussi, de l'action érosive de l'eau.

De l'avis même de géologues éminents, ils constituent les derniers vestiges d'une paléo-grotte fluviale, c'est-à-dire qu'à l'origine tout le calcaire formait un seul et immense bloc sur lequel d'abord, dans lequel ensuite a coulé pendant de très longues périodes un fleuve d'une très grande puissance.

Ce majestueux paléo-fleuve poussa d'abord ses flots à une haute altitude, se creusant lentement mais sûrement un lit dans le calcaire.

L'Ourthe primitive décrivit un large méandre à l'Ouest du piton rocheux de St-Martin, alla battre le pied des Roches-Noires, puis revint vers Comblain par un passage qu'elle se fraya entre les rochers du Vignoble et le versant Est du dit promontoire.

Voici d'ailleurs des preuves de l'existence de la paléo-grotte. Le plateau compris entre le parc communal et la base des Roches-Noires renferme à très faible profondeur une épaisse couche de cailloux roulés, et la vallée du Vignoble conserve à certains endroits, notamment près de la croix de 1813, l'aspect d'une paroi de grotte disparue. Enfin, aux altitudes les plus diverses, l'eau a su creuser les petites grottes et galeries que nous connaissons tous : grotte du trou Héron, du Riveu, du Moulin, des Tartines, du Marteau, etc.

Les quelque trente grottes, trous, caves et galeries qui sont les plus connus dans notre commune et visités périodiquement par des spéléologues, de simples amateurs ou les gamins de nos villages, ne sont cependant pas, avec les rochers, les seules caractéristiques ni les seules curiosités qu'offre notre calcaire.

Nous serions très incomplets si nous ne disions un mot des points d'absorption d'eau, des douves, des chantoirs, des rivières souterraines, des résurgences, du tuf calcaire et des vallées sèches de chez nous.

Les points d'absorption partielle ou totale d'une eau courante qui se disent chez nous "piète d'èwe" ou "sucète" sont les endroits où l'on voit tout à coup le débit d'un ruisselet s'amoindrir ou disparaitre complètement dans les fissures de la roche calcaire.

A la longue, ces points de perte deviennent de petites dépressions ou effondrements appelés des "djônès doûves" ou "novèlès doûves".

Les douves - celles du Raideux sont remarquables - constituent une phase déjà fort avancée du travail d'érosion des eaux. Elles constituent de grands effondrements circulaires ou ovales ayant, en général, la forme de vastes entonnoirs qui recueillent et absorbent un ruisseau intermittent. Ces douves "descendent" également, c'est-à-dire augmentent leur profondeur sous l'action souterraine de l'eau.

Nos Comblennois traduisent généralement le mon "douves" par le terme "aiguigeois". Les géologues de l'Université de Liège emploient, de leur côté, le vocable "doline".

Les "tchantwêres", mot féminin dans toute notre région, mais devenu masculin dans sa forme francisée (les chantoirs) sont des gouffres absorbant une eau courante, soit permanente, soit intermittente, ou en ayant absorbé une. Le chantoir de Comblain qui se creuse au sommet "dèl havêye dèl tchantwêre" ne recueille plus aucun ruisseau dans son sein.

Le gouffre qui absorbe en permanence une eau courante s'appelle un "agolina" à Polleur, un "adugeoir" dans la région de Nismes, Petigny, un "aven" dans certains coins de la France, etc.

Les ruisseaux souterrains ne constituent pas un phénomène bien rare chez nous.

A lizin-lez-Ouffet, un ruisseau appelé "li ri d'Lîzin" s'engouffre, après un cours de 2 km, dans un chantoir principal et, parfois, dans deux autres secondaires.

Ce ruisseau circule alors sous terre sur une distance de 8 km, puis réapparaît à l'air libre au pied du rocher du moulin de Comblain où il porte le nom de "ri dè molin". 157 mètres plus loin, il apporte son tribut à la rivière d'Ourthe.

Cette soudaine et puissante sortie d'eau constitue ce qu'on appelle, en français, une résurgence. Il y en a d'autres dans notre commune, par exemple les "trûtchètes d'a l'ouhène", entre les deux Comblain et le ruisselet intermittent entre le Halleux et le Pont-de-Sçay, sur la rive gauche de l'Amblève.

Un filet d'eau sortant du sein d'un rocher situé dans le groupe des "Tartines" donne, de son côté, naissance à du tuf calcaire dû à l'action, d'une part, d'une eau chargée d'anhydride carbonique et de bicarbonate de calcium et, d'autre part, d'un tapis de petites mousses dénommées hypnes, utilisant l'anhydride carbonique pour l'élaboration de leur chlorophylle et rejetant à leurs pieds les infimes particules de calcaires.

Pour de plus amples renseignements sur cette curieuse formation, nous renvoyons les lecteurs à l'article intitulé "Le tuf calcaire à Comblain-au-Pont" paru dans nos "Echos" en avril 51, page 28.

Le dernier point dont nous désirons dire un mot est la vallée sèche de Comblain, dénommée "li vâ".

Il est évident que cette dernière a été creusée par un puissant ruisseau depuis longtemps disparu et qui traversait notre Grand'Place où il s'était creusé un ravin que les anciens appelaient "li havêye dès-èyîs".

A l'heure actuelle, nous ne connaissons plus que le fougueux "ri dè vâ", torrent impétueux mais éphémère qui se forme et de déchaine lors d'un violent orage local. C'est de lui que les écoliers de Comblain ont dit plus d'un fois : "voici le ri du vâ qui abroke en faisant advaler tous lès potikèts".

Si, comme certains sourciers le prétendent, le ruisseau du moulin passe, du moins partiellement, sous le val (avant d'obliquer entre la maison de M. Arthur Crespin et l'école communale), force nous sera de reconnaître qu'à certains moments il y a là deux ruisseaux se permettant la fantaisie de couler, l'un au-dessus de l'autre.

Tels sont les principaux aspects et phénomènes pittoresques sous lesquels, grâce à la complicité de l'eau, le calcaire se révèle généreusement chez nous et particulièrement sur la rive gauche de l'Ourthe.

Source : Les Echos de Comblain, mai 1955.

Géolocalisation
50.475 ; 5.575